Allemagne : le coronavirus pourrait avoir raison de la sacro-sainte règle du zéro déficit

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La chancelière Angela Merkel, lors d'une conférence de presse à propos du coronavirus, le 11 mars 2020, à Berlin.
La chancelière Angela Merkel, lors d'une conférence de presse à propos du coronavirus, le 11 mars 2020, à Berlin. (Crédits : Axel Schmidt)
"Il s'agit d'une situation extraordinaire, nous ferons ce qui est nécessaire [...] nous le ferons pour que nous puissions nous sortir de cette situation et, après coup, nous verrons ce que cela a signifié pour notre budget", a assuré, ce mercredi lors d'une conférence de presse, la chancelière Angela Merkel, donnant la priorité au ralentissement de l'épidémie de Covid-19.

La chancelière Angela Merkel s'est dite prête, ce mercredi, à revenir sur la sacro-sainte règle du zéro déficit public en Allemagne pour faire face à l'épidémie de coronavirus.

"Il s'agit d'une situation extraordinaire, nous ferons ce qui est nécessaire [...] nous le ferons pour que nous puissions nous sortir de cette situation et, après coup, nous verrons ce que cela a signifié pour notre budget", a assuré lors d'une conférence de presse la chancelière.

Elle était interrogée sur le fait de savoir si elle était prête à remettre en cause l'impératif de l'équilibre budgétaire en Allemagne, qui dicte la conduite du gouvernement depuis maintenant des années et est critiquée par les partenaires de l'Allemagne, comme la France, ainsi que certains institutions internationales.

Stopper la propagation du virus avant tout

Mme Merkel, qui s'exprimait pour la première fois devant la presse au sujet de cette épidémie, a expliqué que mettre fin à sa propagation passait "en premier", avant le respect des règles budgétaires.

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"Une économie comme celle de l'Allemagne, qui est extrêmement dépendante des exportations, est bien sûr encore plus touchée par les défis mondiaux qu'une économie très centrée sur elle-même", a fait valoir la chancelière.

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Son gouvernement devrait ainsi présenter vendredi des mesures pour relancer l'économie, en direction par exemple des hôtels et restaurants. Il prépare concrètement des prêts publics aux entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie.

Dérogations

Le dogme budgétaire allemand repose sur deux règles: l'interdiction inscrite dans la Constitution de contracter toute nouvelle dette fédérale excédant 0,35% du PIB, dite "Schuldenbremse" (frein à la dette), et l'engagement supplémentaire d'un budget fédéral au moins à l'équilibre ("Schwarze Null"), respecté depuis 2014.

La règle constitutionnelle prévoit néanmoins des dérogations en cas de crise économique, catastrophe naturelle ou "situations d'urgence extraordinaires", offrant donc des marges de manœuvre au gouvernement.

Mme Merkel a en outre confirmé que l'Union européenne prônait une approche "flexible" du Pacte de stabilité européen, qui limite en principe à 3% par an le déficit public des différents pays membres.

"Souplesse" et "flexibilité"

"Nous gérerons le Pacte de stabilité et de croissance avec souplesse au niveau européen, c'était une conclusion importante", mardi, de la réunion extraordinaire entre les 27 chefs d'État et de gouvernement par visioconférence, a souligné la chancelière.

"Je pense que le Pacte dispose d'une flexibilité suffisante pour les situations inhabituelles, et cela signifie qu'un pays comme l'Italie [...] nous ne lui disons naturellement pas qu'il ne peut pas investir dans son système de santé du fait d'une règle sur la dette", a-t-elle détaillé, martelant que la situation était "inhabituelle".

Ces propos vont dans le sens de ce que demande la France en particulier.

Mardi, le président français Emmanuel Macron a souhaité que "la contrainte budgétaire" ne soit "pas un rempart" à d'éventuelles mesures pour soutenir l'économie.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2020 à 19:42 :
"nous ne lui disons naturellement pas qu'il ne peut pas investir dans son système de santé du fait d'une règle sur la dette"

Ils ne vous ont pas attendu et ils ont eu bien raison maintenant toutes ces règles n'ont absolument aucun sens, la preuve, cela en ai même comique cette déclaration, les citoyens européens sont saignés en leurs noms et nous ramons chaque jour un peu plus.

L'UE est en mort cérébrale, débranchons le tuyau.
a écrit le 11/03/2020 à 18:31 :
Le 7 février 1992, le Traité de Maastricht inscrit la limite des 3% de déficits publics comme l'un des critères fondamentaux pour entrer dans la future zone euro. L'Allemagne voulait de la rigueur en Europe et Jean-Claude Trichet, alors directeur du Trésor, et Jacques Delors, président de la Commission européenne, auraient suggéré la fameuse règle française des «3%», «que tout le monde comprend», aux négociateurs européens.Pas de calcul savant, donc, ni de justification économique dans cet intouchable «3%». C’est l'Allemagne qui a battu en brèche ce principe en ne le respectant plus dès 2001. Voyant que Berlin n'a pas été sanctionné, la France et d'autres ont suivi l'exemple allemand.
a écrit le 11/03/2020 à 17:28 :
un effet d'annonce de la part de Merkel, essentiellement pour inciter les pays importateurs de marchandises allemandes à se lancer dans des plans de relance afin d'assurer à minima des débouchés pour l'économie allemande,
l'Allemagne est dépendante de ses débouchés extérieurs et comme elle n'a pas tenté de rééquilibrer son modèle économique (ou seulement à la marge avec la création d'un faible smic) faire un plan de relance n'aurait probablement que peu d'impact sur son économie et son tissu industriel

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