Syrie : Moscou et Washington s'accordent sur une trêve, Paris applaudit

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Cet accord est le fruit de plus de dix heures de discussions à Genève entre les deux pays.
Cet accord est le fruit de plus de dix heures de discussions à Genève entre les deux pays. (Crédits : Reuters)
Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, et le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, ont annoncé samedi matin l'instauration d'une trêve nationale à compter de lundi, au coucher du soleil. Si cette trêve tient pendant sept jours, la Russie et les Etats-Unis prépareront une coopération. La France a salué l'accord et jugé "crucial" qu'il soit "pleinement mis en oeuvre".

Première publication à 9h20

Les Etats-Unis et la Russie ont salué un accord majeur samedi 10 septembre à Genève pour remettre en marche le processus de paix en Syrie, comprenant notamment l'instauration d'une trêve nationale à compter de lundi, au coucher du soleil. Les deux pays entendent également mettre en place des corridors sûrs pour les opérations humanitaires et organiser des actions coordonnées contre des groupes islamistes. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a déclaré:

"Aujourd'hui, Sergueï Lavrov et moi, au nom de notre président et notre pays, appelons tous les acteurs syriens à soutenir le plan auxquels sont parvenus les Etats-Unis et la Russie, pour (...) mettre un terme le plus vite possible à ce conflit catastrophique par un processus politique".

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a pour sa part précisé qu'en dépit d'une méfiance persistante, les deux camps ont mis au point cinq documents permettant un combat coordonné contre le terrorisme et une reprise de la trêve de février sous une forme améliorée. D'un commun accord, ces documents resteront confidentiels.

"Cela crée les conditions nécessaires pour la reprise du processus politique qui est à l'arrêt depuis longtemps", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Un processus laborieux

Cet accord est le fruit de plus de dix heures de discussions à Genève entre les deux pays. Ces deux dernières semaines, les pourparlers ont achoppé à plusieurs reprises, Washington accusant le régime de Bachar al Assad, soutenu par Moscou, d'attaquer des civils. Vendredi, l'annonce de l'accord a été repoussée dans la soirée, John Kerry et ses négociateurs ont consulté Washington avant de donner leur feu vert. Il a expliqué:

"Le gouvernement Obama, les Etats-Unis, font un pas en avant car nous pensons que la Russie et mon collègue (Sergueï Lavrov) ont la capacité de faire pression sur le régime d'Assad pour mettre fin au conflit et venir à la table des négociation pour faire la paix".

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a pour sa part estimé que l'accord il fournissait des "règles claires" pour un cessez-le-feu et permettrait aux belligérants de reprendre des pourparlers politiques en vue d'une transition. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, s'est aussi réjoui dans un communiqué:

"Je salue l'accord russo-américain pour une trêve en Syrie. "l est désormais crucial que cet accord soit pleinement mis en oeuvre et respecté, en particulier par le régime et ses soutiens", a-t-il déclaré.

Le chef de la diplomatie française a précisé que la France poursuit les consultations au Conseil de sécurité de l'Onu pour que l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien et Daech, l'organisation de l'Etat islamique, soit "condamnée et sanctionnée".

Fin des bombardements à l'aveugle

John Kerry a précisé que le "fondement" de l'accord résidait dans la promesse du régime de s'abstenir de frappes aériennes sur les zones rebelles, même sous le prétexte de viser les djihadistes de l'ancien Front al Nosra, qui s'est rebaptisé Fatah al Cham en juillet et a annoncé rompre ses liens avec Al Qaïda.

"Cela devrait mettre fin aux bombes barils, fin aux bombardements sans discernement et cela peut potentiellement changer la nature du conflit", a-t-il déclaré.

"Nous devons combattre ces terroristes. Pas de manière aveugle mais d'une manière stratégique, précise et judicieuse pour qu'ils ne soient plus en mesure d'utiliser les bombardements aveugles du régime pour fédérer le peuple autour de leurs crimes odieux", a poursuivi le secrétaire d'Etat américain.

Un corridor humanitaire

Le plan "nécessite de cesser toutes les attaques, notamment les bombardements aériens, et toutes les tentatives de gagner du terrain aux dépens d'autres parties de l'accord de cessation. Il requiert un accès humanitaire sans obstacle, durable à toutes les zones assiégées et difficiles d'accès, dont Alep".

Pendant la trêve, les combattants de l'opposition modérée sont invités à se séparer des groupes djihadistes, faute de quoi ils pourront être la cible de frappes ultérieures, a dit Kerry. Dans de nombreuses endroits du pays, et notamment à Alep, ces derniers sont devenus indissociables.

