Le plan d'attaque de N26 pour devenir une néobanque "internationale"

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Maximilian Tayenthal, cofondateur et directeur financier de la néobanque allemande N26.
Maximilian Tayenthal, cofondateur et directeur financier de la néobanque allemande N26. (Crédits : N26)
La Fintech allemande veut plus que tripler le nombre de ses utilisateurs français pour atteindre 2 millions de clients fin 2019. Elle va s'attaquer au marché américain et souhaite s'implanter aussi en Asie. Elle prévoit de doubler ses effectifs cette année pour atteindre 1.400 salariés et cible les 100 millions d'utilisateurs à l'échelle mondiale.

Certaines Fintech ont plus d'ambitions que d'autres. « Nous souhaitons être une banque internationale », a martelé Maximilian Tayenthal, cofondateur et directeur financier de la néobanque allemande N26, sur la scène du Paris Fintech Forum qui se tient au Palais Brongniart les 29 et 30 janvier, quand ses interlocuteurs, la Fintech russe Tinkoff et la néobanque brésilienne Nubank, ont affirmé privilégier une approche régionale.

« L'industrie financière est celle où il y a le plus d'opportunités. Beaucoup d'industries ont déjà été bouleversées. A chaque fois ce bouleversement est venu de l'extérieur. Ce ne sont pas les opérateurs télécom qui ont créé Skype. Ce ne sont pas les agences de voyage qui ont créé Booking. Je ne pense pas non plus que les banques [comprendre les banques traditionnelles, ndlr] changeront l'industrie bancaire et cela créé des opportunités pour nous », a soutenu Maximilian Tayenthal.

L'entrepreneur d'origine autrichienne  incarne l'ambition (presque insolente) de N26. La néobanque, qui propose d'ouvrir un compte courant avec une carte de paiement à moindre coût en quelques minutes depuis une application mobile, vise 100 millions de clients à travers le monde. Elle en compte aujourd'hui 2,3 millions répartis dans 24 pays européens. N26 prévoit également de doubler ses effectifs (actuellement 700 personnes) au cours des douze prochains mois.

Objectif : 2 millions d'utilisateurs en France en 2019

Sur le marché tricolore, l'un des plus importants pour la startup après son marché national, N26 revendique aujourd'hui plus de 600.000 utilisateurs, contre 200.000 il y a un an (à titre de comparaison, Orange Bank compte 200.000 clients en France, Revolut 500.000 et le compte Nickel plus d'un million).

« Nous visons 2 millions d'utilisateurs en France d'ici à la fin de l'année. D'habitude, nous avons quelques réticences à partager nos objectifs de conquêtes mais cette fois, nous sommes très confiants », a assuré à La Tribune Maximilian Tayenthal.

Pour attirer de nouveaux clients, la licorne (startup dont la valorisation dépasse un milliard de dollars) allemande mise sur le bouche-à-oreille. « Nous savons que plus de 50% de nos utilisateurs ont découvert le produit grâce à leur entourage », indique le directeur financier.

La stratégie d'acquisition ne s'appuie pourtant pas uniquement sur cette publicité gratuite. Maximilian Tayenthal reconnaît qu'une large partie des 300 millions de dollars levés au début du mois de janvier 2019 (un tour de table valorisant la société 2,7 milliards de dollars) sera utilisée pour des opérations marketing et d'acquisition.

Cap sur les Etats-Unis et l'Asie

Grâce à cette levée de fonds XXL, le trublion de l'industrie bancaire souhaite s'attaquer au marché américain. Comme pour le marché européen, la jeune entreprise compte d'abord nouer un partenariat avec un établissement bancaire avant d'obtenir sa propre licence afin d'arriver au plus vite sur ce nouveau territoire, le lancement étant prévu pour le premier semestre de l'année 2019. La néobanque dit ne pas être effrayée par la fragmentation de ce marché et ses spécificités bancaires.

« Les attentes des utilisateurs américains relatives à un bon produit digital ne sont pas très différentes de celles des consommateurs européens. Prenez l'exemple de l'iPhone, de Google Maps ou de Spotify », argue le directeur financier. « La fragmentation du marché américain constitue une bonne opportunité pour nous. Le fait qu'il existe de nombreuses petites banques locales signifie qu'elles ont peu de clients et des frais généraux importants. Par ailleurs, les personnes déménagent souvent aux Etats-Unis et changent donc de banque à cette occasion. Ce sont des opportunités d'acquisition pour nous », ajoute-t-il.

Même sérénité à l'égard des autres Fintech américaines et des GAFA (acronyme désignant Google, Apple, Facebook et Amazon) pourtant de plus en plus intéressés par le secteur bancaire. "Je ne les vois pas proposer un produit bancaire complet. C'est un secteur extrêmement régulé", estime le directeur financier.

De potentielles acquisitions

Comme son concurrent britannique Revolut, N26 convoite l'Asie. « Devenir une banque internationale, ne signifie pas être présent dans 190 pays. En revanche, ouvrir huit autres pays stratégiques nous permettrait d'être là où se situe 80% du marché bancaire mondial », indique Maximilian Tayenthal. Pour accélérer cette internationalisation, la banque mobile n'écarte pas de potentielles acquisitions alors qu'elle n'en a jamais réalisées jusqu'à présent.

Interrogé sur le nombre d'utilisateurs payants, le chiffre d'affaires et les perspectives de rentabilité de la société, l'entrepreneur est beaucoup moins loquace. Il se contente de préciser les trois sources de revenus de l'entreprise : les abonnements payants, les commissions interbancaires et les offres de crédits. A plus long terme, N26 souhaite développer une offre à destination des entreprises. Un axe B2B qui pourrait faciliter la monétisation de ses services.

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