En acquérant Ingenico, Worldline devient le leader européen des paiements

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(Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)
En s'offrant Ingenico pour 7,8 milliards d'euros, Worldline va devenir le numéro un des paiements en Europe, et le numéro quatre à l'échelle mondiale. Sur ce marché ultra-concurrentiel, la course à la taille est primordiale pour réaliser des économies d'échelle et investir massivement dans les dernières technologies.

La vague de concentration se poursuit dans le monde bouillonnant des paiements. Après la méga acquisition de Worldpay pour 35 milliards de dollars par l'américain FIS ou encore celle de First Data pour 22 milliards de dollars par Fiserv, le français Worldline, ancienne filiale d'Atos, a annoncé, ce lundi 3 février, l'acquisition du spécialiste des terminaux de paiements Ingenico pour 7,8 milliards d'euros afin de créer le numéro quatre mondial du secteur.

L'entité née de cette fusion, dont la finalisation est prévue au troisième trimestre de l'année sous réserve de l'approbation des régulateurs et des autorités de concurrence, représentera un chiffre d'affaires de 5,3 milliards d'euros et quelques 20.000 collaborateurs répartis dans une cinquantaine de pays à travers le monde. De quoi se hisser juste au pied du podium mondial, entièrement trusté par des acteurs américains avec les tandems Fiserv-First Data, FIS-Worldpay et Global Payments-TSYS.

Plus grande opération de consolidation dans les paiements en Europe

"Cette opération nous permet de créer le champion européen de classe mondiale des paiements électroniques. Il s'agit de la plus grande opération de consolidation dans les paiements électroniques jamais projetée en Europe", s'est félicité Gilles Grapinet, le PDG de Worldline lors d'une conférence de presse téléphonique.

Si ce rachat n'est pas une surprise, le montant de l'opération l'est davantage. "Le prix est notable. C'est presque le double du montant qui avait été évoqué fin 2018, lorsque le dossier circulait chez Natixis", souligne un expert du secteur. Deux raisons expliquent cette nette augmentation : depuis fin 2018, Ingenico est parvenu à améliorer ses résultats et, en parallèle, le nombre de cibles disponibles sur le marché s'est sensiblement réduit suite à une accélération des consolidations dans le secteur.

De fait, cette opération intervient alors que les acteurs traditionnels du paiement se livrent une course acharnée à la taille pour mutualiser les investissements dans le numérique et faire face aux nouveaux acteurs du secteur, qui devrait peser 3.000 milliards de dollars par an dès 2023, selon les prévisions du cabinet McKinsey.

Ce terrain de jeu, dopé par le fort développement des achats sur Internet, attire aussi bien les Gafa, à l'image de Google et Apple qui se sont récemment associés à des banques américaines, que des géants chinois, comme Alipay le bras financier d'Alibaba. Des fintech, beaucoup moins connues du grand public, ont également pris des parts de marché significatives dans les paiements en ligne. C'est le cas de la plateforme néerlandaise Adyen, qui vaut aujourd'hui plus que Natixis, ou encore de l'américain Stripe, dont la valorisation a atteint 35 milliards de dollars.

Une course à la taille dans un marché hyper concurrentiel

"Il y a une course à la taille car les acteurs de ce marché ont besoin d'investir massivement et régulièrement pour maintenir leur plateforme à l'état de l'art à l'heure où on assiste à une multiplication des méthodes de paiement. Outre ces efforts en R&D, les économies d'échelle sont nécessaires pour opérer ces transactions à un coût le plus compétitif possible", explique un fin connaisseur du secteur.

Face à cette concurrence accrue, Ingenico a dû se repositionner sur la chaîne de valeur des paiements. Connue pour son activité historique dans les terminaux de paiements (avec un parc de 300 millions d'appareils déployés dans 170 pays et environ 40% de parts du marché mondial), l'industriel tricolore s'est depuis quelques années réorienté vers le retail, qui correspond principalement aux activités de paiements en ligne et de services aux commerçants, en s'offrant notamment le suédois Bambora et l'allemand Payone. Cette branche pèse aujourd'hui un peu plus de la moitié de ses revenus (près de 2,9 milliards d'euros en 2019).

"Ingenico est un exemple très concret et positif d'une entreprise qui a su se transformer", a fait valoir Nicolas Huss, son actuel directeur général, qui quittera le nouveau groupe industriel au moment de l'intégration effective.

Alors qu'Ingenico avait rejeté en novembre 2018 une offre de Natixis (groupe BPCE), les deux nouveaux partenaires insistent aujourd'hui sur la dimension amicale de cette opération. "C'est une transaction profondément amicale qui a reçu l'accord unanime des deux conseils d'administration", a rappelé à plusieurs reprises Gilles Grapinet, soulignant les nombreuses complémentarités des deux entités, aussi bien sur le plan géographique que sur les métiers, Worldline étant davantage positionné sur le traitement des paiements et peu présent aux Etats-Unis, en Asie et en Allemagne contrairement à Ingenico.

250 millions d'euros de synergies par an et 300 millions dans la R&D

A l'avenir, le principal enjeu pour le nouveau groupe reposera sur le rythme de l'intégration effective des deux entités et le niveau de consolidation réellement atteint. "Il y a un vrai enjeu opérationnel pour que cet ensemble d'offres ne soit pas autant de systèmes différents à maintenir individuellement. En face, les nouvelles générations d'acteurs, comme Adyen et Stripe, ont développé des plateformes nativement omnicanales. Quelques années seront sans doute nécessaires pour tout unifier", estime un fin connaisseur du secteur.

Les deux groupes espèrent ainsi dégager 250 millions d'euros de synergies par an à compter de 2024. Concernant leurs impacts sur l'emploi, Worldline ne communique aucun chiffre mais se veut rassurant. "Au cours des différentes intégrations réalisées par Worldline, nous avons toujours pu réallouer les effectifs sur des activités en croissance", a indiqué Gilles Grapinet, qui dirigera ce nouvel ensemble.

Worldline, qui se présente comme la plus grande fintech européenne dans le domaine des paiements, prévoit de maintenir le niveau des investissements en matière de R&D. Ils représenteront entre 5 et 6% du chiffre d'affaires de la nouvelle entité, soit environ 300 millions d'euros par an. Les flux seront néanmoins redéployés pour limiter les doublons. Le futur champion européen des paiements prévoit ainsi d'investir dans les paiements instantanés, l'enrichissement de fonctionnalités, les technologies de blockchain, mais aussi la cryptographie et la cybersécurité. De quoi se muscler face aux géants américains du secteur. "L'Europe a besoin d'un grand champion industriel des paiements à l'heure où la dimension de souveraineté dans l'espace digital est devenue clef", conclut Gilles Grapinet.

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Commentaires
a écrit le 04/02/2020 à 12:03 :
"Connue pour son activité historique dans les terminaux de paiements (avec un parc de 300 millions d'appareils déployés dans 170 pays et environ 40% de parts du marché mondial".
Est-ce bien 300 millions d'appareils pour 40% du marché, i.e. il y a presque un milliard de TPE en circulation ?
a écrit le 04/02/2020 à 10:32 :
"L'Europe a besoin d'un grand champion industriel des paiements", c'est hélas la vieille théorie française du développement industriel planifié et centralisé. L'Europe a largement les moyens d'avoir plusieurs champions en concurrence sur son propre marché et sur le marché global comme le font les US, la Chine et aussi le Japon. Un champion dépasse l'autre et vice-versa sur les vagues de l'innovation technologique.

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