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La Tribune DimanchePolitique

« Les Américains ont le choix entre la fureur et la langueur » (Julien Vaulpré, directeur général de Taddeo)

Photo de Ludovic Vigogne

Ludovic Vigogne

Publié le 24 décembre 2023 à 04:56

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Trump a perdu l’élection présidentielle de 2020 face à Biden, élu avec 306 grands électeurs (51,3 %) contre 232 pour son adversaire (46,8 %).

Trump a perdu l’élection présidentielle de 2020 face à Biden, élu avec 306 grands électeurs (51,3 %) contre 232 pour son adversaire (46,8 %).

© ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP

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ENTRETIEN - L'ex-conseiller opinion de Nicolas Sarkozy à l’Élysée a rédigé une note pour la Fondation Jean-Jaurès, « L’Amérique kidnappée », dans la perspective du match retour entre Joe Biden et Donald Trump en 2024.

LA TRIBUNE DIMANCHE - La présidentielle de l'an prochain sera « l'élection la plus importante en un siècle, peut-être même en deux », pour les États-Unis, écrivez-vous. Pourquoi ?

JULIEN VAULPRÉ - La polarisation de l'Amérique atteint un niveau de paroxysme qui n'a jamais été aussi fort depuis la guerre de Sécession. L'Amérique est à la fois hébétée, stressée et sur ses gardes. Le temps est aux doutes. Doute sur la nation, d'abord. L'histoire patriotique des pionniers, the American frontier, mélange de démocratie et de violence, se heurte à la honte de l'esclavage. Une woke America émerge contre celle de la « destinée manifeste » dotant l'Amérique blanche d'une vocation universelle autorisant toutes les barbaries. Doute sur l'État ensuite, car la Constitution n'a jamais paru aussi fragile et le verdict de l'élection présidentielle n'est plus inattaquable.

Pourquoi Trump et Biden n'ont-ils l'un et l'autre jamais été aussi puissants au sein de leurs partis ?

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Pour une raison simple : les deux candidats les ont kidnappés. Grâce à un leverage buy-out électoral, Trump dispose du soutien inconditionnel de 30 % des républicains et il a purgé le parti des héritiers de Reagan et Bush. De son côté, Joe Biden a fait un hold-up. Sénateur en 1972, candidat aux primaires en 1988, vice-président et président, il est « le » Parti démocrate comme il est « la » figure de l'average Joe, l'Américain du coin de la rue. Les cols bleus s'y retrouvent, et il séduit à la fois Wall Street et la tech californienne. Joe Biden est également un antidote à l'image du parti des urbains wokes, ces hipsters parodiant Jack Kerouac, devenus upper class [les classes aisées] et focalisés sur le prix du latte et les débats intellectuels. Biden est un mea culpa d'Obama 2008, de sa campagne trop brillante, quasi messianique, aux espoirs infinis. La coolitude d'Obama a fabriqué d'immenses déceptions et été le terreau de la radicalisation conservatrice. C'est la revanche des « descendants », majorité blanche, classe ouvrière, populations âgées, face à la coalition of the ascendant, jeunes et minorités. Joe Biden a ainsi imposé une candidature inévitable.

Ludovic Vigogne

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