La dernière étude d'Euronext sur l'actionnariat des 120 plus grandes entreprises françaises cotées confirme une tendance déjà à l'œuvre ces dernières années : une concentration de l'actionnariat encore plus forte, avec les dix premiers actionnaires qui concentrent 30 % de la capitalisation du CAC 40 à la fin 2023, l'essor du capitalisme familial portée par la hausse en Bourse du secteur du luxe et le poids déterminant des grands assets managers, dont les plus importants sont américains. Directeur de recherche au CNRS, co-auteur d'une récente « sociologie des dirigeants de grandes entreprises » (1), François-Xavier Dudouet décrypte pour La Tribune les grandes évolutions de l'actionnariat et de la gouvernance en France et en souligne les spécificités dans un monde de plus en plus financiarisé.
LA TRIBUNE - Les familles actionnaires de contrôle d'entreprises cotées au CAC 40 détiennent 21,2 % du capital de l'indice à la fin 2023, selon la 7ième étude annuelle d'Euronext sur l'actionnariat des 120 principales entreprises cotées à Paris. Le capitalisme familial est-il une exception française ?
François-Xavier DUDOUET - La France a toujours eu un capitalisme familial fort et plus développé que dans d'autres pays, comme le Royaume-Uni ou même l'Allemagne. Mais nous ne pouvons pas dire pour autant que ce soit une figure dominante du capitalisme français. Les chiffres d'Euronext sont un peu trompeurs car ils doivent beaucoup à la forte valorisation du secteur du luxe, qui pèse pour un quart de l'indice CAC 40, secteur où les actionnaires familiaux dominent. Mais seule une dizaine d'entreprises sont véritablement dirigées par un représentant de la famille actionnaire. Chez L'Oréal, Carrefour ou Publicis, cela fait longtemps que l'entreprise est dirigée par un manager. Chez Michelin, il n'y a plus de représentant de la famille dans les organes de gouvernance.