Face à un Macron moins intransigeant que prévu, Johnson clame : «Je veux un accord ! »

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(Crédits : Reuters)
Devant son homologue britannique qui s'est dit encouragé sur la voie d'un accord par sa rencontre avec Merkel, le président français, réputé inflexible, s'est rangé à l'idée de Merkel selon laquelle une solution sur la question irlandaise pourrait être trouvée "d'ici à 30 jours", mais il a insisté sur le respect de deux conditions concernant le "backstop" : "garantir la stabilité en Irlande" et "assurer l'intégrité du marché unique".

[Article publié le 22.08.2019 à 15:21 mis à jour à 16h25 avec précisions de Merkel et Bourse]

Le président français Emmanuel Macron a estimé jeudi qu'une solution pourrait être trouvée "d'ici 30 jours" sur la question de la frontière irlandaise (clause du "backstop") afin d'aboutir à une sortie ordonnée du Royaume-uni de l'UE.

"Dans le cadre de ce qui a été négocié, un travail doit pouvoir se faire", a-t-il déclaré en recevant le Premier ministre britannique Boris Johnson à l'Élysée, à deux jours du sommet du G7.

Le président réputé inflexible se dit sur la même ligne que Merkel

"Je suis, comme la chancelière Merkel, confiant sur le fait que l'intelligence collective, notre volonté de construire, doit nous permettre de trouver quelque chose d'intelligent dans les 30 jours s'il y a une bonne volonté de part et d'autre, et c'est ce que je veux croire", a-t-il ajouté devant la presse, estimant que "l'avenir du Royaume-Uni ne peut se trouver qu'en Europe".

Le "backstop", disposition controversée sur l'Irlande dans l'accord de Brexit négocié entre Londres et Bruxelles mais refusé par le Parlement britannique, prévoit que, faute de meilleure solution à l'issue d'une période transitoire, et pour éviter le retour d'une frontière entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, le Royaume-Uni tout entier reste dans un "territoire douanier unique" avec l'UE.

Boris Johnson estime que ce dispositif porte atteinte à la "souveraineté de l'Etat britannique" et l'empêcherait de mener une politique commerciale indépendante des règles de l'UE.

"Les solutions techniques sont aisément disponibles", a assuré le Premier ministre britannique devant son homologue, ajoutant que le Royaume-Uni ne voulait "à aucun prix établir des contrôles à la frontière".

"Je veux un accord" martèle finalement Boris Johnson

"Je veux un accord", a martelé Boris Johnson. "Je pense que nous pouvons avoir un accord et un bon accord", a-t-il ajouté, se disant "encouragé" par sa rencontre mercredi avec la chancelière Angela Merkel.

Mme Merkel, en le recevant mercredi à Berlin, avait aussi jugé possible de trouver "dans les 30 prochains jours" un accord avec Londres pour éviter un divorce non négocié entre le Royaume-Uni et l'Union européenne le 31 octobre. Le président français, réputé plus inflexible, avait alors à l'inverse affirmé que "la renégociation dans les termes proposés par les Britanniques n'est pas une option qui existe". La présidence française avait également exprimé ses réserves quant aux chances d'éviter un "Brexit dur", largement redouté par le monde des affaires des deux côtés de la Manche, estimant qu'"aujourd'hui, le scénario central du Brexit est celui du 'no-deal'".

Devant son homologue, Emmanuel Macron a insisté sur le respect de deux conditions concernant le "backstop" : "garantir la stabilité en Irlande" et "assurer l'intégrité du marché unique".

Merkel précise qu'elle n'a pas seulement dit "dans les trente jours"

Ce jeudi après-midi, la chancelière allemande, Angela Merkel a tenu à préciser ses propos lors de sa conversation hier avec Boris Johnson, et notamment qu'un accord sur le Brexit avec le Royaume Uni était possible jusqu'au 31 octobre, pas seulement dans "les 30 jours".

"J'ai dit (à Boris Johnson Premier ministre britannique) que ce que vous voulez faire en deux ou trois ans, vous pouvez le faire en 30 jours, ou encore (...) d'ici le 31 octobre", a déclaré Mme Merkel en visite à La Haye.

 La livre bondit, signe d'optimisme après les propos de Merkel et Macron

Peu avant 16 heures, la livre sterling bondissait jeudi face à l'euro et au dollar, gagnant même temporairement plus de 1% face aux deux devises, signe d'un regain d'optimisme du marché quant à la possibilité d'un accord sur le Brexit.

Vers 13H40 GMT (15H40 à Paris), la livre gagnait 0,91% face au billet vert, à 1,2240 dollar, et 0,93% face à la monnaie unique, à 90,55 pence pour un euro. Une demi-heure auparavant, elle est montée jusqu'à 1,2265 dollar et 90,41 pence pour un euro, des niveaux plus vus depuis trois semaines.

"Les investisseurs réagissent aux derniers propos rassurants d'Angela Merkel sur le filet de sécurité irlandais", a expliqué à l'AFP Pierre Veyret, analyste pour ActivTrades.

"Mme Merkel a déclaré qu'il est possible de trouver une solution au filet de sécurité qui maintiendrait l'intégrité du marché unique et respecterait les principes de l'accord de Belfast de 1998", a complété David Madden, analyste pour CMC Markets.

Le mécanisme dit de "filet de sécurité", ou "backstop", prévu dans l'accord conclu entre Londres et l'UE en novembre 2008 a été rejeté à plusieurs reprises par le Parlement britannique.

