Brexit : après David Davis, Boris Johnson démissionne à son tour

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David Davis, qui a fait campagne pour quitter l'Union européenne lors du référendum de juin 2016 sur le Brexit, était l'un des trois principaux ministres pro-Brexit entrés au gouvernement de Theresa May quelques mois plus tard, au poste de ministre des Affaires étrangères chargé du Brexit.
David Davis, qui a fait campagne pour quitter l'Union européenne lors du référendum de juin 2016 sur le Brexit, était l'un des trois principaux ministres pro-Brexit entrés au gouvernement de Theresa May quelques mois plus tard, au poste de ministre des Affaires étrangères chargé du Brexit. (Crédits : Reuters)
Les "Brexiters" quittent le navire de Theresa May. Pour David Davis, partisan de la première heure d'un Brexit "dur", le compromis trouvé vendredi à la réunion de Chequers a été la goutte qui a fait déborder le vase. Steve Baker, sous-secrétaire d'État britannique chargé du Brexit, puis Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, ont également claqué la porte quelques heures plus tard. Et ce n'est peut-être pas fini.

(article publié le 9 juillet à 10h12, mis à jour à 16h30)

Encore une fois, tout semble à refaire. À peine Theresa May croyait être enfin parvenue, lors de la réunion de Chequers le 6 juillet, à s'entendre avec tous les membres de son gouvernement pour définir une position commune pour les futures négociations avec l'Union européenne, voilà que son ministre britannique chargé du Brexit, David Davis, démissionne deux jours plus tard du gouvernement.

Ce dernier explique (lire sa lettre de démission à T. May en pied d'article) qu'il ne voulait pas se trouver dans la position d'"un conscrit réticent" au plan de sortie de l'Union européenne voulu par la Première ministre.

Peu après la démission de son patron, Steve Baker, sous-secrétaire d'État britannique chargé du Brexit, a également donné sa démission, rapporte ce 9 juillet le journal Telegraph, suivi, en milieu d'après-midi, du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, un autre "Brexiter".

Lire aussi : Brexit : les six propositions majeures du Royaume-Uni pour sortir de l'Europe

Si, pour Theresa May, la démission de David Davis est un véritable camouflet, elle est un vrai sujet de réjouissance pour les pro-Brexit du Parti conservateur. Pour les "Brexiters", en effet, le souhait de la Première ministre de pouvoir entretenir des relations commerciales aussi étroites que possible avec l'UE après le Brexit constitue une trahison de la promesse d'une rupture nette avec les autres États-membres.

Ce matin, le Guardian rapporte que Downing Street se veut optimiste ce lundi matin, et qu'un mini-remaniement aura lieu pour remplacer Davis et Baker dans la matinée.

Possibles démissions en chaîne

Deux autres membres du gouvernement travaillant directement sur le Brexit, les sous-secrétaire d'Etat Steve Baker et Suella Braverman, auraient également démissionné, mais aucune confirmation officielle n'a été donnée.

À neuf mois du Brexit, prévu le 29 mars 2019, Theresa May subit des pressions intenses de la part de l'Union européenne et de nombreuses entreprises pour qu'elle clarifie sa position dans les négociations.

Elle pensait l'avoir fait lors de la réunion qui s'est tenue vendredi à sa résidence de campagne de Chequers, à 60 km de Londres. La Première ministre avait même donné l'impression qu'elle avait réussi à convaincre tous les ministres de se rallier à son projet de "zone de libre-échange des biens" avec l'UE.

Pour David Davis, la coupe est pleine

Dans sa lettre de démission, David Davis, 69 ans, rappelle avoir été en désaccord "un nombre important de fois" avec les décisions prises par le gouvernement sur la voie du Brexit.

"Il me semble que l'intérêt national nécessite un ministre qui croie avec ferveur à votre position et pas seulement un conscrit réticent", écrit le démissionnaire à Theresa May.

David Davis, qui a fait campagne pour quitter l'Union européenne lors du référendum de juin 2016 sur le Brexit, était l'un des trois principaux ministres pro-Brexit entrés au gouvernement de Theresa May quelques mois plus tard.

Après la démission de Boris Johnson, que va faire Liam Fox ?

Surnommés "les trois Brexiters", David Davis, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et le ministre du commerce Liam Fox, étaient considérés comme des voix importantes, représentant ceux qui soutenaient le Brexit au sein d'un cabinet composé de ministres nombreux à avoir fait campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE.

