À 2 ans, Orange Bank met le cap sur le crédit et l'Afrique pour accélérer

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Stéphane Richard, le Pdg d'Orange, avait un peu crânement promis de devenir « le Free de la banque », avec « une offre de rupture ». Deux ans après le lancement d'Orange Bank, en novembre 2017, décalé de plusieurs mois à cause de bugs, le bilan est plus modeste. La filiale bancaire de l'opérateur télécoms n'a pas révolutionné un paysage qui a fortement évolué avec l'essor de nombreuses néobanques, notamment étrangères comme l'allemande N26 (plus d'un million de clients en France annoncés en septembre) et la britannique Revolut (plus de 550.000). Orange Bank revendique « un solide rythme de conquête » de plus de 20.000 nouveaux clients par mois et un total de plus de 500.000 clients actifs (sans inclure les 200.000 comptes de l'ancienne offre de Groupama Banque qui a servi de socle à Orange Bank), dont 360.000 comptes à vue et 135.000 crédits personnels.
Cependant, Orange Bank est « en perte, comme tout nouvel entrant » concède-t-il, avec un excédent brut d'exploitation déficitaire de 115 millions d'euros sur neuf mois à fin septembre. « Cela reflète nos investissements, notamment informatiques, et dans l'acquisition de clients. » Avec les primes (80 euros), un standard du marché de la banque en ligne, qui grèvent le produit net bancaire (seulement 15 millions d'euros au premier semestre 2019), la publicité et les coûts de réseau, chaque client coûte 180 euros à Orange Bank. Or l'offre est principalement gratuite : sur les 360.000 comptes courants, 315.000 clients ont une carte Visa classique et 21.000 une carte haut de gamme à 7,99 euros par mois.
Orange Bank, dont « le cashflow opérationnel s'améliore », vise la rentabilité en France en 2023-2024. Il y a un an, lors d'une présentation aux investisseurs, la maison-mère avait évoqué une perte cumulée de 500 à 600 millions d'euros (en Ebitda) en 2023.
Pour rééquilibrer son modèle, Orange Bank parie sur le crédit, qui lui ne coûte pas d'argent mais lui en rapporte. Le prêt personnel pour acheter son smartphone en boutique Orange, lancé il y a un mois, « démarre très fort avec 5.000 ventes. Cela va accélérer la croissance », tandis que le crédit auto, proposé en plus de l'assurance par Groupama, a permis de signer 3.000 contrats. Orange Bank va aussi devenir le courtier en assurance contre le vol et la casse du mobile chez sa maison-mère et envisage des offres de crédit pour les clients pros et PME de l'opérateur télécoms.
Orange Bank a aussi dévoilé un partenariat avec le premier promoteur français Nexity (que Stéphane Richard a cofondé et présidé il y a une quinzaine d'années), qui deviendra un apporteur d'affaires en prêt immobilier : les premiers dossiers devraient être traités en décembre.
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L'autre moteur de croissance viendra de l'international. Le lancement d'Orange Bank en Espagne est imminent, d'ici à la fin du mois de novembre, avec une offre très similaire, mais moins de prime, et des coûts de démarrage de 50-60 millions d'euros.
En Afrique, où l'offre de "mobile money" Orange Money compte déjà 42 millions de clients (dont 16 millions d'actifs), la filiale a obtenu une licence bancaire auprès de la Banque centrale d'Afrique de l'Ouest, où elle va lancer Orange Bank Africa courant 2020, en proposant de l'épargne (un compte sur livret rémunéré) et du microcrédit (pour des tous petits montants sur quelques mois), en Côte d'Ivoire d'abord puis au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso.
Interrogé sur l'arrivée des géants de la tech, Apple et Google, dans la banque (en partenariat avec des acteurs établis), le patron d'Orange Bank a balayé la menace.
Quant aux projets dans la banque de Free, qui a obtenu un agrément d'établissement de paiement auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) fin octobre pour sa filiale Iliad 78, Paul de Leusse s'est montré serein.
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Orange Bank, qui emploie 878 personnes, dont 714 à son siège de Montreuil, le reste à Amiens, « paie des impôts en France, est assujettie à l'ACPR, ce qui n'est pas le cas de toutes les néobanques, en matière de conformité et de lutte contre le blanchiment », a-t-il mis en avant. Ce qui a des conséquences sur la longueur du parcours client pour ouvrir un compte depuis son mobile. Un écart jugé anormal par le patron qui insiste sur son comportement de « banque responsable. » Dans le débat sur la désertification bancaire et l'accès aux espèces dans les territoires, la filiale d'Orange précise qu'elle opère une trentaine de distributeurs automatiques de billets (DAB), ce qui représente une « contribution largement à la hauteur de sa base de clients. »