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ClimatTransitions Écologiques

La transition énergétique française en panne sèche

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 25 avril 2016 à 05:30 - Mis à jour le 25 avril 2016 à 06:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La France est très en retard sur ses objectifs en matière d'énergies renouvelables. La ministre de l'Énergie a confirmé des mesures pouvant contribuer à réduire ce retard, mais repousse sine die la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) tant attendue par les acteurs du secteur.

Si les énergies renouvelables ont battu de nouveaux records en 2015 en termes d'investissements et, plus encore, de nouvelles capacités installées, l'Europe n'y a guère contribué. Sur un total de 330 milliards de dollars (292 milliards d'euros), en hausse de 4%, seuls 20% sont le fait du Vieux Continent. C'est désormais l'Asie qui tire le marché mondial, à commencer par la Chine, qui a mobilisé un tiers de cette somme.

Dans cette Europe en perte de vitesse, la France fait particulièrement pâle figure. C'est même l'un des États membres qui accuse le plus fort retard sur ses objectifs à l'horizon 2020, loin derrière l'Italie, la République tchèque, la Roumanie ou la Bulgarie. Seuls le Luxembourg, les Pays-Bas et la Hongrie font pire. Entre leur fixation en 2008 dans le cadre du paquet européen climat-énergie et 2014, la part des renouvelables dans le mix énergétique français ne s'est accrue que de 3,2%. Pour atteindre les 23% promis en 2020, le rythme de développement des énergies renouvelables devrait tripler d'ici là.

De nouveaux objectifs pour les renouvelables

Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous sommes loin de cette trajectoire. Certes, l'éolien terrestre, encalminé depuis plusieurs années, a repris quelques couleurs en 2015, avec 1.000 mégawatts (MW) raccordés au réseau, ce qui porte le parc à un peu plus de 10.000 MW début 2016. Mais un rythme annuel d'au moins 1.500 MW serait nécessaire pour rattraper le retard. Et, malgré un tout nouvel appel d'offres pour la zone au large de Dunkerque, ce n'est pas l'éolien en mer qui risque de compenser ce déficit. Alors que le Grenelle de l'environnement avait prévu 6.000 MW en 2020, ce ne sont que 2.900 MW qui seront en service, dans le meilleur des cas, en 2021.

La situation est plus morose encore dans le solaire, où les mégawatts raccordés en réseau sont en baisse entre 2014 (930 MW) et 2015 (895 MW malgré l'entrée en service de la centrale de Cestas, en Gironde, qui représente à elle seule 300 MW).

Les récentes annonces de la ministre de l'Énergie suffiront-elles à faire redémarrer un secteur qui peine toujours à se remettre du coup d'arrêt du moratoire instauré à la fin de l'année 2010 ? Le doublement des appels d'offres et le relèvement des objectifs, publiés en novembre et confirmés il y a quelques jours, peuvent permettre de l'espérer. À la demande de Ségolène Royal, un projet d'arrêté modifiant la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPI) et fixant de nouveaux objectifs pour les énergies renouvelables a en effet été examiné et adopté ce vendredi par le Conseil supérieur de l'énergie : 10.200 MW en 2018 et de 18.200 MW à 20.200 MW en 2023 pour le solaire ; 15.000 MW en 2018 et entre 21.800 et 25.000 MW en 2023 pour l'éolien terrestre.

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Si France énergie éolienne (FEE) juge cette fourchette trop basse, Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) se dit globalement satisfait. Sauf pour les énergies marines et l'éolien offshore, où les perspectives fixées par le gouvernement (500 MW en 2018 et 3.000 MW en 2023) sont trop faibles aux yeux des industriels pour permettre la baisse des coûts indispensable à la pérennisation d'une filière déjà fragilisée par un mouvement de consolidation. Après le rapprochement entre le danois Vestas et Mitsubishi Heavy Energy fin 2013 et, plus récemment, entre l'allemand Nordex et l'espagnol Acciona, après le rachat d'Alstom par General Electric, l'allemand Siemens est sur le point de reprendre l'espagnol Gamesa. Et, si les discussions, entamées en janvier, n'ont pas encore abouti, ce serait en raison du sort réservé à Adwen, la coentreprise créée entre Areva et Gamesa, Siemens ne semblant pas intéressé par la technologie du Français...