L'accord prévoit que les deux camps se retirent de la route dite de Castello, corridor stratégique de ravitaillement pour les rebelles au nord-ouest d'Alep, et du quartier de Ramoussah, dans le sud de la ville, repris ces derniers jours par l'armée syrienne. L'Onu a annoncé vendredi que les convois humanitaires étaient dans l'impossibilité de circuler depuis le début du mois à Alep.

Une coopération en vue

Si la trêve instaurée à compter de lundi soir tient pendant sept jours, la Russie et les Etats-Unis prépareront une coopération, avec des frappes contre le Front al Nosra et le groupe Etat islamique (EI), a ajouté John Kerry. Un "centre commun d'opérations" sera mis en place, consacré notamment au partage d'informations permettant de délimiter les territoires de l'ex-Front al Nosra et ceux de l'opposition.

A Washington, le Pentagone, qui s'est montré récemment réticent à coopérer avec la Russie en Syrie, s'est néanmoins montré prudent. "Ces engagements doivent être complètement respectés avant qu'une coopération militaire ne soit possible", a dit le porte-parole du Pentagone, Peter Cook. "Nous allons suivre de près la mise en oeuvre de cet accord dans les jours qui viennent", a-t-il ajouté.

Les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) ont pour leur part estimé samedi qu'il y avait peu de chance que le nouvel accord de paix USA-Russie réussisse, et l'opposition réunie au sein du Haut comité des négociations (HCN) a émis des doutes.

En cinq ans, le conflit syrien a causé plus de 400.000 morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes. Samedi, encore, des avions de combat ont touché un marché très fréquenté d'Idlib, une ville contrôlée par les rebelles syriens, tuant au moins 25 personnes, dont des femmes et des enfants, a-t-on appris auprès de secouristes et de témoins. Un habitant et des secouristes disent penser qu'il s'agit d'avions russes volant à haute altitude et qui se distinguent des hélicoptères syriens qui évoluent plus près du sol.

