Ursula Von der Leyen réelue à la tête de la Commission européenne
latribune.fr
Ursula von der Leyen a été élue en 2019 présidente de la Commission européenne, devenant la première femme à prendre la direction de l’exécutif européen et la première Allemande depuis 52 ans.
Les eurodéputés ont voté pour la reconduction d'Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission européenne. Pour s'assurer une majorité, la responsable allemande a présenté sa feuille de route pour les cinq ans à venir.
La responsable allemande, Urusula Von der Leyen, en poste depuis 2019, a été reconduite à la tête de Commission européenne. Les députés européens l'ont élu avec 401 voix soit 21 de plus qu'en 2019. Le nombre de députés avait augmenté de 705 à 720 sièges pour cette nouvelle législature.
Le vote à bulletins secrets devait démarrer à 11h00 GMT (13h00 heure française) ce jeudi, mais certains groupes de gauche ont demandés un report du vote, en raison de la décision de la Cour de justice de l'UE qui a épinglé, mercredi 17 juillet, Ursula Von Der Leyen pour avoir dissimulé des informations relatives aux contrats des vaccins Covid. La demande de report du vote a finalement été rejetée et c'est donc à 14h15 qu'Ursula von der Leyen, à la tête de l'exécutif européen depuis 2019, a décroché un deuxième mandat de cinq ans. Très vite, le chancelier allemand Olf Scholz a réagi soulignant que cette réélection démontre« notre capacité d'agir dans l'UE, justement en période difficile » et qu'il s'agit d' « un signe clair de notre capacité d'action dans l'Union européenne, justement en cette période difficile. Les Européens attendent de nous que nous faisions avancer l'Europe. Faisons-le ensemble! », a-t-il déclaré dans un message sur le réseau social X, rejoint par son homologue polonais Donald Tusk qui a salué une réélection « en ces temps difficiles.»
Grand discours
En amont de ce vote crucial, la responsable allemande leur présenté ce jeudi matin son projet politique pour les cinq prochaines années. Et a tenté, pendant un discours d'une heure, de répondre aux attentes, parfois contradictoires, des divers groupes politiques. Défenseure de longue date d'une « Commission géopolitique », elle a plaidé pour « une Europe forte » dans une « période de grande anxiété et d'incertitude » face aux « démagogues et [aux] extrémistes détruisant notre mode de vie européen ».
Elle se veut un gage de stabilité face aux tensions du monde : contentieux commerciaux avec Pékin, retour possible de Donald Trump à la Maison blanche, guerres en Ukraine et au Proche-Orient... « Le bain de sang à Gaza doit cesser immédiatement », a-t-elle lancé, appelant « un cessez-le-feu immédiat et durable ».
Ursula von der Leyen se donne pour priorités de doper la compétitivité et renforcer massivement les investissements pour les industries critiques et la défense.
Elle entend aussi viser un objectif climatique ambitieux pour 2040, à savoir une baisse nette de 90% des émissions de gaz à effet de serre de l'UE par rapport à 1990. Cet objectif, étape-clé pour atteindre la neutralité carbone en 2050, figurera dans un texte législatif proposé aux États membres par la prochaine Commission, a-t-elle précisé. Elle promet aussi un plan « industries propres » pour réduire les factures énergétiques et un « plan logement abordable » pour les ménages précaires, avec, pour la première fois, un commissaire dédié à la question.
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Ces promesses ont peut-être convaincues des membres du parti écologiste, qui compte 53 sièges, de glisser son nom dans l'urne. Leur codirigeant, le Néerlandais Bas Eickhout, avait prévenu que son groupe attendait pour cela « sa promesse à refuser tout recul sur le Pacte vert, et des mesures sur les problèmes laissés en suspens : adaptation climatique, océans... ».
