Macron président devra se défaire de son image de banquier

 |   |  988  mots
Emmanuel Macron, en février 2016, entre Michel Sapin, ministre des Finances, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, après avoir été DG délégué du groupe BNP Paribas.
Emmanuel Macron, en février 2016, entre Michel Sapin, ministre des Finances, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, après avoir été DG délégué du groupe BNP Paribas. (Crédits : Reuters)
Le nouveau président, taxé de « candidat des banques » tout au long de la campagne par ses rivaux, devra prouver qu’il n’est pas « soumis » aux grands acteurs de la finance, comme il l’affirme.

Un (ex) banquier à l'Elysée. Ce ne sera pas la première fois. Georges Pompidou, comme Emmanuel Macron, était un ancien banquier d'affaires de chez Rothschild & Cie. Et le palais de la rue du Faubourg Saint-Honoré a vu défiler quelques-uns des plus brillants associés de la célèbre banque d'affaires familiale, qui fut, on l'oublie parfois, nationalisée sous François Mitterrand par le gouvernement Mauroy. Recréée en 1983 sous le nom de Paris Orléans par le fils David de Rothschild, la banque a ensuite reconstitué sa clientèle et retrouvé son nom sous la cohabitation, tissant ses liens au cœur du pouvoir, tout comme sa grande rivale Lazard.

Emmanuel Macron y a travaillé pendant près de quatre ans, de 2008 à 2012, battant le record de précocité (détenu jusqu'ici par Grégoire Chertok) en étant promu associé-gérant à seulement 32 ans, s'illustrant dans un certain nombre de « deals » de fusions et acquisitions, comme le rachat de Siemens IT par Atos ou celui des laits infantiles de Pfizer par Nestlé, qui l'a mis à l'abri du besoin (plus de 2 millions d'euros).

Fonction publique et pantouflage

Cette expérience du privé, perçue comme un "plus" dans les milieux d'affaires et chez les cadres, a cristallisé les critiques de ses opposants. Tout au long de la campagne, ses rivaux, surtout du Front National et de la France insoumise, n'ont cessé de le réduire à cette partie de son parcours. Le candidat d'En Marche!, qui fut aussi l'assistant du philosophe Paul Ricoeur, a dénoncé à plusieurs reprises ce qu'il considérait comme une "assignation à résidence". Vendredi soir, dans un débat animé par la rédaction de Mediapart, Emmanuel Macron a réagi :

"On m'appelle encore l'ancien banquier alors que j'ai été plus longtemps dans la fonction publique."

Feu Henri Emmanuelli, figure tutélaire de la gauche, ne s'est jamais vu reprocher ses neuf ans dans la banque, à la Compagnie financière Edmond de Rothschild (la partie banque privée), qu'il a quittée pour l'Assemblée, alors qu'il y occupait un pote de direction.

C'est aussi le "pantouflage" (le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée) qui lui est ainsi reproché, une pratique française entachée de soupçons de collusion, comme on l'a vu lors de la nomination de François Pérol, l'ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, à la tête de la banque BPCE.

Dans une interview au magazine des Anciens Sciences Po en 2010, Emmanuel Macron expliquait son choix de ne pas aller au bout des quatre ans réglementaires dus à l'administration :

"La rencontre des membres de la commission (Attali) qui avaient tous une expérience forte m'a conforté dans l'idée que je devais aller faire mes classes à l'extérieur de l'État. Je me suis tourné vers le privé. N'ayant ni vocation ni l'envie de m'engager dans l'industrie ou une structure particulière, je me suis orienté vers la finance. Celle-ci me paraissait plus libre et entrepreneuriale que d'autres secteurs."

Interrogé sur sa rémunération, il rappelait, pour clarifier une confusion courante :

"Etre banquier d'affaires après Lehman (Brothers) n'est pas tout à fait la même chose qu'avant, et un banquier d'affaires d'une banque comme Rothschild ne gagne pas la même chose qu'un trader."

"Procès de classe" et monopole bancaire

Mais cette expérience lui vaut aujourd'hui ce qu'il appelle "le procès de classe", d'être catalogué comme le représentant et défenseur de la classe dominante, des intérêts économiques.

"Moi, je ne suis pas né dans l'oligarchie financière ou la banque d'affaires" s'était-il emporté durant la campagne.

Vendredi soir, il est revenu sur ce thème :

"Je refuse ce procès de classe. Je ne suis pas fils d'archevêque, je viens d'une famille moyennement bourgeoise de province. Si je n'étais pas passé par la banque d'affaires, la banque Rothschild, on ne me ferait pas ce procès" a-t-il déclaré au débat de Mediapart.

Il a tenté de se défaire de cette étiquette négative en martelant chez BFM TV:

"Je ne suis pas soumis aux banques. Si j'étais soumis aux banques j'aurais continué à travailler pour elles."

Il a voulu défendre son bilan dans ce domaine. Par exemple avec sa loi Macron facilitant la mobilité bancaire, entrée en vigueur en février dernier, qui n'a pas eu d'effet retentissant sur les parts de marché des acteurs établis jusqu'ici. Ou en favorisant la finance participative, en portant "une loi qui a cassé le monopole bancaire en permettant le prêt entre entreprises, en permettant de développer d'autres formes de financement de l'économie, hors des banques" : si les sites de crowdfunding et de crowdllending n'ont pas mis à mal la suprématie des grands groupes bancaires, cette loi a contribué à l'essor des startups de la Fintech.

