Allemagne : que prévoit le nouvel accord de coalition ?

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Angela Merkel, qui est à la tête des chrétiens-démocrates (CDU), a concédé le portefeuille des Finances au SPD dans le cadre de l'accord de coalition qui a finalement été scellé mercredi, plus de quatre mois après les élections législatives fédérales du 24 septembre.
Angela Merkel, qui est à la tête des chrétiens-démocrates (CDU), a concédé le portefeuille des Finances au SPD dans le cadre de l'accord de coalition qui a finalement été scellé mercredi, plus de quatre mois après les élections législatives fédérales du 24 septembre. (Crédits : AXEL SCHMIDT)
Après plus de quatre mois d'impasse politique et de rebondissements, Angela Merkel se dirige vers un quatrième mandat en tant que chancelière en Allemagne, grâce à un accord de gouvernement conclu mercredi entre son parti conservateur et les sociaux-démocrates. L'occasion de revenir sur les principaux points de l'accord qui a nécessité des concessions de la part des conservateurs.

L'Allemagne s'apprête à retrouver un nouveau gouvernement. Quatre mois après les élections législatives et des semaines de négociations interminables, les conservateurs du bloc CDU-CSU et les sociaux-démocrates du SPD sont parvenus à un accord de coalition. Ce jeudi, des critiques se sont déjà élevées dans les rangs des conservateurs d'Angela Merkel, pour reprocher à la chancelière certaines concessions faites aux sociaux-démocrates. L'occasion de revenir sur les principaux points de l'accord.

| Lire aussiAllemagne : la grande coalition, une chance pour l'Europe ?

Economie

Sur le plan économique, l'accord prévoit un grand plan d'investissements sur plusieurs années pour la première puissance européenne. Longtemps réclamé par des économistes et une partie de la presse allemande, le nouvel exécutif devrait lancer un plan d'investissements dans plusieurs domaines stratégiques. Ce qui pourrait représenter un tournant dans la politique économique allemande. Ce qui est proposé :

  • 4 milliards d'euros dans la construction de logements sociaux et des incitations fiscales pour accéder à la propriété ;
  • 5,95 milliards d'euros dans l'éducation, la recherche et le numérique d'ici à 2021 ;
  • assurer que tous les Länder soient équipés d'Internet à haut débit d'ici à 2025. Le montant de cet investissement, financé par des fonds publics, pourrait atteindre jusqu'à 12 milliards d'euros ;
  • Développer une stratégie globale sur la blockchain et faire campagne pour un cadre légal, au niveau européen et international, concernant les échanges de cryptomonnaies.

En ce qui concerne le droit du travail, le nouvel accord prévoit également de renforcer l'encadrement des contrats courts pour limiter leurs recours abusifs par les employeurs.

| Lire aussi : L'Allemagne ne parvient pas à construire une stratégie d'investissement public

Fiscalité

Sur le plan de la fiscalité et de la politique budgétaire, quelques changements sont à prévoir, sur la forme en tout cas. En effet, le portefeuille des finances publiques doit passer des mains de la CDU à celles des sociaux-démocrates. Mais il ne devrait pas véritablement y avoir de rupture. En effet, Olaf Scholz qui est pressenti pour être le nouveau ministre des Finances devra se soumettre à l'objectif d'un budget à l'équilibre sans nouvel endettement. Ses marges de manœuvre devraient donc être limitées. Son prédécesseur Wolfang Schäuble, adepte de la rigueur et de l'orthodoxie budgétaire devrait être rassuré. Au niveau fiscal, le document précise qu'il n'y aura pas d'augmentations d'impôts pour les plus aisés contrairement à ce que voulait le SPD. Il est prévu de supprimer "l'impôt de solidarité" mis en oeuvre lors de la réunification pour aider les Länder de l'ex-RDA. Ce qui devrait permettre de réduire les impôts pour les contribuables de l'Ouest de 10 milliards d'euros.

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L'actuel maire de Hambourg Olaf Scholz est pressenti comme futur ministre des Finances de la coalition. (Crédits : Reuters/Axel Schmidt.)

