Le néobanque Revolut vise la rentabilité dès cette année
Juliette Raynal

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"Nous voulons être le numéro un dans chaque marché où nous sommes présents". "Notre objectif pour l'année prochaine ? Devenir plus gros, plus rapide et plus fort". Pas de doute, Nikolay Storonsky, le fondateur et directeur général de la néobanque britannique Revolut, n'a pas perdu son esprit de compétition. Cet ancien champion national de natation, né en Russie, était de passage à Paris, à l'occasion du Paris Fintech Forum, qui se tenait au Palais Brongniart ces 28 et 29 janvier.
Cette année, c'était lui la tête d'affiche de cette grand messe des startups de la finance, alors que l'année précédente, son grand concurrent, l'allemand N26, exposait sur scène son plan d'attaque pour devenir une banque internationale. Dans le match qui oppose les deux banques mobiles européennes, Revolut semble avoir pris un temps d'avance.
De son côté, N26 vient tout juste de passer le cap des cinq millions de clients à travers le monde, mais tient tête à Revolut sur le marché français où elle revendique un million de clients. La néobanque allemande aurait par ailleurs déjà séduit 250.000 utilisateurs aux Etats-Unis, cinq mois après son lancement outre-Atlantique. De son côté, Revolut ne s'est pas encore implanté sur le marché américain. "Le lancement se fera probablement à la fin du mois de mars ou début avril, mais 30.000 utilisateurs y testent déjà notre application", précise l'entrepreneur de 35 ans.
Ce lancement devrait largement participer aux ambitions XXL de la licorne (startup non cotée en Bourse et valorisée plus d'un milliard de dollars).
Après avoir réussi à démontrer leur capacité de croître à grande vitesse comme le montre la récente étude de KPMG, l'enjeu pour les néobanques consiste aujourd'hui à se hisser au rang de "banque principale" auprès de leurs utilisateurs, non seulement pour les fidéliser, mais aussi pour assurer la pérennité de leur modèle, pour l'instant essentiellement basé sur des opérations de banque du quotidien peu génératrices de revenus.
Dans cette optique, Revolut entend proposer de nouveaux services autour de la gestion de patrimoine et étendre plus largement son offre de crédit à la consommation, aujourd'hui limitée à deux pays. "Nous nous voyons comme une méga application financière. L'objectif est de proposer tous les services financiers dont un client a besoin au cours de sa vie, tout en faisant mieux et moins cher qu'une banque", résume son patron. La néobanque prévoit également de mettre l'accent sur le marché des professionnels et des entreprises où elle revendique 300.000 clients à travers le monde, "dont plusieurs dizaines de milliers en France", indique-t-elle, sans toutefois divulguer le volume exact, là où la néobanque Qonto en revendique 65.000.
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"Aujourd'hui, nous sommes rentables sur chaque utilisateur et notre objectif est d'atteindre la rentabilité globale d'ici la fin de l'année", assure, confiant, Nikolay Storonsky, même si les pertes de Revolut se sont élevées à environ 39 millions d'euros en 2018. La même année, elle a enregistré un chiffre d'affaires proche de 69 millions d'euros, contre 15 millions en 2017. Si Revolut ne communique pas encore sur ses revenus 2019, elle s'attend à les voir tripler.
Le modèle économique de la pépite britannique repose actuellement sur trois piliers: les revenus issus des commissions interbancaires prélevées sur chaque paiement chez un commerçant, les revenus issus de son offre payante (environ un million aujourd'hui) et ceux issus de produits additionnels comme les assurances, le trading et la vente et l'achat de cryptomonnaies.
Pour financer ses ambitions débridées, Revolut devrait bientôt finaliser une nouvelle levée de fonds XXL pouvant la valoriser entre 5 et 8 milliards de dollars selon la presse britannique, contre 1,7 milliard de dollars lors de sa dernière levée de fonds de 250 millions de dollars en 2018. Outre son expansion internationale, l'argent frais doit lui permettre de doubler la taille de ses effectifs. L'entreprise londonienne, qui emploie 2.150 personnes actuellement, a pour objectif d'en compter 5.000 d'ici la fin de l'année. Ils n'étaient "que" 650 fin 2018.
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Cette croissance hors norme n'est pas sans conséquence. Début 2019, l
a fintech londonienne avait confirmé le départ de son directeur financier alors même qu'elle faisait face à de nombreuses démissions. Depuis, Revolut s'est entourée de grands noms de la finance, en nommant notamment Martin Gilbert, un vétéran de la City, à la tête de son conseil d'administration. Et aujourd'hui le taux de turn over serait inférieur à celui observé chez les géants de la tech.Juliette Raynal