Cette disposition controversée, sorte de "police d'assurance" pour l'UE, vise à éviter qu'émerge à nouveau après le Brexit une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande au sud, au risque de réveiller le conflit sur l'île.

Les derniers propos de la chancelière allemande, en déplacement à La Haye aux Pays-Bas, s'ajoutent à ceux d'Emmanuel Macron qui s'est déclaré un peu plus tôt dans la journée "confiant" qu'une solution puisse être trouvée "dans les 30 prochains jours" entre Londres et les 27, même s'il s'est montré plus prudent que le Premier ministre britannique Boris Johnson.

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Commentaires
a écrit le 27/08/2019 à 9:51 :
Faut lui dire que le pouce levé ça fait un peu trop penser au Macron de l'antiquité... Enfin pour ceux qui savent du moins et avec internet ceux qui savent ont été multipliés par 1000.
a écrit le 22/08/2019 à 23:46 :
Bojo a t il enfin compris que sans accord, point de salut pour lui, sachant que Jérémy est en embuscade profitant d'un parlement qui ne lui est pas vraiment favorable.
Merkel et Macron ont été conciliants certes, mais plutôt evasifs ( ouais, c'est possible de trouver une solution au backstop ds les 30 jours ou jusqu'au 31 octobre... suivant les versions ).
Mais quoi ? C'est certainement le feuilleton politique de l'été dont le suspense est en train de faire monter l'audimat.
a écrit le 22/08/2019 à 18:45 :
J'ai relu l'article deux fois, en fait les discussions n'ont pas avancé d'un iota.
Macron mérite même le prix Nobel de la langue de bois:
"Dans le cadre de ce qui a été négocié, un travail doit pouvoir se faire". Je vous laisse traduire.
a écrit le 22/08/2019 à 18:31 :
"l'Europe, l'Europe, l'Europe" disait le Général de Gaulle...
"J'veux un accord, j'veux un accord, j'veux un accord" dit BoJo...
Mais ce dernier, il propose Quoi de crédible ? Rien. Donc Brexit dur... à moins qu'il ne mangé son chapeau !
a écrit le 22/08/2019 à 17:55 :
garantir la stabilité en Irlande = réduire le risque de bazar politique entre irlandais nationalistes pro-réunification et ceux que le statu quo arrange .
assurer l'intégrité du marché unique = empêcher les irlandais de trafiquer des importations massives illégales hors droits de douane en provenance de l'Ulster britannique .
le gouvernement irlandais va réclamer du fric à l'Union Européenne pour accepter de ne pas encourager les troubles politiques inter communautés et pour collaborer à combattre les trafics frontaliers .
finalement , un accord gagnant gagnant permettant de sauver la face et les intérêts de toutes les parties .
a écrit le 22/08/2019 à 17:32 :
"Le président français, réputé inflexible, s'est rangé à l'idée de Merkel" Si c'était vrai on n'insisterai la dessus!!! C'est risible!
a écrit le 22/08/2019 à 17:03 :
En clair, c'est "circulez" y a rien à voir". BoJo est cuit.
a écrit le 22/08/2019 à 16:43 :
Citation
"Dans le cadre de ce qui a été négocié, un travail doit pouvoir se faire", a-t-il déclaré en recevant le Premier ministre britannique Boris Johnson à l'Élysée, à deux jours du sommet du G7.
En terme diplomatique, notre Président est sur la même longueur d'onde que celle de madame Angela Merckel: soit le RU accepte l'accord négocié entre l'UE et madame Theresa May, soit c'est le hard Brexit.
Cordialement
a écrit le 22/08/2019 à 16:40 :
Superbe photo de la détente versus la constipation!
a écrit le 22/08/2019 à 16:14 :
Le Royaume Uni a toujours fait plier l'Europe. la Dame de fer avait réclamé un chèque elle l' a eu ce qui vaut à lA France de signer un chèque de plus d'un milliard par an à Londres. Pour rester dans l'UE M. Cameron le "bon" premier ministre de sa Majesté avait demandé d'énormes concessions à l'UE, qui avait accepté comme d'habitude, pour parait il faire barrage au Brexit etc etc. Il semble que M. Macron comme tout bon Président français plus fort en g.... qu'en respect de ses propres paroles se pliera au exigences de M. Bojo. L'Elysée une nouvelle aura t il son pantalon au niveau des chevilles?
a écrit le 22/08/2019 à 16:12 :
Bon. Si Macron s'est montré moins inflexible, j'ose espérier que c'est parce que Boris Johnson ait proposé des solutions (même temporaires) qui méritent réflexion. Attendons donc de voir....
a écrit le 22/08/2019 à 15:42 :
On pourrait penser que Macron s'est laissé manoeuvrer par Merkel. Mais en fait depuis 3 ans les british n'ont rien proposé donc s'il y avait une alternative ça se saurait !
Et enfin si ça fait plaisir a Bojo pourquoi l'en priver ?
a écrit le 22/08/2019 à 15:35 :
La dernière fois que l'UE a accédé aux demandes de BJ, suite à une faiblesse de Merkel, on s'est retrouvé avec des députés européens anglais qui conchient l'Europe et son drapeau, et on doit subir les pitreries du gros blond qui souhaite à tout prix continuer le show.
Parce que quand le show va s’arrêter la GB ne sait pas trop comment elle va tomber.

Il ne peut y avoir de diplomatie parallèle dans ce cas et Macron commet une faute d'Ego en le laissant croire.

BJ doit passer d'abord par Turk, puis par la commission Barnier.

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