Lire aussi : Royaume-Uni: Johnson exige un "Brexit complet"

Jusqu'à la veille de la réunion de Chequers, David Davis avait exprimé son malaise sur le compromis présenté vendredi par Theresa May. Dans une lettre à la chef du gouvernement, il avait décrit sa proposition de libre-échange et son souhait de donner au Royaume-uni plus de liberté pour fixer les droits de douane comme étant "infaisable".

Ce lundi 9 juillet en milieu d'après-midi, le secrétaire au "Foreign Office", Boris Johnson, a donc lui aussi présenté sa démission.

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Les déboires du Brexit : à qui la faute ?

(Un graphique de notre partenaire Statista.)

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L'"accord de paix de Checkers", une "trahison" pour les pro-Brexit

D'autres députés favorables au Brexit ont critiqué "l'accord de paix de Checkers", affirmant que le plan de Theresa May n'avait de Brexit que le nom et qu'il constituait une trahison de ce qu'ils considéraient comme sa promesse de rupture nette avec l'UE.

Leurs récriminations permettent de se demander si Theresa May sera en mesure d'obtenir le soutien du Parlement, dans le cas où un accord serait conclu avec l'UE. Certains suggèrent que plusieurs d'entre eux pourraient essayer de déclencher un mouvement de contestation de son leadership.

Les Brexiters très satisfaits de ce vent de rébellion

"Nouvelle fantastique. Bravo David Davis pour avoir eu le courage de démissionner", a déclaré sur Twitter la députée conservatrice pro-Brexit Andrea Jenkyns.

"Chapeau bas. Nous devons nous assurer qu'il y ait maintenant un véritablement changement pour le #Brexit."

Jacob Rees-Mogg, le chef d'un groupe pro-Brexit au sein du Parti conservateur, a déclaré que la démission de David Davis prouvait que leurs préoccupations étaient fondées.

"C'est d'une importance cruciale car cela montre à quel point les inquiétudes sur les conclusions de Chequers sont fondées", a-t-il déclaré à Reuters. "Si le ministre du Brexit n'a pas pu les soutenir, ils ne pourront pas réellement réaliser le Brexit."

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> La lettre de démission de David Davis publiée par The Guardian :

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 10/07/2018 à 17:39 :
On semble s'orienter vers une sortie sous conditions alors qu'en réalité le brexit aura lieu en 2019 et les Britanniques auront deux ans pour négocier comme tout pays tiers un accord d'association .On peut imaginer un espace sans droits de douane entre la GB et l'Union mais de nombreux problèmes de détournement subsistent par exemple pour du matériel destiné au RU et revendu à des touristes ou sur internet....En fait quitter l'Union c'est quitter les mécanismes douaniers !
a écrit le 10/07/2018 à 13:07 :
c’est un dilemme de « vouloir sortir » et garder les mêmes avantages.
sans entente générale ( ou un accord sur un socle commun)il n’y a pas de position claire.
a écrit le 10/07/2018 à 9:06 :
Ça faisait longtemps que nous n'avions pas vu autant de débats et de désaccords au sein de la classe politique d'un pays européen repus à l'unanimité néolibérale d’habitude.

Ah ben tiens ils sortent de l'UE ! C'est pour ça que la vie y revient...

Vite un frexit.
a écrit le 09/07/2018 à 20:09 :
Mais qu'espérait Theresa ? S'associer durablement avec ces individus incapables de maintenir une union ? Qu'elle soit gouvernementale ou européenne...
a écrit le 09/07/2018 à 19:44 :
Manifestement, les Brexiters ne sont pas tous sur la même définition du Brexit : comment peuvent-ils alors affirmer que les électeurs se sont prononcés en toute connaissance de cause sur le Brexit ???
Le Brexit est vraiment mal barré, ... et les rats quittent le navire, comme Nigel Farage l'a fait dès le lendemain du vote !
Réponse de le 09/07/2018 à 23:57 :
Archi nul, Nigel Farage est allé au bout de son combat pour le Brexit. Il n'a jamais été premier ministre. Donc il ne pouvait pas conduire les négociations.
Après un tel combat, plus de dix ans je crois , il mérite des vacances...
Réponse de le 10/07/2018 à 6:58 :
@Bergson : Farage ne mérite ni vacances ni retraite. Mais un procès et un peloton d'exécution pour haute trahison de son pays.
Réponse de le 10/07/2018 à 15:37 :
Nigel farage est le personnage responsable de tout ce bazar et des conséquences énormes pour le R.U.