Un consensus mais pas d'unanimité
De façon générale, l'impact de ce discours est loin d'être anecdotique tant l'issue du scrutin s'annoncait serré après la poussée de l'extrême droite aux élections européenne de juin. La conservatrice allemande semble toutefois en bonne position puisque les Vingt-Sept se sont entendus fin juin pour lui accorder ce nouveau mandat sur la base du bilan de son premier. La responsable a en effet su s'imposer à travers les crises, du Covid-19 à la guerre en Ukraine, tout en élaborant des législations majeures telles que le Pacte vert, les règles numériques ou encore le pacte asile et migration.
Techniquement parlant, la grande coalition réunissant les partis du centre disposait de suffisamment de sièges (401 sur les 361 nécessaires à la majorité absolue) pour lui garantir de nouveau la présidence. Le Parti populaire européen (PPE, droite), dont elle est issue, reste la première force du Parlement (188 élus), les sociaux-démocrates (S&D) occupent 136 sièges et les libéraux (Renew) 77. Mais ces groupes attendent des défections dans leurs rangs : une partie du PPE (dont les Républicains français) n'avait pas soutenu son choix, les libéraux allemands ont affiché leurs réticences tout comme les libéraux irlandais...
Lors d'auditions à huis clos, Ursula von der Leyen s'est attachée à rassurer tous azimuts. « Elle a répondu à beaucoup (de questions), parfois de manière vague. On vérifiera dans son discours » si elle reprend les éléments réclamés, « mais je ne pars pas du principe qu'on n'est pas là pour lui créer des difficultés », indique à l'AFP, Elio Di Rupo, eurodéputé socialiste et ex-Premier ministre belge.
Des voix à gratter à l'extrême droite ?
Outre du côté des Verts pour parer aux défections dans la coalition centriste, Ursula von der Leyen a pu aussi compter sur une partie des 78 élus du groupe d'extrême droite ECR, associé à la dirigeante italienne Giorgia Meloni. Le Premier ministre tchèque Petr Fiala a appelé les élus de ce clan à la soutenir. En revanche, l'autre groupe d'extrême droite « Patriotes pour l'Europe », réunissant le Rassemblement national (RN) et le parti hongrois Fidesz avec des positions réticentes au soutien à l'Ukraine, reste exclu de toute majorité potentielle.
Reste que toute ouverture assumée à ECR s'avère déjà être une ligne rouge pour les libéraux, les socialistes et les Verts, qui appellent à construire « une majorité stable avec des partis pro-démocratie, pro-UE » sans l'extrême droite.
Ainsi, Ursula von der Leyen« pourrait s'assurer 30 à 40 voix des Verts, une vingtaine chez ECR, de quoi largement compenser les pertes dans les trois groupes (de la majorité centrale), c'est le scénario le plus probable »,calcule un eurodéputé au fait des équilibres. Et de tempérer :« Évidemment, tout se jouera à quelques dizaines de voix ».
Comme cela avait d'ailleurs été le cas en 2019. La candidate von der Leyen avait alors été élue avec seulement 9 voix d'avance sur le minimum requis pour obtenir la majorité absolue, pour un total de 383 voix. Celle qui était alors ministre de la Défense en Allemagne devenait la première femme à prendre la direction de l'exécutif européen. Et la première Allemande depuis 52 ans.
Autre incertitude pour Ursula von der Leyen : l'impact pour son image du verdict de la justice de l'UE rendu ce mercredi. Ce dernier a épinglé Bruxelles pour son manque de transparence dans les achats de vaccins anti-Covid négociés par l'institution avec les laboratoires pour le compte de ses États membres. Dans le cadre de cette affaire, la présidente de la Commission avait été éclaboussée par une polémique autour de SMS échangés avec le PDG de Pfizer, l'un de ces laboratoires. Des textos dont l'institution s'est toujours refusée à révélé la teneur, ce qui lui a valu des critiques et nourri toutes sortes de théories. Cette affaire a nourri la proposition de report du vote de la gauche, finalement rejeté.