L'Italie paie cher ses séismes

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Touché par 61 tremblements de terre en 116 ans, le Japon a déboursé plus de 360 milliards de dollars
Touché par 61 tremblements de terre en 116 ans, le Japon a déboursé plus de 360 milliards de dollars (Crédits : Statista*)
Depuis 1900, plus de 115.000 personnes ont péri dans des tremblements de terre, en Italie. Un bilan humain très lourd, doublé d'un coût économique faramineux, très peu couvert par les assurances, faute d'un régime catastrophes naturelles.

Le bilan ne cesse de s'alourdir, dans le centre de l'ltalie. Jeudi matin, les services de la protection civile annonçaient le décès de 247 personnes. Fauchées dans leur sommeil, en pleine nuit, mercredi, par un séisme de magnitude 6,2 sur l'échelle de Richter. Ce tremblement de terre, le trente-deuxième à frapper l'Italie depuis 1900, est d'ores et déjà le deuxième le plus meurtrier depuis celui de 1980, lorsque 4.689 personnes avaient péri dans la région de Naples.

Au-delà du bilan humain souvent très lourd, depuis 1900, ces tremblements de terre ont coûté à l'Italie près de 50 milliards de dollars (43,5 milliards d'euros) en dégâts sur les propriétés, les cultures et le bétail, selon les chiffres du Centre de recherche sur l'épidémiologie des désastres. Comme le montre notre graphique Statista (voir en tête d'article), seuls la Chine et le Japon, frappés respectivement par 156 et 61 tremblements de terres sur la même période, ont dû débourser davantage pour les dommages matériels et économiques subis.

15 milliards de dollars pour le séisme de 2012

Sur les dix catastrophes les plus coûteuses, en Italie, sept se sont produites lors des 35 dernières années. Et ne sont pas forcément les plus meurtrières. En 2012, par exemple, les dégâts causés par le séisme enregistré dans la région de Modène ont été évalués à 15 milliards de dollars (13,3 milliards d'euros), pour 24 vies emportées. A l'autre bout de l'échelle, le tremblement de terre le plus meurtrier du siècle dernier, survenu en 1908, a vu 75.000 personnes périr à Messine, Reggio de Calabre et Palmi. La reconstruction de la région, dévastée par un raz-de-marée consécutif aux secousses, avait coûté environ 116 millions de dollars de l'époque (l'équivalent de 2,8 milliards de dollars en 2016), dont une partie provenait de dons d'autres pays européens. Deux époques bien différentes en matière de technologie, de techniques de construction et d'aides apportées par l'Etat et les assurances.

Le risque de captation des aides par la mafia

Dans l'histoire récente du pays, la reconstruction des régions touchées par un séisme est un sujet sensible, notamment depuis 1980 lorsque la Camorra était parvenue à capter, via les entreprises bâtiment et de travaux publics, une part importante des 20 milliards de dollars (d'argent public principalement) alloués aux zones affectées par le tremblement de terre. Dans certaines villes, trente ans plus tard, les travaux de reconstruction et de rénovation n'étaient toujours pas terminés, comme l'expliquait le maire de la commune d'Auletta dans La Republica en 2009.

L'Etat veut se désengager et faire agir les assurances

Pour éviter ce genre d'abus, entre autres, le gouvernement italien avait adopté, quelques jours avant le tremblement de terre de 2012 (triste coïncidence), un décret-loi prévoyant de réduire l'indemnisation publique de ce genre de catastrophe - jusque-là prévue par la loi.

Dans un contexte de hausse de l'endettement public, l'idée était alors de donner davantage de poids aux assurances, en créant un régime catastrophes naturelles, inexistant dans la péninsule. Pour un pays situé à la jonction entre deux plaques tectoniques, la chose peut paraître surprenante.

Mais traditionnellement, comme l'expliquait la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) en 2012, la couverture relève d'une démarche personnelle, en Italie, et ne concerne qu'une petite partie de la valeur des biens assurés (tableau ci-dessous).

CCR assurance et indémnisation

(Source CCR)

Contribution des assurances en cas de séisme : de 1% à 2%

Faute de transformation du décret-loi en loi sous soixante jours, le projet n'a jamais abouti.

Pour le séisme du 24 août 2016, 1% à 2% de l'indemnisation seulement devrait provenir des assurances, le montant moyen observé depuis 1970. Le reste des dégâts seront, une nouvelle fois, couverts par l'Etat.

Jeudi matin, le gouvernement a d'ailleurs annoncé avoir débloqué une première enveloppe d'urgence de 235 millions d'euros. Au vu de l'étendue de la région touchée par le séisme et des dégâts matériels engendrés, le coût économique risque une nouvelle fois d'être très élevé. En plus d'un bilan humain déjà très lourd. L'Italie paie vraiment cher ses tremblements de terre.

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(*) Un graphique réalisé par notre partenaire Statista

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Commentaires
a écrit le 25/08/2016 à 19:49 :
"Pour un pays situé à la jonction entre deux plaques tectoniques, la chose peut paraître surprenante." Tu penses bien que si la compagnie d'assurance sait que tu as le cancer, elle ne va pas te signer de contrat d'assurance-vie ou si elle le fait, ce sera à un prix exhorbitant :-)

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