La poussée de la droite xénophobe allemande se confirme

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Alternative für Deutschland est donné troisième dans le dernier sondage allemand.
Alternative für Deutschland est donné troisième dans le dernier sondage allemand. (Crédits : Reuters)
Alternative für Deutschland (AfD) est donnée troisième avec 10,5 % des intentions de vote, un record, par un sondage récent en Allemagne. Un casse-tête pour Angela Merkel.

L'extrême-droite allemande serait, selon le dernier sondage, la troisième force politique du pays en cas d'élection fédérale aujourd'hui. Un sondage réalisé par l'institut Insa du 13 au 16 novembre auprès de 2.059 personnes et paru dans Bild Zeitung, attribue en effet 10,5 % des intentions de vote au parti Alternative für Deutschland (AfD), parti eurosceptique et anti-immigration. C'est le niveau d'intention de vote le plus élevé depuis la création de ce parti en avril 2013. AfD dépasse ainsi pour la première fois dans un sondage national les deux partis de l'opposition parlementaire, Die Linke et les Verts, donnés chacun à 10 %. Le parti obtiendrait 69 sièges au Bundestag.

Gains sur les partis traditionnels

Devant AfD, les Sociaux-démocrates (SPD) recueillent 23,5 % et la CDU/CSU d'Angela Merkel 35 % des intentions de vote. Les deux « grands partis » sont ainsi loin de leurs résultats des élections du 22 septembre 2013 où le parti de la chancelière avait obtenu 41,5 % et la SPD 25,7 % des voix. Et c'est ce qui singularise l'actuelle poussée d'AfD : elle se réalise essentiellement sur les pertes des partis traditionnels. En 2013, AfD avait raté de peu son entrée au Bundestag avec 4,7 % des voix quand il en faut 5 % pour disposer de députés. Sa progression s'était confirmée en septembre 2014 lors d'une série d'élections régionales où AfD avait frôlé et dépassé 10 %. Mais à l'époque, AfD était un autre parti...

Les premiers succès d'un parti « libéral »

Fondée en avril 2013 par un économiste hambourgeois, Bernd Lucke, AfD était originellement un parti fondé sur le rejet de la participation de l'Allemagne à la zone euro et à son sauvetage. Il se présentait comme un parti « libéral » cherchant à retrouver les valeurs du libéralisme allemand des années 1950 qu'il considérait comme la source de la prospérité pour l'ensemble de la population. Il avait gagné beaucoup d'électeurs parmi les électeurs du vieux parti libéral FDP sur le déclin, enragés par la participation de leur parti à une coalition organisant la « socialisation des dettes » en Europe et parmi une partie des électeurs de Die Linke en ex-RDA qui considéraient que leur faible niveau de vie par rapport à l'ouest était dû aux dépenses européennes de l'Allemagne. FDP et Die Linke avaient ainsi subi un net recul aux élections de 2013.

Le tournant au sein d'AfD

Le parti a cependant depuis beaucoup changé. A la fin de l'été 2014, les succès régionaux d'AfD ont été construits par plusieurs membres de l'aile droite du parti qui réclame une réorientation sur le thème de l'immigration. Une lutte interne intense s'engage et culmine en juillet, en pleine crise grecque, avec la défaite de Bernd Lucke et de l'aile libérale qui, du reste, a peu à peu quitter le parti. AfD ne sera pas un simple « Wirtschaftspartei » (« parti de l'économie ») comme il en existait sous la république de Weimar, ce sera un parti ancré à droite, faisant du rejet de l'immigration, notamment musulmane, un de ses points programmatiques, à côté de l'euroscepticisme. Une forme de Front national à l'allemande. AfD évolue donc franchement vers la droite et paie le prix traditionnel outre-Rhin de cette évolution. Début août, INSA ne lui attribue que 3 % des intentions de vote.

L'effet de la crise migratoire

Evidemment, la crise migratoire et l'arrivée de milliers de réfugiés en Allemagne va faire rebondir le parti et le propulser à des plus hauts historiques. AfD n'est en effet pas considéré comme ouvertement « néo-nazis » ou « d'extrême-droite » comme les autres petits partis nationalistes allemands (NPD, Republikaner ou Pro Deutschland) par une opinion qui se refuse absolument à voter pour de telles formations. Son passé « libéral » lui donne une image de parti respectable, allié au parlement européen avec les Conservateurs britanniques. Il est donc considéré par les électeurs conservateurs de la CDU et de la CSU comme une alternative au vote traditionnel. La cacophonie à l'intérieur du centre-droit allemand sur la question des réfugiés, non seulement entre la CSU et la CDU, mais aussi au sein de la CDU, mais aussi le positionnement très proche de la SPD d'Angela Merkel sur le sujet a amené cet électorat conservateur à se tourner vers AfD.

