Espagne : Mariano Rajoy gagne une manche, pas la partie

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Ana Pastor, ministre des transports, est devenue président du Congrès des députés espagnol.
Ana Pastor, ministre des transports, est devenue président du Congrès des députés espagnol.
Ana Pastor, ministre des transports et membre du Parti populaire, a été élue présidente de la chambre grâce à l'alliance avec Ciudadanos. Mais le chemin vers l'investiture est encore loin pour Mariano Rajoy.

C'est une première victoire importante pour Mariano Rajoy. Lors de la séance de formation des nouveaux Cortes élus le 26 juin, c'est la candidate de son parti, le Parti populaire (PP), Ana Pastor, qui a été élue à la présidence du Congrès des députés, la chambre basse du parlement espagnol. Au second tour, elle a obtenu 169 voix contre 155 seulement à son concurrent, le socialiste Patxi López, président sortant du Congrès. Ana Pastor, députée depuis 2000, était jusqu'ici ministre des travaux publics et des transports dans le gouvernement de Mariano Rajoy.

Son élection est le fruit d'un accord entre le PP et le parti libéral Ciudadanos (C's) d'Albert Rivera. Tout le week-end, ce dernier a discuté avec Mariano Rajoy pour négocier le ralliement de ses 32 députés au candidat du PP. Selon El País, plusieurs noms proposés par l'actuel chef du gouvernement, comme celui du ministre de l'Intérieur, Jorge Fernández Díaz, qui a été touché par un scandale récent. Finalement, contre l'acceptation d'Ana Pastor à la présidence et deux postes au bureau du Congrès, Albert Rivera a accepté de joindre ses votes à ceux du PP.

Comment Ana Pastor a été élue

Ana Pastor n'a cependant été élue qu'en raison du mode de scrutin particulier de la présidence du Congrès. Si aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour, alors un deuxième tour est organisé avec les deux premiers candidats. Dans ce cas, une majorité relative suffit. Or, face à Ana Pastor, l'opposition, qui était majoritaire, n'a pas réussi à s'organiser. Certes, Unidos Podemos a annoncé son soutien au deuxième tour à Patxi López, du parti socialiste PSOE, mais les deux partis de gauche ne totalisent que 156 sièges (Patxi López n'a donc pas fait le plein des voix à gauche). Pour mettre en échec Ana Pastor et l'alliance PP-Ciudadanos, il aurait fallu obtenir le ralliement des indépendantistes et nationalistes basques, catalans et canariens. Or, ces derniers qui, globalement, disposent de 25 sièges, se sont tous abstenus, refusant de choisir entre les deux candidats. C'est cette abstention qui a permis l'élection d'Ana Pastor.

Ciudadanos prêt à soutenir le PP

Cette élection est-elle un prélude à l'investiture de Mariano Rajoy à sa propre succession ? Après son succès aux élections du 26 juin, il voudrait le croire. Ce qui est certain, c'est que Ciudadanos semble clairement ouvert à une alliance avec le PP. Après son « pacte » avec le PSOE en février dernier, le parti d'Albert Rivera entend rester un parti « pivot », un « faiseur de rois » permettant de peser sur la politique menée tout en débloquant la situation. Certains évoqueront une position « opportuniste ». Mais soutenir un candidat à la présidence du Congrès et un candidat à la présidence du gouvernement sont deux choses différentes.

Albert Rivera a fait du vieux terme de « régénération », très à la mode en Espagne au début du 20e siècle, son credo. Or, peut-on mener une politique de régénération avec le Parti populaire, incarnation de la politique à l'ancienne, touché par les affaires de corruption en série et prônant la continuité de la direction du gouvernement ? En fait, Ciudadanos semble avoir déjà fait le choix du soutien à Mariano Rajoy. Il devrait simplement refuser de participer au gouvernement si ce dernier reste à la Moncloa, le Matignon espagnol. Mais ce ralliement sera l'objet de discussions sur le fond : Ciudadanos demandera des concessions sur le programme.

