Un concours d'étudiants pour imaginer les navires de demain

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Pierrick Courtin
Pierrick Courtin (Crédits : Pierrick Contin)
Inattendu. C'est en Suisse, sur le lac Léman, que 150 étudiants ont rivalisé d'inventivité et testé, l’été dernier, leurs prototypes de navires innovants. A la barre de ce concours de sobriété énergétique marine, Jérémie Lagarrigue - CEO d'Hydros Innovation – revient sur les idées proposées par les participants.

Cleantech Republic : En deux mots, quel est l'objectif d'HydroContest ?

Jérémie Lagarrigue : Développer l'innovation, partager les savoirs et réduire l'impact écologique du transport maritime. Il faut comprendre que 90% des échanges commerciaux mondiaux s'effectuent par la mer ! Cet intense trafic occasionne la 5ème pollution mondiale. Cela semble faible rapporté à chaque produit transporté, mais cela reste un véritable enjeu pour la planète. HydroContest a donc pour ambition d'apporter des solutions technologiques innovantes et surtout d'en faire profiter un maximum d'acteurs économiques afin d'en assurer le déploiement optimal.

Vous excluez pourtant les recherches sur la motorisation puisque tous les navires de la compétition partagent le même ensemble moteur-batterie...

Oui, tout simplement parce que l'énergie la moins chère est celle qu'on ne consomme pas ! Et comme 98% de la trainée des bateaux actuels provient de la coque, c'est bien à ce niveau que l'on doit chercher les gisements d'efficience. Enfin, étant issus du monde des records de vitesse à la voile (ndlr : Hydros Innovation a conçu plusieurs bateaux détenteurs de records), nous maîtrisons toute la chaîne de conception, simulation et prototypage...

Quelles sont les "tendances" dans les innovations proposées par les élèves ingénieurs compétiteurs ?

Pour les bateaux légers, toutes les équipes ont proposé des "foils" qui permettent littéralement de voler sur l'eau. L'idée n'est pas nouvelle mais les progrès des logiciels de simulation numérique et les nouveaux matériaux (hybrides, composites...) offrent aujourd'hui un grand champs d'expérimentation (forme et nombre de foils notamment). Pour la course d'endurance, il fallait bien savoir gérer et optimiser la quantité d'énergie disponible sur la durée. Enfin, du côté des bateaux lourds, les vainqueurs l'on emporté en affichant 40% d'écart de consommation avec les formes de coques classiques grâce à une "torpille" : l'idée consiste à placer la charge au maximum sous la ligne de flottaison, dans un compartiment hydrodynamique. Baptisé SWATH (Small Waterplane Area Twin Hull, catamaran semi-submersible), ce concepteur semble prometteur.

Pas facile pour charger, non ? Les ports accepteront-ils de s'équiper ?

Il y aura effectivement des contraintes d'accès (notamment dues au tirant d'eau important) et d'infrastructures portuaires, mais les étudiants commencent déjà à explorer des solutions : par exemple l'ENS Maritime de Marseille avec un SWATH "à hauteur variable" pour faciliter les opérations de chargement/déchargement. Quant à l'acceptation de la filière pour ces innovations, elle dépend effectivement de critères exogènes comme le prix du carburant, et la réglementation... mais aussi de la loi du marché : quand un armateur important lancera un navire consommant moitié moins de carburant, les autres réagiront !

Justement, comment voyez-vous le développement commercial de ces nouveaux navires ?

Le secteur des travaux offshore devrait tirer le marché : éolien en mer, forages pétroliers, pipelines, pose de câbles... Ces opérations nécessitent de rester longtemps en mer et bénéficient particulièrement de la stabilité offerte par les SWATH. Nous pensons que les premiers pourront prendre la mer d'ici 5 ans. Pour tout vous dire, Hydros Innovation a déjà des clients intéressés !

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HydroContest en bref...

  • Organisation : Juillet 2015 sur le lac Léman (Suisse)
  • Participants : 150 étudiants, 18 écoles d'ingénieurs
  • Dimensions maximum des navires : 2,5m x 2,5m x 2m
  • 3 courses : transport d'une masse de 200kg (simulant un cargo, porte conteneur, ou pétrolier...) ; transport léger (plaisance) ; longue distance (endurance, 2h)
  • Vainqueur 2015 "transport de masse" : Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (Suisse)
  • Vainqueur 2015 "transport léger" : Ecole Polytechnique (France)
  • Vainqueur 2015 "longue distance" : Haute école d'ingénierie et d'architecture de Fribourg (Suisse)

Cleantech Republic

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