La nouvelle Commission européenne est officiellement approuvée
latribune.fr
« La Russie dépense jusqu'à 9% de son PIB dans la défense. L'Europe dépense en moyenne 1,9%. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cette équation », a affirmé Ursula von der Leyen.
Le Parlement européen a approuvé la nouvelle équipe de la Commission européenne. De son côté, Ursula von der Leyen, qui entame un deuxième mandat à la tête de l'institution, a annoncé les sujets phares de sa future équipe. Renforcer la compétitivité de l'UE est sa première priorité.
[Article publié le mercredi 27 novembre 2024 à 8h18, mis à jour à 14h09]
C'est enfin acté. Les eurodéputés ont voté ce mercredi à Strasbourg en faveur de la nouvelle Commission européenne, qui entrera en fonction début décembre. Le Parlement européen a ainsi soutenu la nouvelle équipe d'Ursula von der Leyen par 370 voix pour, 282 contre et 36 abstentions.
Avant le vente ce matin, la présidente de la commission, Ursula von der Leyen, a donné le ton de son nouveau mandat : « Notre liberté et notre souveraineté dépendent plus que jamais de notre puissance économique », tout en promettant que sa première « initiative majeure » porterait sur la compétitivité.
Un peu plus tard, la dirigeante a insisté sur la Défense européenne et la nécessité de faire davantage pour rivaliser avec les dépenses militaires russes, en pleine guerre en Ukraine. « Nos dépenses doivent augmenter », a-t-elle martelé. « La Russie dépense jusqu'à 9% de son PIB dans la défense. L'Europe dépense en moyenne 1,9%. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cette équation », a-t-elle insisté. L'Europe n'a « pas de temps à perdre » a aussi mis en garde la présidente de la Commission, érigeant en priorité la compétitivité pour « combler » le fossé avec les Etats-Unis et la Chine.
Se préparer au retour de Donald Trump
Si la cheffe de la commission se montre aussi véhémente, c'est parce qu'entre le retour de Trump, les guerres en Ukraine et au Proche-Orient, et la bataille commerciale avec la Chine, « l'environnement a radicalement changé » par rapport à 2019, souligne la Suédoise Ylva Johansson, qui va quitter ses fonctions de commissaire européenne à l'immigration. Le nouvel exécutif de l'UE est confronté « à davantage de menaces ». Mais « la Commission est beaucoup plus opérationnelle qu'il y a cinq ans », assure-t-elle, mettant en avant la réponse européenne pendant la crise du Covid-19, ou la mobilisation face à la guerre en Ukraine.
Se préparer au retour de Donald Trump est « le défi le plus urgent » de ce second mandat d'Ursula von der Leyen, juge Luigi Scazzieri, analyste au Centre for European Reform. Sur « deux fronts » : le commerce, avec la promesse du président élu républicain d'augmenter les droits de douane sur les produits européens, et « la sécurité » avec le risque d'un désengagement des Etats-Unis en Ukraine.
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Dans le sillage du rapport de Mario Draghi, Ursula von der Leyen veut placer son second mandat sous le signe de la compétitivité économique. L'Allemande a promis de mettre sur la table un « pacte pour une industrie propre », que devront mettre en musique deux de ses six vice-présidents: l'Espagnole Teresa Ribera (Transition écologique et concurrence), et le Français Stéphane Séjourné (Stratégie industrielle).
Cette nouvelle Commission démarre par ailleurs avec un dossier brûlant sur la table, l'accord de libre-échange avec les pays latino-américains du Mercosur (Brésil, Paraguay, Argentine, Uruguay), qui suscite la colère des agriculteurs, en France notamment. L'exécutif européen a toujours l'intention de signer l'accord, si possible début décembre lors d'un sommet du Mercosur en Uruguay, mais le gouvernement français s'y oppose et espère trouver, outre la Pologne, d'autres alliés au sein des 27.
Un accord dans la douleur
Malgré ces enjeux, le Parlement européen aura peiné avant d'approuver la nouvelle Commission. Les groupes se sont affrontés sur la vice-présidence accordée à l'Italien Raffaele Fitto (Cohésion des territoires), membre du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, alors que la gauche réclamait le maintien d'un « cordon sanitaire ».
La droite s'en est prise à l'inverse à la socialiste espagnole Teresa Ribera (vice-présidente à la Transition et à la concurrence), actuelle ministre du gouvernement de Pedro Sanchez, en l'accusant d'avoir mal géré les inondations qui ont fait des centaines de morts dans la région de Valence fin octobre.
Après plusieurs jours de bras de fer, le PPE (droite), les centristes de Renew et les sociaux-démocrates ont fini par sceller un accord dans la douleur pour approuver l'ensemble des commissaires proposés, une première depuis 20 ans. Parmi les nouveaux visages, l'ancienne Première ministre estonienne Kaja Kallas devient la nouvelle cheffe de la diplomatie de l'UE, et le centriste français Stéphane Séjourné obtient une vice-présidence, dotée d'un large portefeuille sur la stratégie industrielle.
Une Commission qui penche à droite
Cette nouvelle Commission affiche comme priorité la compétitivité économique et penche à droite avec une quinzaine de portefeuilles attribués au PPE (droite), première force politique du Parlement. Le chef du PPE Manfred Weber n'a pas caché sa satisfaction. C'est une Commission « très équilibrée », a-t-il lancé, en mentionnant une possible majorité parlementaire allant d'ECR (extrême-droite), où siègent les eurodéputés italiens de Giorgia Meloni, jusqu'à certains Verts.
Au passage, Weber a de nouveau balayé les accusations de la gauche sur ses ambiguïtés avec l'extrême droite. « Il y a des lignes rouge » et pas de coopération possible avec ceux qui ne sont pas « pro-Europe, pro-Ukraine et pro-Etat de droit », a réaffirmé le responsable allemand, en faisant le distinguo entre les troupes de Giorgia Meloni, et les deux autres groupes d'extrême droite.
A la tête des sociaux-démocrates, l'Espagnole Iratxe Garcia-Pérez a mis en avant le « besoin de stabilité » en Europe pour expliquer son soutien à la nouvelle équipe. Mais l'octroi d'une vice-présidence à Raffaele Fitto continue de diviser le groupe, et des défections sont attendues lors du vote des eurodéputés.
« On franchit une ligne rouge, et on ne repassera jamais en sens inverse, donc ça ne sera pas avec nous », a grincé le Français Raphaël Glucksmann. « On devrait avoir une commission de combat, capable de défendre l'intérêt général européen, et je ne crois pas que Fratelli d'Italia soit sur cette ligne-là. » Même divergence chez les écologistes. « La désignation d'un vice-président d'extrême droite crée un précédent tragique qui ouvre la voie au pire », a dénoncé la Française Marie Toussaint. « L'Europe recule à chaque fois que l'extrême droite avance. »