Et si la « blockchain » supprimait les chefs ?

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L'IA pourrait gérer certaines fonctions managériales dans l'entreprise, tel le recrutement des collaborateurs.
L'IA pourrait gérer certaines fonctions managériales dans l'entreprise, tel le recrutement des collaborateurs. (Crédits : iStock)
Rendue célèbre pour le fulgurant essor du bitcoin, la « blockchain » pourrait bien changer le visage de l'entreprise, en remplacer intégralement les strates managériales par des contrats intelligents.

Sans conteste, 2017 a été l'année où les cryptomonnaies, bitcoin en tête, sont passées du statut de hobby pour geeks à celui de phénomène susceptible de captiver le grand public. Les possibilités de la blockchain, technologie qui se trouve derrière ces monnaies numériques, vont toutefois bien au-delà de la sphère financière. « La blockchain va transformer toutes les industries », titrait ainsi récemment le Huffington Post. Dans leur ouvrage Blockchain Revolution, paru en 2016 aux États-Unis (éd. Portfolio, non traduit en français), Don et Alex Tapscott prédisent que cette technologie pourrait même changer radicalement l'organisation et le management des entreprises. « La blockchain est déjà en train de transformer l'industrie des services financiers. Qu'en est-il des entreprises, piliers du capitalisme moderne ? Avec cette plateforme globale de pair-à-pair pour l'identité, la réputation et les transactions, nous serons capables de repenser les fondations de l'entreprise, pour promouvoir l'innovation et le partage de la création de valeur », écrivent-ils.

La versatilité de la blockchain repose notamment sur les contrats intelligents. De quoi s'agit-il ? De contrats codés dans la blockchain, qui déclenchent une action une fois que des conditions bien précises et définies au préalable ont été réunies. Il peut s'agir de contrats très simples, comme « une fois que A aura payé telle somme en dollars à B, B envoie telle somme en cryptomonnaie à A », ou d'opérations plus complexes. Les contrats intelligents sont mis en place via la plateforme Ethereum, lancée en 2015 par Vitalik Buterin, petit génie russo-canadien qui, frustré par les limitations du bitcoin, a voulu concevoir un outil permettant d'utiliser la blockchain au-delà de la sphère financière.

De l'entreprise au réseau

Ces contrats facilitent grandement les transactions dans le cadre d'une économie mondialisée. Il devient possible de nouer facilement des relations professionnelles avec n'importe quelle autre entreprise ou collaborateur indépendant, et ce de manière sécurisée. « En permettant aux entreprises de recruter et payer facilement les meilleurs talents dans le monde entier, les contrats intelligents ouvrent la voie à des entreprises encore plus globalisées », affirme Lawrence Lundy, à la tête de la recherche chez Outlier Ventures, fonds d'investissement spécialisé dans les entreprises de la blockchain.

Un outil d'autant plus puissant que la blockchain permet également d'effectuer des paiements instantanés et à moindres frais, par le biais des monnaies virtuelles. L'entreprise Bitwage, par exemple, offre la possibilité aux entreprises américaines de payer leurs collaborateurs à l'étranger en bitcoin. Le paiement est effectué en une journée et Bitwage ne prélève que 1 % de commission. À titre de comparaison, en utilisant PayPal, le paiement prend trois à quatre jours, et la commission est de 6 %. « Pour un coût très faible, les contrats intelligents permettent aux entreprises de nouer des accords dynamiques et automatisés avec des fournisseurs et partenaires non envisageables par le passé. Une fois agrégés, les contrats intelligents transforment les entreprises en réseaux, rendant les frontières de l'entreprise plus poreuses et fluides », résument Don et Alex Tapscott dans Blockchain Revolution.

Vers des entreprises entièrement décentralisées

Certains veulent aller encore plus loin et remplacer intégralement les strates managériales par des contrats intelligents. L'idée : automatiser le management à l'aide du code, en créant des règles qui déterminent ce qui peut être fait au sein d'une entreprise. « Et si, à l'aide des technologies de l'information modernes, nous pouvions coder les différentes règles de l'entreprise, créer des contrats inviolables qui génèrent des revenus, paient les employés pour effectuer certaines tâches, et trouvent leur propre matériel pour fonctionner, le tout sans besoin de hiérarchie humaine ? », s'interrogeait Vitalik Buterin dans un article paru en 2013 dans Bitcoin Magazine.