Europe

Sur le plan européen, les partenaires de la coalition ont fait plusieurs propositions dans des domaines aussi variés que la fiscalité des GAFA ou les institutions européennes:

  • Soutenir une taxation équitable des grands groupes , en particulier les géants de l'Internet comme Google, Facebook, Apple ou Amazon. Ces sociétés ne doivent plus pouvoir jouer des différences de fiscalité entre Etats membres et le dumping fiscal doit être interdit ;
  • Instaurer une taxe substantielle sur les transactions financières ;
  • Renforcer le rôle du Parlement européen et renforcer les finances de l'UE. L'Allemagne serait prête à augmenter sa contribution au budget européen.
  • Soutenir des fonds spécifiques consacrés à la stabilisation économique, la convergence sociale et la réforme structurelle de la zone euro. Ces fonds pourraient constituer la base d'un futur "budget d'investissement" de la zone euro ;
  • Renforcer et réformer la zone euro en étroit partenariat avec la France, afin que l'euro résiste mieux aux crises mondiales ;
  • Transformer le "Mécanisme européen de stabilité" en "Fonds monétaire européen" sous contrôle parlementaire ;
  • Renforcer la coopération franco-allemande via des projets comme par exemple, un centre sur l'intelligence artificielle.

| Lire aussi : Zone euro : les recommandations des économistes allemands et français

Immigration

Avec l'afflux massif de réfugiés et de demandeurs d'asile, les questions migratoires ont fait l'objet d'âpres débats outre-Rhin ces dernières années. Les membres et partisans de l'extrême droite proches de l'AFD n'ont pas hésité à alimenter leur dernière campagne pour  les élections législatives sur ces questions-là. Selon l'accord de coalition, les flux de demandeurs d'asile devraient être limités entre 180.000 et 220.000 arrivées par an. Voici les autres propositions :

  • Plafonner à 1.000 par mois le nombre de personnes qui seront autorisées, dans le cadre du regroupement familial, à rejoindre un de leurs proche, réfugié en Allemagne ;
  • Rendre l'Allemagne plus attractive aux yeux de la main d'oeuvre qualifiée ;
  • Améliorer la politique d'intégration et promouvoir une implication accrue des immigrés dans la vie publique.

Pour entamer son nouveau mandat à 63 ans, la chancelière devra encore franchir un obstacle de taille avec un vote prévu sur le contrat de coalition des quelque 460.000 militants du SPD, dont le résultat est attendu début mars. Et ils sont très divisés sur l'idée même d'une alliance avec la droite, au moment où leur parti ne cesse de plonger dans les sondages. En cas d'échec, Angela Merkel devrait faire un gouvernement minoritaire dans l'optique de nouvelles élections. Ce qui mettrait la chancelière dans une position très délicate.

| Lire aussi : Le bilan en demi-teinte de Merkel en cinq graphiques

(Avec agences)

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Commentaires
a écrit le 08/02/2018 à 15:12 :
Instaurer une taxe substantielle sur les transactions financières , une très bonne nouvelle, si on l'appliquait à l'échelle mondiale, les impôts pourraient baisser significativement et la pauvreté reculer. Cette taxe , même à un niveau faible rapporterait des milliards d'euros par an aux états et serait indolore pour les investisseurs.
a écrit le 08/02/2018 à 15:10 :
Où l'on voit que l'opposition CDU-SPD n'existe pas, leurs différences se situent seulement dans des nuances à la faible portée. la social démocratie n'est qu'un masque de plus du néolibéralisme, heureusement elle meure de s'être trop compromise et le SPD, aussi bêtes que ses collègues européens y file droit.

La droite allemande va faire le même coup que les autres droites européennes en manque totale de capacité cognitive, à savoir va nous dire que les idées de gauche mènent au fascisme et le tour de la duperie totale sera une nouvelle fois de plus joué.

On se demande juste bien pourquoi tous les partis politiques européens veulent tant que l'extrême prenne l'europe hein... Ben faut avouer c'est tellement pratique une bonne dictature, nous avions une économie dirigiste et une politique inexistante nous aurons donc une politique et une économie dirigistes.

"Fin de cycle pour la social-démocratie" https://www.monde-diplomatique.fr/2016/03/A/54964

Vite un frexit mais plus de politiciens honnêtes et intelligents pour nous le proposer hélas...

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