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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Macron président devra se défaire de son image de banquier

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 08 mai 2017 à 09:20 - Mis à jour le 08 mai 2017 à 10:19

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Le nouveau président, taxé de « candidat des banques » tout au long de la campagne par ses rivaux, devra prouver qu’il n’est pas « soumis » aux grands acteurs de la finance, comme il l’affirme.

Un (ex) banquier à l'Elysée. Ce ne sera pas la première fois. Georges Pompidou, comme Emmanuel Macron, était un ancien banquier d'affaires de chez Rothschild & Cie. Et le palais de la rue du Faubourg Saint-Honoré a vu défiler quelques-uns des plus brillants associés de la célèbre banque d'affaires familiale, qui fut, on l'oublie parfois, nationalisée sous François Mitterrand par le gouvernement Mauroy. Recréée en 1983 sous le nom de Paris Orléans par le fils David de Rothschild, la banque a ensuite reconstitué sa clientèle et retrouvé son nom sous la cohabitation, tissant ses liens au cœur du pouvoir, tout comme sa grande rivale Lazard.

Emmanuel Macron y a travaillé pendant près de quatre ans, de 2008 à 2012, battant le record de précocité (détenu jusqu'ici par Grégoire Chertok) en étant promu associé-gérant à seulement 32 ans, s'illustrant dans un certain nombre de « deals » de fusions et acquisitions, comme le rachat de Siemens IT par Atos ou celui des laits infantiles de Pfizer par Nestlé, qui l'a mis à l'abri du besoin (plus de 2 millions d'euros).

Fonction publique et pantouflage

Cette expérience du privé, perçue comme un "plus" dans les milieux d'affaires et chez les cadres, a cristallisé les critiques de ses opposants. Tout au long de la campagne, ses rivaux, surtout du Front National et de la France insoumise, n'ont cessé de le réduire à cette partie de son parcours. Le candidat d'En Marche!, qui fut aussi l'assistant du philosophe Paul Ricoeur, a dénoncé à plusieurs reprises ce qu'il considérait comme une "assignation à résidence". Vendredi soir, dans un débat animé par la rédaction de Mediapart, Emmanuel Macron a réagi :

"On m'appelle encore l'ancien banquier alors que j'ai été plus longtemps dans la fonction publique."

Feu Henri Emmanuelli, figure tutélaire de la gauche, ne s'est jamais vu reprocher ses neuf ans dans la banque, à la Compagnie financière Edmond de Rothschild (la partie banque privée), qu'il a quittée pour l'Assemblée, alors qu'il y occupait un pote de direction.

C'est aussi le "pantouflage" (le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée) qui lui est ainsi reproché, une pratique française entachée de soupçons de collusion, comme on l'a vu lors de la nomination de François Pérol, l'ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, à la tête de la banque BPCE.

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Dans une interview au magazine des Anciens Sciences Po en 2010, Emmanuel Macron expliquait son choix de ne pas aller au bout des quatre ans réglementaires dus à l'administration :

"La rencontre des membres de la commission (Attali) qui avaient tous une expérience forte m'a conforté dans l'idée que je devais aller faire mes classes à l'extérieur de l'État. Je me suis tourné vers le privé. N'ayant ni vocation ni l'envie de m'engager dans l'industrie ou une structure particulière, je me suis orienté vers la finance. Celle-ci me paraissait plus libre et entrepreneuriale que d'autres secteurs."

Interrogé sur sa rémunération, il rappelait, pour clarifier une confusion courante :

"Etre banquier d'affaires après Lehman (Brothers) n'est pas tout à fait la même chose qu'avant, et un banquier d'affaires d'une banque comme Rothschild ne gagne pas la même chose qu'un trader."

"Procès de classe" et monopole bancaire

Mais cette expérience lui vaut aujourd'hui ce qu'il appelle "le procès de classe", d'être catalogué comme le représentant et défenseur de la classe dominante, des intérêts économiques.

"Moi, je ne suis pas né dans l'oligarchie financière ou la banque d'affaires" s'était-ilemportédurant la campagne.

Vendredi soir, il est revenu sur ce thème :

"Je refuse ce procès de classe. Je ne suis pas fils d'archevêque, je viens d'une famille moyennement bourgeoise de province. Si je n'étais pas passé par la banque d'affaires, la banque Rothschild, on ne me ferait pas ce procès" a-t-il déclaré au débat de Mediapart.

Il a tenté de se défaire de cette étiquette négative en martelant chez BFM TV:

"Je ne suis pas soumis aux banques. Si j'étais soumis aux banques j'aurais continué à travailler pour elles."

Il a voulu défendre son bilan dans ce domaine. Par exemple avec sa loi Macron facilitant la mobilité bancaire, entrée en vigueur en février dernier, qui n'a pas eu d'effet retentissant sur les parts de marché des acteurs établis jusqu'ici. Ou en favorisant la finance participative, en portant "une loi qui a cassé le monopole bancaire en permettant le prêt entre entreprises, en permettant de développer d'autres formes de financement de l'économie, hors des banques" : si les sites de crowdfunding et de crowdllending n'ont pas mis à mal la suprématie des grands groupes bancaires, cette loi a contribué à l'essor des startups de la Fintech.

En revanche, lorsqu'il était à l'Elysée, il a joué de son influence pour alléger la loi de séparation bancaire, la loi Moscovici de juillet 2013, qui a été largement vidée de sa substance, sous la pression du lobby du secteur. Emmanuel Macron président donnera-t-il des gages en musclant ce dispositif pour montrer qu'il n'est pas soumis aux banques ou au contraire reviendra-t-il sur les réglementations financières adoptées après la crise de 2008, qui auraient « désincité les banques et les assurances à financer l'économie », comme il l'a déclaré ? Rien ne figurait en tous cas dans son programme sur ces points.

À lire également

  • "Je ne suis pas soumis aux banques" martèle Macron
  • "On a le droit d'être banquier, ça n'est pas une faute morale" (Comte-Sponville)
  • Effet Macron : pourquoi les banques s'envolent en Bourse
  • Taxer, scinder, nationaliser : les banques dans le viseur de nombreux candidats

Ses premières mesures dans le domaine, tout comme le choix de son ministre de l'Economie et des Finances et de ses conseillers, seront d'importants signaux à adresser aux électeurs et aux opposants. A lui de remettre l'économie "en marche" en étant, en même temps, pro-business et "défenseur des classes moyennes et des classes populaires."

Delphine Cuny

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