Aussi, entre le 26 août et le 16 novembre, AfD a-t-il progressé de 7 points, soit autant que ce que la CDU/CSU a perdu durant la même période. Parallèlement, Die Linke et la FDP ont progressé. Le flux de nouveaux électeurs potentiels d'AfD vient donc bien des rangs conservateurs.

Terrain favorable pour AfD

Cette progression peut-elle se poursuivre ? AfD prospère sur la crise des réfugiés. Les sondages soulignent qu'une grande partie des Allemands sont inquiets de l'arrivée de ces réfugiés. Angela Merkel, qui tente, tant bien que mal, de maintenir une politique d'ouverture, perd de la popularité au profit de certains « durs » comme le chef de la CSU bavaroise Horst Seehofer et le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble. A priori, AfD dispose donc encore d'une marge de progression qu'il est cependant difficile d'évaluer. Le plus inquiétant est que ni la proximité avec le mouvement islamophobe Pegida, ni la surenchère verbale d'AfD sur le sujet des réfugiés ne la font chuter dans les sondages. Le 31 octobre, Marcus Pretzell, le responsable du parti pour la Rhénanie du nord-Westphalie, a proposé « en dernier recours » de « défendre la frontière allemande avec des armes. » Selon INSA, AfD a gagné depuis 2,5 points au niveau national.

Le « pire » pour Angela Merkel ?

Avec cette poussée d'AfD, reconnue par tous les instituts de sondage, même si certains comme Emnid ne donnait, le 14 novembre, que 8 % d'intention de vote au parti, Angela Merkel est clairement sous pression. Il se réalise ce qu'elle a longtemps redouté : le fait qu'elle ne soit plus capable de retenir une partie de la droite de la CDU et de la CSU. Jusqu'ici, l'absence d'alternative au sein de la droite allemande avait maintenu les conservateurs, malgré leur peu de goût pour une Angela Merkel trop centriste ou trop social-démocrate, fidèle à la chancelière qui était capable de maintenir leur camp au pouvoir. La crise des réfugiés a brisé le charme et AfD devient cette alternative.

Lutte interne à la CDU

Dès lors, les caciques conservateurs de la CDU et de la CSU tentent de stopper cette vague de défection en critiquant ouvertement Angela Merkel. C'est ainsi qu'il faut comprendre les déclarations de Wolfgang Schäuble qui a comparé l'arrivée des réfugiés à une « avalanche » déclenchée par un « skieur imprudent. » Mais en retour, le danger serait que la « droitisation » du discours de la CDU et de la CSU leur aliène une partie de l'électorat centriste. Pour le moment, ce glissement ne se produit pas, en grande partie parce que Angela Merkel reste populaire au centre et que la SPD est peu crédible. Mais la montée d'AfD va aggraver la lutte interne aux Chrétiens-démocrates, notamment sur la question des futures alliances après l'élection de 2017.

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Commentaires
a écrit le 18/11/2015 à 13:08 :
Ne venez pas nous dire que vous êtes surpris tout de même ! Depuis (au moins) qu'Angela Merkel, qui ne gouverne qu'à l'émotion, a déclaré vouloir accueillir tous les réfugiés, c'était évident que ça allait arriver (et malheureusement, nous n'en sommes probablement qu'au début, sans compter les attentats de Paris qui vont encore accélérer le mouvement !).
a écrit le 17/11/2015 à 20:06 :
AfD est un parti du genre de DLFde Dupont Aignan. Le qualifier d'extrême-droite est probablement -très-excessif. En attendant la GroKo devient la seule perspective gouvernementale en Allemagne pour longtemps.
Réponse de le 18/11/2015 à 3:43 :
Je suis assez d'accord avec vous, qualifier AFD d’extrême droite c'est franchement excessif, la comparaison avec DLF ou avec la "Droite Populaire" de LR me parait bien plus cohérent.
Attention à ne pas sombrer dans la titraille racoleuse Mr Godin, vous valez mieux que cela.
a écrit le 17/11/2015 à 18:05 :
Et que dire de la gauche xénophile?

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