En revanche, lorsqu'il était à l'Elysée, il a joué de son influence pour alléger la loi de séparation bancaire, la loi Moscovici de juillet 2013, qui a été largement vidée de sa substance, sous la pression du lobby du secteur. Emmanuel Macron président donnera-t-il des gages en musclant ce dispositif pour montrer qu'il n'est pas soumis aux banques ou au contraire reviendra-t-il sur les réglementations financières adoptées après la crise de 2008, qui auraient « désincité les banques et les assurances à financer l'économie », comme il l'a déclaré ? Rien ne figurait en tous cas dans son programme sur ces points.

Ses premières mesures dans le domaine, tout comme le choix de son ministre de l'Economie et des Finances et de ses conseillers, seront d'importants signaux à adresser aux électeurs et aux opposants. A lui de remettre l'économie "en marche" en étant, en même temps, pro-business et "défenseur des classes moyennes et des classes populaires."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/05/2017 à 12:06 :
Hallucinant cette haine des banques....

La crise des subprimes a prouvé récemment que lorsque les banques n'allaient pas bien (même celle qui n'avaient pas deraisonnablement spéculé comme les banques Françaises) c'était la crise pour tout le monde.

Leur role dans l'économie réelle est donc patent.
a écrit le 10/05/2017 à 14:11 :
A l'Elysée, il était "l'Ennemi de la Phynance", comme son patron Ubu-Hollande. C'est pour cela qu'il a coordonné le matraquage fiscal des classes moyennes. Matraquage
orchestré par Moscovici et un certain....Cahuzac. Moscovici a demandé l'asile politicommissionnel à Brussels chez le "Rescrivain" Juncker. Quand à Cahuzac, il semble que personne ne se souvienne avoir eu à faire avec lui ! Bizarre , non ?!
a écrit le 09/05/2017 à 16:07 :
"le procès de classe", d'être catalogué comme le représentant et défenseur de la classe dominante,.

Et cela marche il est en tête chez les CSP+.
a écrit le 09/05/2017 à 14:41 :
il ne la pourra jamais c'est le sparadras du capitaine Hadocq
a écrit le 09/05/2017 à 11:18 :
"se débarrasser de son image de banquier"...voilà un argument bien étrange.
Quand on prend la tête d'un état lourdement endetté, connaitre le monde de la banque, savoir d'où vient l'argent est plutôt une bonne chose.
En quoi avoir travaillé dans une banque privée est il un boulet ? Lui pardonnerait on d'avoir travaillé au Crédit Agricole ? Dans un cabinet d'avocat spécialisé en fusion-acquisition ?
A moins que ce ne soit le nom de la banque qui pose problème et si c'est le cas, il faudra nous expliquer pourquoi.
On va par la suite nous dire qu'il doit effacer son image d'énarque, de premier de classe, de type sérieux, d'amateur de philosophie etc...Bref, de ne pas être ce qu'il est.
Peut être devrait on plutôt demander un portrait robot du président idéal.
Il a été élu, alors prenons le comme il est et donnons lui sa chance.
a écrit le 09/05/2017 à 8:59 :
Non seulement un banquier chez Rothschild mais un banquier brillant et talentueux devenu associé grâce à la conclusion d'un deal de fusion acquisition de 11 milliards de dollars. Napoléon aimait bien la guerre, De Gaule la liberté des peuples, Hollande la fiscalité, et Macron les achats et ventes d'actifs financiers. La France vendra-t-elle son patrimoine (et sa liberté) à l'Europe, aux arabes, aux chinois ou aux américains?
a écrit le 08/05/2017 à 19:31 :
"Georges Pompidou, comme Emmanuel Macron, était un ancien banquier d'affaires de chez Rothschild & Cie. "

Les deux plus gros taux d'abstention et de votes blancs et nuls. Même si on se laisse manipuler, pour de multiples raisons, on est pas complètement naïf.
a écrit le 08/05/2017 à 17:51 :
Banquier ? Que je sache, il n'était pas propriétaire de la banque, sinon tous les employés de banque seraient eux aussi des banquiers.
a écrit le 08/05/2017 à 17:31 :
Enfin ! un vrai banquier ne serait pas allé chez Whirlpool pour se faire engueuler pendant des heures.
a écrit le 08/05/2017 à 14:07 :
Dérégulation du marché du travail et suppression de l'ISF pour les actionnaires, ça va être difficile de changer son image de banquier.
a écrit le 08/05/2017 à 13:57 :
Il ne faut pas s'inquieter la machine à propagande pour enjoliver l'image du banquier macron a commencé son travail et vous avez à chaud ce soir l'emission "les coulisses d'une victoire"nous savons tous qu'une emission prend du temps pour la programmer et la deffuser à la telé constater par vous même la rapidité de la progrande moins de 24 heures pour la promotion du poulain des patrons il ne faut pas oublier que les medias son privatisés et l'ami bouygue pense aux legislatives et cherche à nous vendre l'invendable un demolisseur du code du travail
a écrit le 08/05/2017 à 12:40 :
Macron président devra se défaire de son image de banquier...
Là, c'est pas gagné.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :