Les banques centrales continuent de jouer le jeu des marchés actions

Malgré les couacs de communication de la banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre, les marchés restent vissés à la politique monétaire américaine qui joue prudemment la carte de la normalisation très progressive de sa politique ultra-accommodante. Un virage bien négocié jusqu’ici qui reste très favorable aux marchés actions.

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La banque centrale américaine n'anticipe pas de hausse des taux avant la fin de l'année prochaine.
La banque centrale américaine n'anticipe pas de hausse des taux avant la fin de l'année prochaine. (Crédits : Kevin Lamarque)

Y a-t-il de la friture sur la ligne des banques centrales ? La communication erratique de la Banque d'Australie et surtout de la Banque d'Angleterre, laisse en effet perplexe les marchés. Ainsi, après avoir déclaré « être prête à agir » sur l'inflation, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, a finalement décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 0,1%, repoussant ainsi de plusieurs mois le tour de vis monétaire attendu... tout en conservant un ton très «  faucon ».

Du côté de la Banque centrale européenne, la ligne semble même coupée entre sa présidente, Christine Lagarde, et les investisseurs. D'un côté, elle persiste et signe en écartant toute hausse des taux l'an prochain, mais de l'autre, elle refuse de commenter les anticipations du marché qui pensent le contraire. « Qui ne dit mot consent », s'étrangle ainsi un gérant !

La Fed tient la barre

Une fois de plus, c'est la banque centrale américaine (Fed) qui donne le cap. Son président, Jérôme Powell, prépare les marchés, depuis septembre, à un léger resserrement de sa politique monétaire. C'est ainsi sans surprise que la Fed a engagé son tapering (réduction des rachats d'actifs), à hauteur de 15 milliards de dollars par mois, sur un calendrier précis (huit mois, soit jusqu'en juin 2022), sans exclure une hausse de taux à la fin de l'année prochaine, voire en 2023, car « il se montrerait patient ».

Reste que le message des banques centrales est inchangé : l'inflation est transitoire, même si ce transitoire doit durer plus longtemps que prévu, peut-être toute l'année 2022. De plus, le menace du Covid est loin d'être écartée et l'économie n'est pas repartie à 100 % de son potentiel, compte tenu des goulots d'étranglement.

« Les banques centrales ont déversé énormément d'argent sur les marchés et elles ont conscience qu'il faut désormais en retirer une partie. Mais cela prendra beaucoup de temps pour éviter de faire exposer le système. Elles vont par conséquent devoir rester accommodantes pendant encore longtemps, quitte à engager avec prudence une réduction de leurs achats sur les marchés. C'est ce que vient de commencer à faire la Fed tout en préparant le marché à une hausse des taux dès 2022 », observe Pierre Diot, gérant obligataire chez Vega IM.

Tapering bien négocié

Un langage de clarté qui permet ainsi au marché d'absorber sans dommages le tapering de la Fed et même la hausse attendue des taux américains. Pour l'heure, les anticipations tablent sur un taux américain à trois mois autour de 1,8% en 2024, contre O% en zone euro. Pas de quoi créer de trop fortes secousses sur les marchés obligataires. Et ce malgré quelques épisodes de volatilité en Europe.

« Nous devrions retrouver la situation d'avant la crise sanitaire, avec un aplatissement de la courbe des taux américaine. Les taux courts vont en effet monter alors que les taux longs n'ont pas beaucoup de raisons de suivre le mouvement alors que la croissance et l'inflation retrouveront leur rythme d'avant crise », estime Pierre Diot.

Ce demi statu quo monétaire ne peut que profiter aux actions. Il sera en effet toujours difficile de trouver de la performance sur les marchés de taux alors que les marchés de crédit resteront un proxy des marchés actions. D'autant que selon Portzamparc Gestion (BNP Paribas), les marchés actions américains se sont toujours bien accommodés à la fois du tapering et de la remontée des taux, du moins entre 2013 et 2018.

Un environnement favorable aux actions

Les fonds d'investissement n'ont pas d'autres choix que de rester exposés aux actions. Certes, un climat presque euphorique semble régner sur les Bourses, ce qui paraît comme un signal d'alerte. « Les marchés ne sont jamais capés à la hausse comme à la baisse », s'amuse un gérant. « Le CAC 40 dividendes réinvestis a dépassé ses plus hauts depuis 2015 et le rebond de la Bourse apparaît moins spectaculaire depuis deux ans », relativise Bertrand Lamielle, directeur général de Portzamparc Gestion. « Nous sommes sur une tendance haussière, et cette tendance peut encore durer longtemps », estime-t-il.

Certes, les valorisations peuvent paraître élevées, mais pas extravagantes non plus au regard des taux de croissance des entreprises (la croissance explique environ les deux tiers de la performance boursière), mais elles sont surtout très dispersées, avec des secteurs (luxe, technologie) ou des valeurs (Tesla) très chers, et d'autres encore bon marché en termes de multiples, comme les banques malgré leur retour en grâce depuis un an. Une configuration bien différente de celle de 2008 lorsque tout était cher. « Il n'existe pas aujourd'hui d'alerte en soi », soutient Bertrand Lamielle.

Il faudrait donc un bon scénario catastrophe pour casser la dynamique. La reprise de l'épidémie et des confinements en est un. Une crise géopolitique majeure avec la Chine est un autre. Pour un virage à 180 degrés des politiques monétaires. Ce scénario, personne n'y croit.

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Commentaires 2
à écrit le 20/11/2021 à 9:08
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Bref leur petite cuisine habituelle.

à écrit le 19/11/2021 à 21:09
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L'attitude des banques centrales FED et BCE, d'attendre le tout dernier moment pour relever leurs taux et commencer le tapering, n'est pas la bonne. Cela ne va au contraire que déclencher une grave et violente crise. Ces banques centrales auraient dû...

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