La néobanque Revolut obtient une licence européenne pour faire du crédit

Revolut carte appli néobanque Fintech
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Néobanque, vraie banque ou futur « Amazon de la finance » ? La startup britannique Revolut, à la croissance fulgurante, est en train de changer de dimension. La jeune pousse de la Fintech, fondée en 2015, annonce ce jeudi 13 décembre qu'elle a obtenu une licence de « banque spécialisée » de la Lietuvos Bankas, la banque centrale lituanienne. Il s'agit d'un statut unique créé en 2017 par Vilnius avec des exigences de fonds propres allégées (un million d'euros contre cinq millions) par rapport aux institutions bancaires traditionnelles, la seule limitation portant sur les services d'investissement. Cette licence permettra à Revolut de proposer du crédit dans toute l'Europe, grâce au mécanisme de « passeport européen. » L'entreprise s'attend toutefois à un délai de trois à six mois avant de pouvoir effectivement exercer sa licence dans toute l'UE, en ciblant en priorité le Royaume-Uni, la France (son deuxième marché) et la Pologne.
Jusqu'ici, Revolut disposait du statut d'établissement de monnaie électronique et de prestataire de services de paiement auprès du régulateur britannique, la Financial Conduct Authority (FCA). Dans le contexte du Brexit, elle a également entamé des démarches auprès du régulateur du Luxembourg. Revolut revendique d'ores et déjà près de 3,5 millions de clients, dont plus de 480.000 en France, affirme ouvrir « entre 8.000 et 10.000 nouveaux comptes par jour en Europe » et traiter « plus de 4 milliards de dollars en volume de transaction mensuel » (contre 1,8 milliard annoncé en avril).
L'an dernier, son chiffre d'affaires a été multiplié par cinq, à 12,8 millions de livres (un peu plus de 14 millions d'euros) et l'équilibre a été atteint. L'entreprise fourmille de projets : elle compte lancer simultanément des comptes courants complets, du crédit à la consommation et une plateforme de trading d'actions sans commission en France et en Europe au début de l'année prochaine, et son plan d'expansion internationale, en Asie et aux Etats-Unis.
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[Vlad Yatsenko et Nik Storonsky, les cofondateurs. Crédits : Revolut]
La Fintech, aux services quasi gratuits, commencera à accepter les dépôts et à offrir des facilités de découvert ainsi que du crédit « aux particuliers et aux entreprises à des taux plus attractifs » promet-elle. Elle fait valoir que cette licence bancaire « permettra aux utilisateurs de déposer en toute confiance leurs salaires sur Revolut, avec des comptes protégés à hauteur de 100.000 euros » par le système de garantie des dépôts européen, qui ne fonctionne pour l'instant que de façon nationale, par le biais du fonds de garantie de chaque Etat membre (en l'absence de filiale en France, les clients français de Revolut ne seraient éventuellement couverts que par le fonds lituanien en cas de défaut).
Au nouveau siège de Revolut, à Westferry Circus, dans le quartier d'affaires de Londres, Canary Wharf, dans une déco sobre au design industriel, l'ambiance était studieuse mais l'excitation palpable lors de notre visite début décembre. Un distributeur de cartes bancaires aux couleurs de la Fintech accueille le visiteur à l'entrée et des néons rappellent les mots d'ordre typiques des startups : « Never Settle » et « Get (sh)it done », très révélateurs de l'état d'esprit de Nik Storonsky, réputé très gros bosseur et très exigeant, coincé en réunion avec des représentants de Visa.
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« On n'a pas installé de toboggan » ironise Chad West, le directeur marketing et communication, un des quinze premiers employés. Pas de distributeurs de bonbons ni de hamacs au couleur pop, non plus. Les précédents locaux, au célèbre espace de coworking Level39, étaient devenus trop étroits : les effectifs ont plus que doublé en un an, à Londres, passant de 100 à 250, sur un total de plus de 500 personnes en comptant les centres de Cracovie, Moscou et les bureaux européens (France, Italie, Allemagne). Sa croissance effrénée devrait porter les équipes à 2.000 personnes fin 2019.
[Au siège de Revolut à Westferry Circus, à Londres. Crédits : DC]
Cette « licorne » - valorisée plus d'un milliard de dollars (1,7 milliard même) lors de son dernier tour de table avril - galope à grande vitesse. Elle compte attaquer de front début 2019 les Etats-Unis, le Canada, Singapour, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Le marché américain est réputé difficile, fragmenté par Etat sur le plan réglementaire, et aucune néobanque n'a vraiment percé, à l'exception de Chime (1,7 million d'utilisateurs). Sa rivale allemande N26 compte s'y lancer aussi.
La startup britannique cible surtout les grandes métropoles, New York, San Francisco, Los Angeles, Chicago. Idem à Singapour et au Japon, où elle s'adressera surtout aux communautés d'expatriés, les plus susceptibles d'être intéressées par son service phare, le transfert en multiples devises à prix cassés au taux de change interbancaire. La Fintech pense même pouvoir conquérir les touristes chinois, pourtant totalement accros à Alipay et WeChat Pay, sur le marché européen, avec son avantage sur les taux de change. Revolut n'a peur de rien, même pas des Gafa.
[Le distributeur de cartes bancaires Revolut. Crédits : DC]
Revolut aime se dépeindre comme « une entreprise mondiale de tech », qui veut déployer sa toile dans toute sorte de services financiers, et décrire sa rivale N26 comme « juste une autre banque, avec une meilleure interface. » Elle ambitionne d'élargir son public au-delà des Millennials, en travaillant sur une application dédiée aux enfants, avec un compte limité pour les plus de 7 ans, et sur une version simplifiée pour les seniors.
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L'appétit de la néobanque britannique ne s'arrête pas là. L'équipe imagine déjà la suite, avant d'envisager une éventuelle introduction en Bourse « pas avant trois à cinq ans » (Nik Storonsky détient 30% du capital) : elle voudrait attaquer de très gros marchés émergents, l'Inde et le Brésil, début 2020, puis l'Afrique et le reste de l'Amérique du Sud en 2021. Un plan d'expansion très ambitieux. La rumeur circule que Revolut préparerait une méga-levée de fonds, de 500 millions de dollars, auprès du fonds japonais SoftBank, pour le financer. Le directeur marketing ne dément ni ne confirme. Selon CityAM, l'opération pourrait être bouclée en début d'année prochaine.