Loi anti-déforestation : les Etats membres contre l'assouplissement
latribune.fr
Les vingt-sept se sont prononcés ce mercredi contre un nouvel assouplissement de la loi anti-déforestation, à rebours d'un vote des parlementaires européens jeudi dernier.
Alors que le règlement européen visant à interdire la commercialisation en Europe de produits provenant de terres déboisées a été assoupli et reporté par le Parlement jeudi dernier, ce mercredi, les Etats membres se sont opposés aux parlementaires.
Les Etats membres de l'Union européenne s'opposent au Parlement. Les Vingt-Sept se sont prononcés mercredi 20 novembre contre un nouvel assouplissement de la loi anti-déforestation, à rebours d'un vote des parlementaires européens jeudi 14 novembre.
Ce nouveau règlement européen est censé interdire la commercialisation en Europe de produits (cacao, café, soja, huile de palme, bois...) provenant de terres déboisées après décembre 2020. Sous la pression du Brésil, des États-Unis et même de l'Allemagne, la Commission européenne avait proposé de reporter d'une année son entrée en vigueur, du 30 décembre 2024 au 30 décembre 2025. Ce décalage avait reçu l'aval des États membres. Mais au Parlement européen, la droite avait poussé pour aller plus loin avec un assouplissement du texte. Il a créé une nouvelle catégorie de pays considérés comme « sans risque », et qui seraient exemptés de certaines obligations de cette loi.
À l'exception de l'Italie, les États membres de l'UE s'y sont tous opposés, ce mercredi. Les États veulent s'en tenir au report d'un an, au 30 décembre 2025, de l'entrée en vigueur de ce règlement européen et ne pas retoucher le fond du texte.
La droite contre les ONG
Le vote du Parlement relance un cycle de négociations avec les États membres de l'Union européenne, au sein du Conseil de l'UE, et laisse planer une incertitude sur l'avenir de cette loi. La mesure a très peu de chances de rester dans le texte final, mais elle pourrait retarder la mise en œuvre de la loi.
Le PPE affirme défendre « les entreprises européennes [pour qu'elles] ne soient pas injustement pénalisées par des charges administratives excessives », selon l'eurodéputée française Céline Imart (LR). À gauche et chez une partie des députés européens centristes, on y voit une tentative de « vider le texte de sa substance » et couper l'élan environnemental de la précédente législature marquée par le Pacte vert. « Le signal est dévastateur pour l'engagement de l'Europe en faveur de la protection du climat et de la biodiversité », s'est déjà indigné l'écologiste allemande Anna Cavazzini.
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Mais cette nouvelle législation est aussi jugée essentielle par les organisations environnementales, qui espèrent une première mondiale susceptible d'entraîner d'autres régions du monde. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que 420 millions d'hectares de forêts ont été détruits à cause de la déforestation entre 1990 et 2020. La consommation européenne représente environ 10 % de la déforestation mondiale, selon le Parlement européen. Ainsi, les ONG avaient déjà fustigé le report d'un an de l'entrée en vigueur du texte, un « coup de tronçonneuse ». « Les Européens ne veulent pas de produits issus de la déforestation dans les rayons des supermarchés », avait fait valoir l'ONG Greenpeace, début octobre. « Nous n'arrivons pas à imaginer à quel point ce délai d'un an pourrait accélérer le défrichement ou la déforestation dans le Kalimantan occidental, et d'autres régions comme la Papouasie », avait de son côté déclaré Uli Arta Siagian, militante du Forum indonésien pour l'environnement Walhi.