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Comment le coronavirus a mis à genoux l'économie mondiale

latribune.fr

Publié le 11 mars 2020 à 10:47 - Mis à jour le 11 mars 2020 à 14:26

Donald Trump a proposé un vaste plan de relance de 700 milliards de dollars, après avoir tenté de minimiser, à plusieurs reprises, l'impact du coronavirus sur l'économie américaine.

Donald Trump a proposé un vaste plan de relance de 700 milliards de dollars, après avoir tenté de minimiser, à plusieurs reprises, l'impact du coronavirus sur l'économie américaine.

Reuters

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De l'apparition d'un virus inconnu en Chine à un "lundi noir" qui a vu les marchés chuter comme jamais depuis fin 2008: en deux mois, l'épidémie de Covid-19 a mis l'économie mondiale à rude épreuve.

[Article publié le 11/03/2020 à 11h47, mis à jour le 11/03/2020 à 15h25]

Wuhan, Chine, décembre 2019: plusieurs cas d'une pneumonie virale nouvelle sont détectés dans cette métropole industrielle de 11 millions d'habitants. La maladie se propage et le 9 janvier, les autorités chinoises attribuent ces cas à un nouveau type de coronavirus. Un premier mort est comptabilisé deux jours plus tard.

L'épidémie contamine plusieurs pays asiatiques et peu à peu d'autres continents, avec à ce jour plus de 115.000 cas d'infection recensés, dont plus de 4.000 morts.

La Chine décide fin janvier de mettre Wuhan en quarantaine et interdit aux centaines d'usines qui s'y trouvent de rouvrir immédiatement après les congés du Nouvel an chinois.

Les secteurs du tourisme et des transports sont les premiers à s'inquiéter de cette épidémie qui va assécher la clientèle chinoise, quand de nombreux États restreignent les arrivées de ressortissants en provenance du géant asiatique.

Fin janvier, de Shanghai à Wall Street, les marchés connaissent de premiers à-coups. Les prix des matières premières, dont l'industrie chinoise est gourmande, s'affaissent. Entre la mi-janvier et début février, les cours de l'or noir plongent d'environ 20%. Et ce n'est qu'un début.

Grain de sable

Le monde découvre le rôle de Wuhan, "hub" logistique et industriel pour de nombreux groupes internationaux... et réalise qu'un accroc dans une usine chinoise peut provoquer des perturbations en chaîne pour une myriade d'entreprises dans le monde.

En Allemagne, en Corée du Sud, au Japon, en Italie, en France, aux États-Unis, partout des industriels font part de difficultés à s'approvisionner en pièces et composants habituellement produits par des partenaires chinois.

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Illustration de la newsletter L’Alerte La Tribune

Le constructeur français Renault doit fermer provisoirement une usine en Corée du Sud. Le géant américain Apple gère l'arrêt de la production de fournisseurs.

Les économistes parlent de "choc d'offre". Et compte tenu de la place de la Chine dans les échanges mondiaux, il est massif. Les dirigeants de la planète prennent la mesure du risque: que ce choc entraîne des défaillances d'entreprises et un ralentissement d'une économie déjà affaiblie par les tensions commerciales entre la Chine, les États-Unis et l'Europe.

"Le Covid-19, une urgence sanitaire mondiale, a perturbé l'activité économique en Chine et pourrait mettre en péril la reprise" mondiale,alerte le 23 février la directrice du Fonds monétaire international (FMI)Kristalina Georgieva, lors du G20 Finances à Ryad.

Branle-bas

De nombreuses multinationales préviennent que la crise sanitaire aura un impact sur leurs résultats. Les marchés boursiers commencent à s'affoler. La dernière semaine de février est une débandade: en Europe et aux États-Unis, les indices perdent plus de 12%, du jamais-vu depuis la crise de 2008-2009, quand l'économie mondiale était entrée en récession.

Récession: le risque commence à pénétrer les esprits. L'heure est au branle-bas de combat. Le 3 mars, la banque centrale américaine (Fed) surprend en baissant ses taux directeurs. La Chine arrose son économie de liquidités, tandis que l'Italie, l'Allemagne ou la France tentent de soutenir leurs entreprises.

L'inquiétude est que le choc "d'offre" ne se double d'un choc mondial "de demande", d'une chute de la consommation et des investissements si l'épidémie conduit d'autres pays, à l'image de l'Italie, à prendre des mesures drastiques de confinement.

Dans un premier temps, c'est plutôt une ruée que connaissent les supermarchés de Los Angeles ou de Sydney, où les produits de bases sont dévalisés. "C'est la pagaille [...] Aujourd'hui, c'est incontrôlable. [...] Nous n'avons plus de papier toilette, presque plus d'eau, et plus de gel pour les mains", raconte, le 7 mars, l'employé d'un supermarché Costco à Burbank (Californie).

Les avions se vident ou restent au sol au fur et à mesure que les compagnies interrompent certaines liaisons. L'épidémie de Covid-19 pourrait coûter plus de 100 milliards de dollars au transport aérien, s'alarme le 5 mars l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Krach pétrolier

L'un des chocs les plus durs vient du pétrole. L'Opep et la Russie échouent le 6 mars à Vienne à s'accorder sur une baisse de leur production pour stabiliser les cours. Piquée au vif, l'Arabie saoudite lance une guerre des prix. Les cours frôlent les 30 dollars lundi, après une chute inédite depuis la première guerre du Golfe en 1991.