Une vision à laquelle adhère également Lawrence Lundy : « D'ici cinq à dix ans, je pense que les contrats intelligents remplaceront le management intermédiaire. La plupart des processus seront numérisés, et nous aurons des agents capables de prendre des décisions de manière autonome, sans intervention humaine. On peut très bien imaginer une intelligence artificielle soumettant une offre de mission sur la blockchain, étudiant le profil des différents candidats, sélectionnant le meilleur à l'aide d'algorithmes spécifiques, actant la collaboration à l'aide d'un contrat intelligent et rémunérant l'individu une fois la mission terminée. En somme, on peut complètement automatiser la manière de faire des affaires. »

Un Facebook possédé par ses utilisateurs ?

Un discours qui pourrait sembler très ambitieux. Pourtant, des entreprises sont d'ores et déjà en train d'appliquer ces principes. C'est le cas de Consensys, jeune pousse new-yorkaise spécialisée dans la blockchain. La startup opère selon un certain nombre de règles que les employés ont contribué à rédiger, avant de voter leur adoption, et qui sont désormais codées sous forme de contrats intelligents. Le cofondateur de l'entreprise, Joseph Lubin, voit Consensys comme un groupement collaboratif d'entrepreneurs. Son objectif est d'automatiser un maximum de processus possibles via la plateforme Ethereum : gouvernance, opérations au jour le jour, gestion de projet, embauches, etc.

Les entreprises Backfeed et Colony.io fournissent toutes deux des infrastructures pour entreprises décentralisées, et ce via la blockchain. « Imaginez Facebook détenu par ses utilisateurs, des réseaux de transport décentralisés indépendants d'Uber, des marchés dominés par des communautés open source où les contributeurs sont aussi des actionnaires et où la valeur créée est redistribuée de manière juste et transparente. Imaginez le potentiel innovant de telles organisations, libérées de la rigidité des structures hiérarchiques. Pour tout cela et bien plus encore, Backfeed fournit l'infrastructure pour une coopération décentralisée », lit-on sur le site de Backfeed.

Toutefois, ces initiatives demeurent pour l'heure très expérimentales. En 2016, un projet de DAO [organisation autonome décentralisée, ndlr], logiquement baptisé « The DAO », a explosé en plein vol après avoir d'abord affolé les investisseurs. Un hacker est parvenu à exploiter des faiblesses dans le code des contrats intelligents pour dépouiller l'entreprise de 3,6 millions d'ether, soit 50 millions de dollars à l'époque, coupant court à l'expérience. Malgré cet incident de parcours, les partisans de la DAO sont persuadés que cette idée finira par s'imposer.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2018 à 18:42 :
Pffffff, vraiment??? Bientot le block chain contre la guerre et aussi super block chain de marvel, serie 1 2 3 4 etc...
a écrit le 29/10/2018 à 18:10 :
Supprimer les "chefs" ? Alors que les écoles de commerce se sont transformées en "école de management", parce que personne ne veut plus simplement "vendre" mais que tout le monde prétend diriger des équipes ? Alors que toutes les associations sont une foire d'empoigne pour savoir qui sera leur chef ? Alors que les élections sont des concours pour devenir le "chef" du village, du département, de la région, ou même "Jupiter" ... ? C'est tout simplement oublier le vieux principe qui s'interroge sur le fait de savoir "qui va juger les juges"... Clémenceau ne disait-il pas que pour prendre une bonne décision il faut être en nombre impair, et qu'être trois c'est déjà beaucoup ? Alors penser qu'on pourrait supprimer les chefs...
a écrit le 29/10/2018 à 12:29 :
C'est vrai que le "chef" est un coûteux improductif pour l'entreprise et traumatisant pour les salariés, c'est sur qu'avec la blockchain on peut penser à une meilleure et discrète rémunération à des salariés en fonction de leur importance économique et non sur des acquis de luttes sociales et de hierarchies arbitraires.
Et puis la disparition des DRH avec leurs dérives racistes misogynes délit de faciès (j'en ai connu)ne serait pas un mal.
a écrit le 29/10/2018 à 11:11 :
vision simpliste des choses : qui décide que le résultat à atteindre est atteint ? Le titre est trompeur, l'article traite uniquement de transactions financières (et ceux qui croient à la disparition du chef de projet ont mal lu ou n'ont pas compris). Il n'y a rien de nouveau : on appelle cela des contrats ZERO heure ou micro contrat dans la vraie vie, on dématérialise uniquement et toujours la transaction financière en voulant payer à la tache, donc à terme pression sur les salaires (mais qui est déjà réelle avec les contrat Z heure)... intérêt ultra limité de l'article.
a écrit le 29/10/2018 à 11:04 :
La blockchain va Uberizer Uber, Facebook, Google et Amazon.

