La Banque de France a rappelé dans son enquête mensuelle en avril 2021 que le poids des effectifs de l'industrie dans le Grand-Est (18,2 %) y était supérieur à la moyenne nationale (11 % selon l'Insee). "Le Grand-Est est non seulement une région fortement industrialisée, c'est aussi une région exportatrice avec 13,5% des exportations françaises", observe Jean-Alain Héraud, professeur émérite à l'université de Strasbourg et ancien doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, expliquant: "Elle se classe en seconde position derrière l'Ile-de-France, ce qui n'est pas mal ! Il faut cependant se méfier de cette donnée statistique à cause des réexportations. Elles sont difficiles à appréhender. Certaines marchandises produites ailleurs ne font que transiter, particulièrement par l'Alsace. Le Grand-Est doit s'interroger sur l'avenir de son industrie, notamment sur des conflits d'usage et des enjeux écologiques autour de certaines installations industrielles. C'est particulièrement vrai dans le port rhénan de Strasbourg, énorme poumon économique pour la ville et pour une partie de l'Est de la France. Le port connaît une pression sur l'utilisation de son foncier. Doit-on investir massivement dans du logement, quitte à ruiner ses potentialités de développement économique ? Implanter davantage d'activités de production et logistiques ? Laisser la nature reprendre ses droits ? Le port est l'un des endroits les plus chauds à Strasbourg en périodes de canicule, il est pourtant tout près de l'eau !"
Dans son tableau de bord de la conjoncture du Grand-Est, l'Insee a publié un taux de chômage à 7,7 % au quatrième trimestre 2020. "Le chômage est une donnée très composite. 7,7 %, ce n'est pas épouvantable", estime Jean-Alain Héraud. "Mais cela ne veut pas dire qu'on soit génial ! On atteint ce taux parce que les jeunes quittent la région. Si tous les travailleurs frontaliers rentraient, on serait à 15 % de chômage en Lorraine. La comparaison avec les autres régions n'est pas très éclairante : c'est le même taux qu'en Ile-de-France et en Normandie, mais moins que dans les Hauts-de-France ou en Occitanie (9,3 %). Ces comparaisons ne font guère de sens, les problématiques étant tellement différentes. Si l'Occitanie a un fort taux de chômage malgré son dynamisme c'est peut-être parce qu'elle est attractive mais n'arrive pas à donner un emploi à tout le monde. Le fait que le taux du Grand-Est soit le même que celui de l'Ile-de-France ne nous apprend rien, tant qu'on n'a pas abordé les facteurs explicatifs : proportions relatives de jeunes et de retraités, migrations interrégionales, travail frontalier, niveaux de formation. Par ailleurs, la situation dans le Grand-Est est totalement disparate. Le Bas-Rhin est à 6,9% alors que les Ardennes atteignent 9,4% ! Même au sein de l'Alsace, la différence n'est pas négligeable, avec 8,0% pour le Haut-Rhin. Il serait sans doute plus intéressant de comparer le Bas-Rhin avec un autre département polarisé par une grande capitale régionale, comme la Loire-Atlantique (6,7%) ou la Gironde (7,4%)", explique l'économiste.