Entièrement d'accord avec bruno_bd. Shame. Il ets ou maintenant? On l'entend plus trop... pour la ramener y'a du monde amis quand faut faire le taf...
a écrit le 09/07/2018 à 18:43 :
Mayre Thérésa est mal barrée !
Réponse de le 09/07/2018 à 23:58 :
Pourquoi ...?
Comment explique t-il cette démission de Davis ? Est-ce la raison évoquée qui n'est pas la bonne? Est-ce tout simplement parce-que cela lui permet de pratiquer la politique de la chaise vide, puisqu'en fait plus rien n'est à négocier? (A t-il attendu la promulgation de la Loi sur le Brexit, 12 jours avant sa démission pour annoncer celle-ci ?)

Si c'est le cas, T May va t-elle, ou non, lui nommer un successeur? T May, en voulant trop ménager les remain dans le camp duquel elle était, a t-elle agi contre la Loi promulguée par la Reine?

Est-elle, de ce fait, sur un siège éjectable?
a écrit le 09/07/2018 à 18:25 :
....rien a voir avec la docilité de nos élus a nous , attachés surtout a la gamelle de la République !
a écrit le 09/07/2018 à 17:09 :
Quand on est au gouvernement et qu'on raconte n'importe quoi, ça se voit.

Mieux vaut donc démissionner et mener sa petite affaire démagogique loin de la vie réelle et des responsabilités.
a écrit le 09/07/2018 à 16:23 :
Cela devient un peu plus compliqué: Boris Johnson (9/7 vers 16:05) vient de donner sa démission (source BBC news)
Cordialement
a écrit le 09/07/2018 à 13:41 :
"Il me semble que l'intérêt national nécessite un ministre qui croie avec ferveur à votre position et pas seulement un conscrit réticent"

Que d'enseignements cette phrase fournie pour celui qui sait entendre.
a écrit le 09/07/2018 à 13:12 :
ean Cyan‎
à
UPR - Union Populaire Républicaine


Ça bouge fort ce jour au R.U. Démission plus que symbolique.
Je discutais la semaine dernière avec un chef d’entreprise anglais. Pour lui, aucun risque que le Brexit n’aille pas jusqu’au bout. Il en ressortirait un scandale démocratique sans précédent qui pousserait les britanniques à le réclamer encore plus fort. Il était estomaqué par la présentation dans les médias français d’une pseudo opposition au Brexit qui gagnerait du terrain. C’est l’inverse.
Réponse de le 09/07/2018 à 17:12 :
Ce monsieur a le droit de penser ce qu'il veut. Mais la réalité est que le Brexit affaiblie mécaniquement l'économie britannique comme le pays en général.

Il ne se passera donc pas longtemps avant que l'opinion publique anglaise se rende compte que ce qu'elle a obtenu ne correspond pas aux promesses des brexiteurs. Et ce, tout particulièrement lorsque le Brexit entrera en vigueur.
Réponse de le 09/07/2018 à 18:50 :
"affaiblit l' économie britannique", pourquoi ...? La GB sort libre , démocratique et renforcée du Brexit car ouverte sur le monde, vous avez l' imagination fertile des suppôts européistes mais quand même !

La seule erreur des britanniques a été d' installer au pouvoir T May une pro remain pour acter le Brexit....
Réponse de le 09/07/2018 à 21:08 :
Un scandale démocratique ? Les britannique ont voté pour que le RU ne soit plus membre de l'UE, par contre ils ne se sont pas prononcé sur la future relation entre le RU et l'UE.
Réponse de le 10/07/2018 à 0:01 :
Un Brexit c' est la rupture d' une relation avec l' UE, de gré ou de force avec ou sans ..viagra ...

T May était du camp du remain !
Réponse de le 10/07/2018 à 7:03 :
@Léon : "T May était du camp du remain ! "
Ben ouais... tous les brexiters se sont défilés. Et 2 jours après le référendum Farage a reconnu avoir menti sur la capacité à financer davantage le NHS grâce aux gans financiers permis par le brexit. Farage et Johnson méritent la prison.
a écrit le 09/07/2018 à 12:55 :
Qu'est ce que ça change? Le RU se dirige vers un soft brexit, Thresa May ne va pas s'aliéner les électeurs pro-remain et en même temps les brexiters modérés. Le RU va devenir un pays dans la zone d'influence de l'UE, le hard brexit est une utopie .

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