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 12/09/2016 à 9:36 :
IL FAUT SAVOIR ARETTE UNE GUERRE FAUTE DE CONBATTANTS? LES AMERICAINS APRES AVOIR DECLANCHE L APOCALYSSE EN ORIENT DEMANDE LA PAIX? APRES S EN AVOIR MI PLEIN LES POCHES EN ARMENT N INPORTE QUI ? VONT POUVOIR CONTINUER A S EN METTRE PLEIN LES POCHES EN RECONTRUISANT? CE QUI LES GENES CE QUE LES RUSSES NE LACHERONT PAS LE MARCHE COMME CELA ? ? HUMOUR NOIR QUANT L ECONOMIE VAS TOUS VAS???///LA MOITIE DES HOMMES POLITIQUE SONT DES BON A RIEN LES AUTRE SONT PRES A TOUS///COLUCHE///
a écrit le 11/09/2016 à 22:29 :
"Si la trêve instaurée à compter de lundi soir tient pendant sept jours, la Russie et les Etats-Unis prépareront une coopération, avec des frappes contre le Front al Nosra et EI. Donc le Front al Nosra sait que au bout d'une semaine si l'accord tient, ils seront bombardés !
Et les 2 grandes puissances militaires qui n'interviennent quasiment que par des frappes aériennes, décident seules de la suite ou pas des combats des troupes au sol. Croisons les doigts bien fort.
a écrit le 11/09/2016 à 14:03 :
Si on met à côté du« bla-bla » humanitaire et sur la résolution politique, à ce moment l‘accord semble être suivant. Les Etats-Unis créent une coalition pour combattre le Daech (l’affaiblire, le détruire ou pousser vers une autre direction). Les rebelles, les forces d’Assad arrêtent temporairement de se battre entre eux et vont combattre le Daech à l’aide des Russes et probablement des Turcs et de la Ligue Arabe. Probablement ils vont dissiper al-Nostra entre temps. La Russie a réussi temporairement de « vendre » sa participation en Syrie aux Américains probablement en échange d’une partie de sanctions. Cela a été le seul but de sa participation en Syrie. La participation de la Russie en actions au sol sera encore plus élevée.
a écrit le 11/09/2016 à 8:44 :
Allez, un bon moment de répit pour les islamistes, pour qu'ils se dispersent dans la nature, reprennent leurs forces, se ravitaillent et qu'ils puissent aussi s'exfiltrer et rejoindre l'Europe où ils prêcheront pour le califat et recruteront des terroristes qui nous tueront.. Vous imaginez si, en 1944, les mêmes considérations "humanitaires" avaient été appliquées, permettant à la contre-attaque allemande de se réorganiser et une plus grande résilience japonaise dans les Iles du pacifique ?
a écrit le 11/09/2016 à 6:33 :
pour ce qui concerne la France, de F. Hollande et son Ayrault ... tout le monde à remarquer l'absence de la France à la table des négociations....voilà encore, un des succès validé de "MoiJe" ...comme quoi à l'international, grandiloquence et décadence ...= absence .....Au national ...cela ne va pas tarder...!
a écrit le 10/09/2016 à 19:43 :
C'est rassurant que deux diplomates de très haut niveau comme ces deux là arrivent à avoir des relations amicales, mais ce sont les gens sur le terrain qui vont décider ou non de la trêve. Pour ceux qui ont envie de rire: Lavrov a 44 ans d'expérience aux affaires étrangères et parle 4 langues, (http://archive.mid.ru//bul_ns_en.nsf/kartaflat/en03.01) et Ayrault, notre professeur d'allemand manqué (http://www.huffingtonpost.fr/2012/11/16/lapsus-de-jean-marc-ayrault-effroyable-fructueux_n_2141973.html), n'en a que 2 :-)
Réponse de le 11/09/2016 à 18:55 :
@patrickb : Votre envie de dénigrer les hauts fonctionnaires français est compréhensible, mais au niveau de comparaison vous vous trompez durement.
1. Un lapsus d’Ayrault ? L’année derrière lors d’une conférence de presse avec les Saoudites Lavrov a laché d’haute voix en russe une phrase avec des propos orduriers (en sait pas exactement envers qui, mais il semble envers son homologue. Une diplomatie d’haut niveau).
2. Dans des « think-tanks » proches au Ministère des affaires étrangères russe il y a certaines personnes en tête. Elles sont telles que leur vraie place doit être dans un hôpital psychiatrique (je sais de quoi je parle).
3. Je remarque cyniquement que la Russie actuelle a des relations complètement ratées avec une bonne part des pays du monde (pas forcement en Occident), a une image de traitre stupide et lâche et n’a pratiquement pas d’alliés. Certains en font figure, mais c’est en échange de grosses subventions et jusqu’à premier éventement sérieux. Lavrov a sa part de responsabilité non négligeable.
Réponse de le 12/09/2016 à 9:21 :
@ex-moscovite: 1) j'ai plutôt l'impression que c'est toi qui calomnie tout se qui peut se passer en Russie. 2) ne pas reconnaître l'incompétence totale des dirigeants français, c'est être totalement aveugle ou être profondément endoctriné. 3) Les sanctions imposées à la Russie ont des effets tout à fait mitigés et frappe, semble-t-il, autant la Russie que l'Europe. Non pas que Poutine soit la panacée, mais on cosntate tout de même qu'il maintient son pays à flot :-)
Réponse de le 12/09/2016 à 13:13 :
@ patrickb : 1. Non. A. J'opère une information réelle, dès fois même assez exclusive, pas de l’information de Russia Today, où d’autres sources de propagande. B. Quand je dis que quelque chose en Russie n’est pas bonne, cela ne signifie pas que tout est mauvais. Je ne vais pas dire quand même que, par exemple, la qualité des routes à Moscou se dégrade ou que la corruption à bas et moyen niveau augmente, car la situation est inverse. C. C’est vous qui avez mis S. Lavrov comme un exemple, tandis qu’il a commis des fautes plus graves que J.-M. Ayrault, et ses résultats professionnels ne sont pas trop encourageants pour le moins (malgré cela, quand même ce n’est pas le pire ministre russe). Donc, si la réalité vous fâche, ce n’est pas le problème de la réalité.
2. Même si je ne suis pas du tout adorateur des dirigeants français, ce que vous dites, je n’aime pas la critique aveugle qui ne prend pas en compte beaucoup de facteurs.
3. Ma remarque n’avait aucun rapport avec les sanctions envers la Russie. De plus, si vous n’avez pas remarqué, je dis depuis le début, qu’en réalité elles ne sont pas trop fortes, pour une grande partie anti-personnelles, pas anti-pays. La seule sanction sérieuse contre le pays, c’est l’interdiction de financement à moyen et longue terme sur les marchés internationaux, les autres sont bien plus faibles, de plus pas toujours respectées. L’économie russe souffre de la baisse des prix du pétrole et de ses problèmes structurels, pas des sanctions. Concernant si elle coule ou pas, c’est une question pas évidente. D’un côté l’appauvrissement de la population est important, et cela ne s’arrête pas, les fonds souverains seront épuisés au plus tard à 2018 si cela continue, mais il y a des signaux plus encourageants.
a écrit le 10/09/2016 à 12:25 :
Une bonne nouvelle.

Assez rare pour en profiter.
a écrit le 10/09/2016 à 10:37 :
Enfin , on en revient à des choses plus humaines , car donner l'avantage à n'importe quel camp ne change rien , ils sont tous aussi sanguinaires les uns que les autres et je ne vois vraiment pas, que l'on y mettre notre nez .

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