La révolution est en marche. En Q1 2019, Grid + va permettre aux habitants du Texas de réduire de 40% leur facture d'électricité. Sans qu'ils aient besoin de comprendre la technologie blockchain, laquelle tournera évidement "sous le capot".

Inutile d'essayer de convaincre les sceptiques avec de grands débats théoriques.
Les premières applications concrètes les feront applaudir des deux mains dès qu'ils verront son effet sur leurs portes-monnaies.
Réponse de le 29/10/2018 à 16:18 :
"Inutile d'essayer de convaincre les sceptiques avec de grands débats théoriques"
La blockchain ne sert pas à économiser l’électricité mais à certifier les transactions et la consommation d’électricité. C'est un plus pour la traçabilité. Mais là encore, le suivi des colis seraient intéressants à faire avec la blockchain par contre dans l'état actuel des choses il se fait avec des outils classiques.
a écrit le 29/10/2018 à 10:10 :
Très intéressant. Je suis toujours étonné des armées mexicaines de managers intermédiaires qui pullulent dans les grands groupes.
Ils "encadrent" des cadres pourtant tout à fait autonomes et capables de mener à bien un projet et font surtout perdre un temps précieux...
a écrit le 29/10/2018 à 9:57 :
Nous sommes en plein dans la courbe de Hype:
Une nouvelle technologie pendant sa période d'enthousiasmeva résoudre pleins de problèmes: Ensuite viens le désenchantement puis la nouvelle technologie trouve réellement sa place.
Alors répercuter l'enthousiasme des promoteurs de la Block chain c'est bien, mais on gagnerait à une analyse critique:
-Acceptabilité?
-Couverture compléte de la fonction de management par la Block chain? Les objectifs se définissent une fois par ans, mais il y a tout le reste de la job description et l'adaptation aux évolutions de l'entreprise. Comment suivons-nous cela?
a écrit le 29/10/2018 à 9:31 :
Je suis sûr d'une chose: le rédacteur n'a aucune formation en informatique et aucune compétence en programmation, puisqu'il nous parle de choses plus simples à faire avec des algorithmes classiques mais il n'a pas l'air d'en avoir conscience. Je dirais même au vu des éléments de language employés qu'il s'agit d'un diplômé d'école de commerce. Et si c'est le cas c'est embêtant, ça ne serait pas là première fois que la Tribune donnerait la parole à des managers sur des sujets à forte dimension technique.
Le coup des investisseurs qui s'affolent et du hacker qui vient rafler la mise devrait quand même amener les gens à réfléchir un peu...
a écrit le 29/10/2018 à 8:58 :
en sommes, nos vies vont dépendre d un algorithme..........
autant la technologie peut faciliter la vie, autant, grande méfiance dans ces docteurs folamour de la techno.......
la vie n est pas faire que de calcul, n en déplaise a certain.......
le recrutement par algorithme sera une cata.......c est déjà le cas dans le tri de CV......
a écrit le 29/10/2018 à 8:26 :
C’est du rêve tout ça car qui dit «  contrat » dit cadre juridique et comme il y a pas assez de recul... personne ne prendra de risque à part ce qui adhère ...
Le bruit d’une main fait moins de bruit que deux mains en somme...

Changer tout le système bancaire, juridique et la mentalité des utilisateurs... c’est trop long votre histoire de contrat intelligent

Nous ne pouvons pas réformer ainsi des fondements...
Et je ne parle même pas encore de la baisse de confiance à autrui ds nos sociétés ni les facteurs d’arnaques multiples en ligne...
a écrit le 29/10/2018 à 8:17 :
" remplacer intégralement les strates managériales par des contrats intelligents"

En effet, autant je suis persuadé que l'homme évolué est plus performant que la machine, autant le dirigeant incompétent placé là par papa et maman ou autres, peut-être lui doit-être même, remplacé par une machine, ce serait déjà ça de gagné.

Mais qui en oligarchie est encore capable de distinguer les compétences ?

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