« Le smartphone pourrait détrôner la carte bancaire d'ici 5 ans » : c'est l'une des conclusions de l'Observatoire des nouveaux usages bancaires réalisé par l'institut OpinionWay pour l'opérateur Orange. Dans le cadre de cette enquête menée l'automne dernier auprès d'un échantillon de 7.000 personnes dans cinq pays, dont plus de 2.000 en France, 57% des Français sondés ont répondu que « le paiement sans contact par smartphone deviendra le moyen de paiement le plus courant en magasin dans cinq ans ». Ils sont 31% à déclarer payer par mobile et 20% à être prêts à le faire. De quoi donner le sourire à la banque de l'opérateur qui n'a pas bousculé le marché (un peu plus de 200.000 clients un an après son lancement, contre plus d'un million de comptes pour Nickel, 600.000 chez N26 et près de 500.000 chez Revolut) mais se revendique leader sur ce mode de paiement encore émergent.
La néobanque affirme avoir réalisé 2,8 millions de paiements mobiles sur neuf mois en 2018 et établit sa part de marché sur l'estimation de 10 millions d'opérations sur l'année venant du Groupement Cartes bancaires. Pourtant, environ 10% de ses clients ne sont pas éligibles à ce mode de paiement s'ils ont un smartphone Android mais pas d'abonnement mobile Orange, puisque la banque n'a pas signé avec Google Pay ni Samsung Pay, ni Paylib la solution commune des banques françaises.
En attendant que le paiement par smartphone s'impose, Orange Bank va lancer au deuxième trimestre une carte de paiement « premium », marchant sur les traces de N26 et du compte Nickel : la carte haut de gamme d'Orange Bank (au prix attendu de 7,99 euros par mois, au-dessous de la Black de N26) ne prendra aucun frais sur les opérations à l'étranger, disposera du code crypto-dynamique (qui change toutes les heures sur un petit écran pour prévenir la fraude) et inclura « des avantages croisés avec Orange ».
L'ex-dirigeant de Crédit Agricole Indosuez Wealth (l'activité de gestion de fortune de la Banque verte) est convaincu que le positionnement « 100% mobile » de la banque, couplé au réseau de boutiques où se réalisent 65% des ouvertures de compte, est le bon dans le contexte d'essor des usages bancaires sur mobile, même si la France est en retard sur l'Espagne, où Orange Bank compte se lancer au second semestre. La Belgique, la Pologne et la Slovaquie suivront à partir de 2020.
Pas de conseiller ? Et pourquoi pas un robot ? Un Français sondé sur deux se dit « prêt à utiliser un système d'intelligence artificielle de type conseiller bancaire virtuel pour communiquer avec [sa] banque ». Orange Bank en conclut que « l'intelligence artificielle émerge comme une alternative crédible au conseiller. » La banque mobile a depuis le début fait le pari de l'intelligence artificielle avec son conseiller virtuel Djingo, tournant à l'IA d'IBM Watson. « Djingo répond à la moitié des questions et en comprend 85% » a rappelé Paul de Leusse. Orange Bank prévient déjà ses clients s'ils risquent de payer 5 euros de frais de tenue de compte faute d'avoir réalisé les trois opérations minimum par mois ou si leur solde est inférieur à 20 euros : la banque entend développer le principe des alertes et de l'anticipation en analysant les comportements.
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Une application d'assistant financier digital (Mon coach financier), fournier par Orange Bank, sera testée auprès des clients d'Orange : elle permettra d'agréger dans une même interface plusieurs comptes bancaires, de rapatrier des factures et de ranger ses dépenses par catégorie (comme le permet déjà Orange Bank pour les paiements par carte). Paul de Leusse indique que l'ajout d'un agrégateur de comptes « se fera sans doute avec une Fintech. » Ce coach financier aura pour mission d'aider les utilisateurs à gérer leur budget mais aussi leur proposer des « solutions », par exemple pour renégocier un contrat d'assurance arrivant à échéance ou pourquoi pas du crédit conso pour un projet.
L'autre axe de génération de revenus d'Orange Bank, dont l'offre de base est gratuite, sera précisément le crédit, en développant le cross-selling (le marketing croisé). La banque mobile propose aujourd'hui du crédit à la consommation uniquement aux clients d'Orange Bank : « demain nous voudrions prêter aussi aux clients télécoms d'Orange, directement, pour financer l'achat d'un téléphone ou d'un autre équipement en boutique », a indiqué Paul de Leusse, ce qui étendra son terrain de jeu à un potentiel de 25 millions de clients. Ce « crédit sec » devrait être lancé au second semestre et s'appuiera sur les trésors de « data » collectées par Orange.
L'historique du paiement des factures peut aider à identifier un risque d'impayé ou au contraire un bon payeur. Orange s'appuie également sur son expérience en la matière en Afrique où « l'utilisation d'Orange Money est un bon "proxy" du risque de crédit : nous l'avons constaté lors du lancement du micro-crédit à Madagascar » a précisé celui qui s'occupe également des services financiers en Afrique (40 millions d'utilisateurs d'Orange Money et 300 millions d'euros de produit net bancaire).
Orange Bank envisage aussi de proposer du crédit immobilier d'ici à 2020 ou 2021, peut-être avec des partenaires du secteur de la promotion et de la construction, qui seraient en quête d'une solution digitale.
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Fin novembre, lors d'une journée consacrée aux investisseurs, Orange avait indiqué ses objectifs financiers pour sa banque mobile. A l'horizon 2026, le groupe espère générer en France 200 euros de produit net bancaire par client (hors coût d'acquisition des clients) et atteindre 2 millions de clients et dépasser 3 milliards d'euros d'encours de prêts. L'opérateur vise l'équilibre d'Orange Bank en 2023 en France et en Espagne. A cet horizon, il s'attend à avoir conquis 4 millions de clients dans cinq pays en Europe et générer un produit net bancaire de 500 millions d'euros (hors coût d'acquisition des clients).
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