Puis les marchés boursiers s'effondrent, à l'image du CAC 40 parisien qui décroche de plus de 8% lundi, du jamais vu depuis 2008. En quelques heures, des milliards d'euros se volatilisent.

Au moment où la dette des entreprises, dont une partie de piètre qualité, atteint des niveaux records, certains craignent que cette chute des marchés ne fragilise les banques et les grands fonds d'investissement.

Gita Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international, résume l'enjeu: "empêcher qu'une crise temporaire ne nuise de façon irrémédiable à des personnes et des entreprises en raison de pertes d'emplois et de faillites", grâce à une réponse vigoureuse et coordonnée des gouvernements et des banques centrales.

En 2008-2009, le G20 avait pris les rênes d'une telle réponse, au point d'être qualifié de "gouvernement économique mondial". Onze ans plus tard, la guerre commerciale, le Brexit, la montée du populisme sont passés par là. Rien ne dit que le groupe des vingt premières économies mondiales, présidé cette année par l'Arabie Saoudite, voudra endosser à nouveau ce rôle.

Des mesures de soutien à l'économie

  • Union européenne :

La Commission européenne a annoncé, mardi, son intention de créer un fonds doté de 25 milliards d'euros, pour aider les pays membres de l'UE à surmonter les conséquences économiques de l'épidémie. L'institution a par ailleurs précisé que les dépenses budgétaires exceptionnelles liées à la lutte contre la propagation du virus ne seront pas prises en compte dans l'évaluation du déficit des pays concernés, après que ces derniers ont plaidé pour un assouplissement des règles budgétaires dans ce contexte particulier.

  • États-Unis :

Dans le même temps, Donald Trump a proposé un vaste plan de relance de 700 milliards de dollars, après avoir tenté de minimiser, à plusieurs reprises, l'impact du coronavirus sur l'économie américaine. L'une des propositions phares du locataire de la Maison Blanche est de supprimer les charges sociales jusqu'à la fin de l'année, afin de gonfler le pouvoir d'achat des ménages.

Cette annonce intervient moins d'une semaine après l'approbation, par le Congrès américain, d'un plan d'urgence de 8,3 milliards de dollars, visant à améliorer l'action des pouvoirs publics et qui prévoit, notamment, de financer la recherche et le développement de vaccins, de traitements médicaux, ainsi que les services médicaux à distance.

  • Royaume-Uni :

Le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, a pour sa part annoncé, ce mercredi, un plan de 30 milliards de livres pour soutenir l'économie. Le budget du gouvernement de Boris Johnson comprend "des mesures de soutien à l'économie de 30 milliards de livres pour protéger les Britanniques, les emplois et les entreprises", a déclaré le ministre devant le Parlement.

Dans le détail, 7 milliards aideront les travailleurs indépendants et les PME, 5 milliards le système de santé, qui s'ajoutent à 18 milliards d'autres mesures pour soutenir l'activité.

  • Italie :
De son côté, le gouvernement italien a annoncé, ce mercredi, une enveloppe d'un montant total de 25 milliards d'euros, toujours pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 600 morts dans le pays. 

Sur cette somme, la moitié environ sera mobilisée en urgence, tandis que l'autre servira pour d'éventuels besoins ultérieurs.

Il y a une petite semaine, l'Italie avait déjà décidé d'allouer une enveloppe de 7,5 milliards d'euros, mais face à la situation qui s'aggrave, le gouvernement a donc décidé de franchir un pas supplémentaire, en dépit d'un important déficit des finances publiques et d'une dette supérieure à 130% du PIB qui inquiète Bruxelles depuis des années.

  • Canada :

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a annoncé, ce mercredi, la création d'un fonds d'un milliard de dollars canadiens (640 millions d'euros) pour soutenir l'économie canadienne.

Ce fonds "apportera un financement aux provinces et aux territoires pour les aider à se préparer à toute éventualité et pour atténuer les risques pour les Canadiens", a dit M. Trudeau lors d'une conférence de presse. Le nombre de cas du nouveau coronavirus approchait la centaine ce mercredi dans le pays, avec un décès.

Le fonds vise notamment à renforcer les systèmes de santé des provinces canadiennes, et à aider financièrement les Canadiens forcés de se mettre en isolement à cause du coronavirus.

"Personne ne devrait se soucier de son emploi s'il doit être mis en quarantaine", a insisté le chef du gouvernement.

"L'annonce faite aujourd'hui est importante, mais nous nous préparons déjà à en faire plus", a insisté M. Trudeau, prévoyant de nouvelles annonces dans les prochains jours.

  • Allemagne :

Lundi 9 mars, c'est le gouvernement allemand qui a annoncé un paquet de mesures visant à soutenir son économie face à l'incidence du coronavirus. Les principales mesures économiques concernent le recours facilité pour les entreprises en difficulté au chômage partiel de leurs salariés, l'octroi de prêts en cas de difficultés de trésorerie et le blocage d'une enveloppe supplémentaire de 12,8 milliards d'euros sur quatre ans pour des investissements d'infrastructure.

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Lors d'une conférence de presse donnée ce mercredi, la chancelière Angela Merkel s'est également dite prête à revenir sur la sacro-sainte règle du zéro déficit public pour faire face à l'épidémie.

(Avec AFP)

latribune.fr

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