La PPE découpée en tranches

Mais la satisfaction affichée par le SER est loin d'être unanime. Car c'est dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) que ces chiffres auraient dû figurer. Véritable fer de lance de la loi relative à la transition énergétique votée en août dernier, la PPE devait dessiner la trajectoire de sa mise en oeuvre en précisant les moyens d'atteindre les objectifs fixés : une division par deux de la consommation française d'énergie d'ici à 2050, une part du nucléaire dans la production électrique de 50% en 2025, de 30% pour les énergies fossiles et de 32% pour les renouvelables à l'horizon 2030.

Mais elle n'en finit pas d'être repoussée. Après l'avoir annoncée avant la fin de l'année 2015, puis fin février 2016, puis avoir reporté sine die la réunion du comité de suivi prévue le 8 mars dernier, Ségolène Royal a finalement décidé de la découper en tranches correspondant aux différentes énergies, laissant pour l'heure de côté le morceau le plus ardu, le calendrier de fermeture des centrales nucléaires. Ce faisant, elle se contente de modifier les objectifs fixés en 2009 par la Programmation pluriannuelle des investissements de production d'électricité et de chaleur (PPI). La ministre justifie cette décision en affirmant que « cela permet de motiver les filières industrielles (...) et de donner une place claire à tous les appels à projets que je vais lancer ».

La résistance d'EDF

Mais, outre de nombreuses différences juridiques entre PPE et PPI (études préalables, objectifs plafonnés, contrôles...), cette solution fait fi de toute trajectoire de consommation d'énergie ou de production d'énergie fossile, et surtout de l'épineux dossier nucléaire. Alors que la Cour des comptes estime, dans son dernier rapport annuel, que de 17 à 20 réacteurs devraient fermer pour respecter la loi, le PDG d'EDF, Jean-Bernard Levy, répète qu'il n'entend pas en fermer un seul en dehors de Fessenheim.

Mieux, il espère prolonger la durée de vie de ses centrales plus longtemps encore que les dix ans pour lesquels Ségolène Royal a donné son accord, et qui doivent être validés au cas par cas par l'Autorité de sûreté nucléaire à partir de... 2019. La ministre a annoncé pour le 1er juillet une feuille de route indiquant une fourchette de réacteurs à fermer selon l'évolution de la consommation, mais les décisions ne seront prises qu'à partir de la deuxième période de la PEE (2019-2023) « en fonction du développement constaté des énergies renouvelables et de l'évolution de la demande en électricité ». Du côté d'EDF, on évoque la possibilité de moduler la production des centrales pour s'adapter à celle des renouvelables, une solution étonnante, compte tenu d'une équation économique bancale et de risques accrus en matière de sûreté.

L'accord de Paris, un chèque en bois ?

Lors d'une conférence organisée le 14 avril, les ONG environnementales impliquées dans la transition énergétique n'ont pas manqué de fustiger ce qui ressemble à s'y méprendre à un abandon de la PPE en rase campagne.

«Signer l'Accord de Paris sans rendre publique une programmation pluriannuelle de l'énergie qui transcrive les objectifs de la loi sur la transition énergétique serait comme signer un chèque en bois »,a ainsi asséné Anne Bringault, porte-parole du Réseau action climat (RAC). Un comble pour le pays qui assure la présidence de la COP.

Pour la CFDT, également présente, « cette vision d'ensemble [fournie par la PPE] est essentielle pour étudier la mise en oeuvre concrète des transitions professionnelles ». La PPE doit en effet servir de base à l'élaboration d'un plan de programmation de l'emploi et des compétences. À ce jour, très peu de branches professionnelles ont engagé des études sur l'évolution des métiers, des compétences ou des emplois concernés par les transitions énergétique et écologique.

Ironie de l'histoire, alors que ces atermoiements concernant la PPE sont clairement liés à une volonté de l'État de préserver l'électricien français aujourd'hui dans la tourmente, ils pourraient au contraire contribuer à aggraver son sort .

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En effet, Jean-Louis Bal a beau affirmer qu'il est possible de poursuivre le développement des renouvelables jusqu'en 2023 sans fermer de centrale nucléaire, cette situation ne peut perdurer sans accentuer la situation actuelle de surcapacité sur le marché européen de l'électricité. Celle-là même qui n'en finit pas de faire dégringoler les prix sur le marché de gros, l'une des principales plaies dont souffrent aujourd'hui les énergéticiens européens, à laquelle EDF n'échappe pas.

Dominique Pialot

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