Pfizergate : un revers cinglant pour Ursula von der Leyen

Pfizergate : décision rendue mecredi 14 mai par le Tribunal de l’UE
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Pfizergate : décision rendue mecredi 14 mai par le Tribunal de l’UE
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Une initiative informelle qui vire au scandale. En avril 2021, le New York Times révèle, lors d'une interview avec le PDG de Pfizer, Albert Bourla, que ce dernier a échangé des SMS avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Selon le PDG de Pfizer, ces échanges auraient permis d'instaurer une « profonde confiance » et ainsi faciliter la signature d'un important contrat de vaccins. Et pas n'importe quel contrat, puisque celui-ci s'élève à 35 milliards d'euros pour la livraison de 900 millions de vaccins à destination des États membres de l'UE en pleine pandémie de Covid-19.
Mais l'affaire a pris une autre tournure lorsque les journalistes du New York Times ont réclamé un accès à ces messages, s'appuyant sur un règlement européen de 2001 garantissant l'accès du public aux documents des institutions de l'UE. La Commission européenne a opposé un refus catégorique de divulguer ces messages et maintient cette posture depuis bientôt quatre ans.
Face à cette opacité, le New York Times a porté l'affaire devant la Cour de justice de l'Union européenne qui a rendu sa décision ce matin. Le verdict est clair : la Commission européenne n'a pas justifié de manière satisfaisante et plausible son refus de communiquer ces SMS. Une décision qui marque un véritable revers pour Ursula von der Leyen, à l'aune du démarrage d'un second mandat placé sous le signe de la transparence et de l'exemplarité des institutions européennes.
Un « Textogate » plus qu'un « Pfizergate ». Jusqu'à présent, ces SMS n'ont jamais été rendus publics. Pour justifier son refus, la Commission européenne a longtemps affirmé être incapable de remettre la main sur ces messages. Une explication d'autant plus problématique qu'au pic de la pandémie mondiale, l'UE a acheté ou réservé la majorité de ses doses de vaccin auprès du duo américano-allemand Pfizer/BioNTech, pour un montant total de près de 35 milliards d'euros.
Selon la Commission, ces messages n'ont pas été enregistrés ni archivés comme documents officiels, faute de « contenu substantiel », a déclaré un porte-parole le lundi 12 mai devant la presse. Pour expliquer la disparition des textos controversés, l'exécutif européen insiste davantage sur leur contenu que sur leur existence. Lors de l'audience de plaidoirie qui s'est tenue le 15 novembre 2024, Paolo Stancanelli, le juriste représentant de la Commission, a ainsi affirmé :
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Prenant la défense de l'institution, Paolo Stancanelli a par ailleurs soutenu que ces textos ne relevaient en aucun cas de négociations formelles sur les conditions d'achat des vaccins, et qu'ils n'avaient donc pas à être rendus publics.
Pourtant, plusieurs eurodéputés s'opposent à cette lecture. Ils estiment que tout échange lié à l'élaboration d'une politique publique, quel que soit le canal utilisé, devrait être traité comme un document officiel. Et qu'en pratique, si ces textos contiennent bien des informations pertinentes sur les négociations de contrats avec l'entreprise Pfizer, ils auraient dû être archivés par la Commission européenne.
C'est notamment ce qu'a dénoncé dans un tweet l'eurodéputée socialiste Kathleen Van Brempt, présidente de la commission d'enquête sur le Covid-19, en décembre 2023 :
Avec son arrêt, la Cour de justice de l'UE lui a ainsi donné raison, fragilisant dans le même temps Ursula von der Leyen, qui entame son second mandat à la présidence de la Commission européenne.
L'affaire a provoqué une vive controverse au sein même des institutions bruxelloises. En 2022, la médiatrice européenne a estimé que l'absence d'efforts du cabinet de la Commission pour retrouver les SMS en question relevait d'un cas de mauvaise administration. Emily O'Reilly, qui a occupé cette fonction de 2013 à 2025, a qualifié cette affaire de « signal d'alarme » pour l'ensemble des institutions européennes, déplorant dans le même temps, un recul de la transparence depuis l'arrivée d'Ursula von der Leyen à la tête de la puissante Commission européenne.
Sur le plan politique, le dossier est particulièrement délicat puisque la décision du tribunal survient après qu'Ursula von der Leyen s'est engagée publiquement lors de son discours de présentation du second mandat à renforcer les principes de transparence, d'efficacité et de probité des institutions de l'UE. Mais la décision du tribunal risque également de nourrir un peu plus l'argumentaire des groupes populistes et nationalistes, toujours prêts à dénoncer les dérives supposées d'une Commission européenne trop technocratique, perçue comme imposant ses choix aux États membres depuis sa tour d'ivoire bruxelloise.
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Un timing défavorable aussi pour Ursula von der Leyen, alors qu'elle tente d'imposer l'autorité de l'UE dans les négociations sur les droits de douane avec les États-Unis, face à un Donald Trump partisan du rapport de force et prompt à discréditer ses adversaires.