Commission européenne : l'extrême droite intégrée au sein de la nouvelle équipe
latribune.fr
La nouvelle équipe, si elle est approuvée par les eurodéputés, sera composée de 11 femmes pour 16 hommes, soit légèrement en deçà de la parité promise.
Les trois partis du Parlement européen - droite, centre et sociaux-démocrates -, ont trouvé un accord politique mercredi soir approuvant la nouvelle équipe de la Commission européenne. Présentée par la présidente Ursula von der Leyen, elle comprend une vice-présidence attribuée à l'extrême droite, une première au sein de l'exécutif européen.
Ouf de soulagement à Bruxelles. Les chefs des trois groupes du Parlement européen ont annoncé mercredi soir s'être mis d'accord autour de la nouvelle équipe de la Commission européenne. Ainsi le PPE (droite), Renew (centre) et le groupe social-démocrate (gauche) soutiennent l'ensemble des commissaires proposés par la présidente de l'institution, Ursula Von der Leyen.
Dans leur accord, les trois groupes promettent de« travailler ensemble »de façon« constructive »et de défendre les« valeurs »européennes au Parlement.
La gauche et le centre réclamaient un engagement du PPE, après lui avoir reproché à plusieurs reprises de mêler ses voix à l'extrême droite depuis le début de la législature. Encore la semaine dernière, entre autres exemples, pour assouplir une loi contre la déforestation.
L'accord de« coalition »de mercredi marque le« retour »d'une« majorité pro-européenne pour ce mandat », a fait valoir le groupe Renew.
Reste encore une étape pour que la liste soit validée : les eurodéputés devront voter en sa faveur le 27 novembre en session plénière à Strasbourg. L'entrée en fonction du nouvel exécutif européen, pour un mandat de cinq ans, est ensuite prévue le 1er décembre.
Les tractations entre les partis ont été difficiles autour de trois noms de la liste. Notamment celui de l'Italien Raffaele Fitto, choisi pour une vice-présidence à la Cohésion des territoires. Et ce, en raison de son appartenance au parti d'extrême droite Fratelli d'Italia. Les sociaux-démocrates se sont divisés jusqu'au bout à son sujet. Et les socialistes français ont plaidé en vain pour ne pas sceller d'accord avec les autres groupes si l'Italien conservait son titre de vice-président. Il pourrait donc y avoir des défections lors du scrutin du 27 novembre.
« Pour la première fois, la Commission européenne aura un vice-président d'extrême droite. Je le condamne fermement et avec les socialistes français nous voterons donc évidemment contre cette Commission »,a réagi l'eurodéputé Pierre Jouvet.
À l'inverse, la cheffe du gouvernement italien et de Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, a célébré la « tâche importante » confiée à Raffaele Fitto. Signe, selon elle, de la « centralité retrouvée de l'Italie en Europe ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Des crispations sur deux autres noms
Autre personnalité qui a suscité les crispations : l'Espagnole Teresa Ribera, qui devrait décrocher le poste de vice-présidente à la Transition écologique et de directrice générale de la Concurrence. Actuelle ministre du socialiste Pedro Sanchez, la droite la pointait du doigt l'accusant d'avoir mal géré les inondations meurtrières qui ont frappé son pays fin octobre. Le PPE a attendu les explications de Teresa Ribera devant le Parlement espagnol ce mercredi, avant d'adouber la nouvelle Commission.
Enfin, le nom du Hongrois Oliver Varhelyi n'a pas fait l'unanimité. Proche du Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, il avait été critiqué pendant son audition pour son peu d'empressement à répondre aux questions sur l'accès des femmes à l'avortement ou sur les droits LGBT+. Il devait initialement devenir commissaire européen à la Santé et au Bien-être animal. Selon l'accord trouvé, il pourrait voir son portefeuille en partie amputé, avec le retrait des dossiers liés à la santé reproductive et sexuelle, confiés à la Belge Hadja Lahbib (Renew).
11 femmes et 16 hommes
Il y avait en tout cas urgence à trouver un accord pour que la nouvelle équipe puisse démarrer à la date du 1er décembre. Sans quoi cela aurait en outre pu alimenter le sentiment d'un flottement à Bruxelles, au moment où le retour de Donald Trump appelle une voix européenne forte. « Il y a un enjeu majeur à ce que la Commission entre en fonctions très rapidement. Il y a eu l'élection de Trump. (...) Il y a de nombreuses décisions fortes à prendre », appuyait récemment l'entourage du Français Stéphane Séjourné. Ce dernier figure d'ailleurs sur la liste et obtiendrait un poste de commissaire européen chargé de la stratégie industrielle.
Reste que le processus de négociations qui a mené à l'accord laisse un goût amer à certains parlementaires. Ils estiment en effet que les tractations politiques ont neutralisé l'exercice des auditions. Chez les écologistes, la Française Marie Toussaint a fustigé les « petits arrangements » qui « ont brisé le cordon sanitaire avec l'extrême droite ».
La nouvelle équipe, si elle est approuvée par les eurodéputés, sera en tout cas composée de 11 femmes pour 16 hommes, soit légèrement en deçà de la parité promise. Quatre des six postes clés de vice-présidence seront toutefois attribués à des femmes. Pour rappel, lors du vote de la précédente équipe en 2019, trois commissaires européens avaient été récusés par les eurodéputés. Cette fois, l'ensemble de l'équipe devrait être confirmée dans une semaine.