Le ralliement de Ciudadanos pas suffisant

Reste que ce ralliement ne sera pas suffisant. L'élection du président du gouvernement suit une procédure différente : il n'y a qu'un candidat et ce dernier doit obtenir la majorité absolue au premier tour, la majorité relative ensuite. Or, comme il n'y a pas de candidat alternatif, la donne est changée et plusieurs partis qui rejettent le candidat présenté peuvent voter contre lui, sans risque de voir un candidat également honni élu. Dans le cas de Mariano Rajoy, les deux partis indépendantistes catalans, ERC et PDC (17 sièges) et les indépendantistes basques d'EH Bildu (2 sièges), au moins, voteront clairement contre celui qui incarne tout refus d'un référendum d'autodétermination de leurs régions. Dans ce cas, avec les voix de la gauche du PSOE et d'Unidos Podemos, les opposants à Mariano Rajoy disposent de 175 sièges sur 350, soit de quoi empêcher toute majorité pour le président sortant, malgré l'alliance avec Ciudadanos. D'autant que les Basques du PNV (5 sièges) sont peu susceptibles de soutenir une alliance PP-C's.

Blocage du PSOE

Plus que jamais, la clé du succès pour Mariano Rajoy est l'abstention du PSOE. Une position que les socialistes ont officiellement refusée, malgré des sondages affirmant qu'elle est soutenue par leurs électeurs. Pour autant, toute alternative de gauche semble exclue dans la mesure où elle nécessiterait un ralliement explicite des indépendantistes catalans et des nationalistes basques, ce qui n'est pas possible pour le PSOE qui ne veut pas entendre parler de référendum d'autodétermination. L'élection d'Ana Pastor est donc un premier succès pour Mariano Rajoy, mais son investiture est encore loin d'être acquise. Et l'option d'un troisième scrutin de suite ne peut être exclue. Le jour du premier vote d'investiture, il faudra élire un président du gouvernement dans les deux mois. Faute de quoi, les Espagnols devront encore retourner aux urnes...

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a écrit le 25/07/2016 à 6:56 :
bien sur " rie n'est acquit ..." ( pour Rajoy ) ; mais , pour Sanchez encore moins , et lui par contre , il doit lutter contre une opposition interne au PSOE qui va finir par lui valoir d'etre ...ejecté ( 6 anciens ministres PSOE , dont Rubalcaba , soutiennent un accord avec le PP ...) . Quand au " faiseur de Roi " , Rivera , n'oublions pas qu'il n'a existé que par la megalomanie de Mas , et que le 26 Juin il a déjà perdu 8 de ses 40 députés ...un 3 eme tour lui serait surement fatal .
a écrit le 20/07/2016 à 9:45 :
Ben voilà, vous avez trouvé un sujet qui n’intéresse pas les stupides trolls et golden corbeaux qui vous collent habituellement, qu'est-ce qu'on respire bien ici !

C'est l'avantage d'être moins d'un an avant les élections les neuneux se cantonnent à défendre, bêtement forcément, leurs chouchous et dire du mal en permanence de hollandes comme si ce dernier avait une chance de passer au second tour.

EN ce qui concerne ciudadanos leurs dernières activités ne fait que confirmer mes doutes de départ à savoir ce n'est qu'un parti oligarchique de plus créé seulement pour vampiriser des voix à Podemos qui doit faire peur à beaucoup.
Réponse de le 20/07/2016 à 10:54 :
C's, parti libéral pro-européen soutire des voix sûrement au PP, probablement aussi au PSOE, mais sûrement pas à Unidos Podemos dont il est l'exact contraire politique.
Réponse de le 20/07/2016 à 16:45 :
Vous êtes rigolo.

Tenez voilà comment on nous a vendu ciudadanos: "Elections en Espagne : Ciudadanos, la fulgurante ascension des indignés de droite" http://www.telerama.fr/monde/ciudadanos-la-fulgurante-ascension-des-indignes-de-droite,135837.php

Vous savez avec internet, même si ce dernier est noyé sous des millions de tonnes de conneries, on peut tout trouver, suffit juste de le vouloir.

Merci
Réponse de le 25/07/2016 à 7:01 :
parti oligarchique de + , dites vous . avec vos accès internet , remontez donc aux sources : c'est plustot juste un opportunisme generé par Mas et ses fantasmes ? non ?

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