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ClimatLa Tribune de la COP21

Bien que très informés, les Français semblent imperméables au risque climatique

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 14 novembre 2015 à 08:15 - Mis à jour le 16 décembre 2015 à 08:37

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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[ #COP21 ] Alors que plusieurs études mettent clairement en évidence les conséquences dramatiques qui pourraient les affecter plus ou moins directement, eux ou leur descendance, les Français restent peu concernés par le changement climatique.

L'avalanche d'études publiées ces derniers jours pourrait-elle susciter une prise de conscience ? Au-delà de contradictions propres à l'exercice, les derniers sondages montrent qu'à trois semaines de la COP21, les Français restent relativement peu concernés par le changement climatique. Selon les sources, de 55% à 57% d'entre eux se disent informés de ce rendez-vous climatique organisé sous l'égide de l'ONU. D'après l'Ifop pour Le JDD, 40% d'entre eux pensent qu'aucun engagement déterminant pour l'environnement n'y sera pris, mais 41% estiment que le climat est une priorité à laquelle les politiques doivent porter plus d'attention.

Les sécheresses redoutées par l'opinion

À l'échelle mondiale, si 54 % des personnes interrogées estiment que le changement climatique représente un très sérieux défi selon Pew Research, c'est dans les zones où les effets en sont déjà bien visibles que l'opinion publique s'y montre le plus sensible. Ainsi, les sécheresses, l'une de ses conséquences les plus redoutées dans le monde, sont citées en priorité en Afrique, en Amérique latine mais aussi aux États-Unis, où un État comme la Californie en subit les effets de façon quasi permanente.

Quant aux Français, interrogés par l'Ifop pour le WWF sur les conséquences du dérèglement climatique qu'ils craignent particulièrement, 57% citent « le renforcement des phénomènes météorologiques extrêmes de type ouragans, cyclones », 42% « l'augmentation des sécheresses et des inondations » et 39% « la réduction de la glace et des neiges, et l'élévation du niveau de la mer qui en résulte ».

Une avalanche de prédictions dramatiques

Ce sont précisément les phénomènes dont plusieurs études parues en début de semaine prédisent l'augmentation, aussi bien en quantité qu'en intensité. Lundi, sur la base des neuf premiers mois de l'année, le Met Office, le service national britannique de météorologie, proclamait 2015 « première année dont la température franchira le cap de 1°C de réchauffement par rapport à la période préindustrielle ». Par ailleurs, selon les calculs de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) publiés le même jour, on approche, en moyenne, du seuil symbolique des 400 parties par millions (ppm) de concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2), déjà ponctuellement atteint en 2013.

Et si, comme on peut s'en douter, ces chiffres ne parlent guère au néophyte, le directeur de l'OMM Michel Jarraud a bien veillé à en préciser les conséquences : des températures globales plus élevées, plus de phénomènes météorologiques extrêmes tels que des vagues de chaleur, des inondations, la fonte des glaces et l'élévation du niveau des océans et de leur acidité.

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«On ne peut pas voir le CO2, c'est une menace invisible, mais c'est une menace très réelle. [...] Nous avançons en territoire inconnu et la machine s'emballe à un rythme effrayant »,a-t-il souligné.

À croire que les scientifiques s'étaient donné le mot pour aiguillonner les ministres réunis à Paris en préCOP : une autre étude tout aussi alarmiste a été rendue publique lundi. Selon Carbon Central, dans le scénario « business as usual » (synonyme d'une hausse des températures de +4°C), l'élévation inévitable et irréversible du niveau de la mer pourrait atteindre en moyenne 8,9 m et submerger les zones d'habitation de 470 à 760 millions de personnes dans le monde. Un scénario +2°C permettrait d'éviter la migration de 310 millions de personnes en ramenant à 130 millions les habitants de zones rayées de la carte. Loin des 145 millions de Chinois menacés, trois millions de personnes dans le scénario +4°C (deux millions si l'on reste sous les +2°C) seraient malgré tout directement concernées en France.

Une question secondaire, loin derrière le chômage

Si une majorité de Français se disent conscients que les modes de vie doivent changer pour répondre au défi du changement climatique, ils attendent des solutions simples. Surtout, ils ne sont que 21% (Ifop pour Le JDD) à classer le sujet dans les questions importantes, loin derrière des enjeux plus immédiats comme le chômage (59%), la sécurité et le terrorisme (35%) ou la préservation du modèle social français (30%).

Évidemment, cette opposition résulte largement de la façon dont sont posées les questions. Mais en dehors des phénomènes météorologiques ressentis personnellement, le grand public ne fait pas le lien entre le changement climatique et son quotidien. Certes, comme l'ont clamé récemment les syndicats européens réunis en colloque à Paris :

«Pas d'emplois sur une planète morte. »

Mais cette sombre prédiction, qui n'atteint probablement pas un grand nombre de salariés, doit dans tous les cas leur sembler très lointaine. Pourtant, toujours d'après l'Ifop pour Le JDD, ils sont nettement plus nombreux (41%) à penser que l'économie verte pourrait accroître les chances de croissance en France, contre 19% qui craignent au contraire que la lutte contre le changement climatique mette en péril la relance économique en ajoutant des contraintes sur la production industrielle et la consommation. Mais pour 38% d'entre eux, cela ne changera rien.

Pourtant, les études publiées par le think tank New Climate Economy sous l'égide, entre autres, de l'ancien président du Mexique, Felipe Calderon, et de l'économiste Nicholas Stern de la London School of Economics, démontrent les cobénéfices des politiques de lutte contre le changement climatique. Celles-ci se mesurent en termes d'emplois et de création de richesse, de santé publique et d'économies sur la facture nationale d'importations d'énergies fossiles.

Quoi qu'il en soit, confrontés au chômage, à la baisse de leur pouvoir d'achat et à la menace terroriste, les Français se soucient peu des 100 millions supplémentaires de pauvres que créera le changement climatique selon la Banque mondiale.

Un afflux massif de réfugiés climatiques

Pourtant, même si ses manifestations se produisent essentiellement dans d'autres régions du monde, ils pourraient bien avoir un effet sur leur quotidien, et plus vite qu'ils ne l'imaginent. Baisse des rendements agricoles, propagation de maladies vectorielles (via les moustiques par exemple) ou encore stress hydrique entraînent déjà des famines et des conflits autour de l'eau et des terres arables dans les pays les plus touchés et provoquent une accélération de l'émigration rurale.

Dans un premier temps, ces « réfugiés climatiques intérieurs » échouent dans les bidonvilles de mégalopoles où les tensions s'en trouvent exacerbées. Plusieurs chercheurs estiment ainsi que les années de sécheresse subies par la Syrie ont contribué à créer des conditions propices au conflit qui ravage aujourd'hui le pays. Aussi, ceux qui le peuvent cherchent refuge sur des terres plus hospitalières. Et ce phénomène ne fera que s'accentuer avec la multiplication d'événements climatiques tels que les inondations qui pourraient frapper Calcutta, Dacca, Jakarta, Bombay ou Hanoï si les prédictions de Carbon Central se vérifient. En dehors des villes, ce sont des pays tout entiers qui sont menacés par cette montée des eaux, comme les Philippines, l'Égypte, la Birmanie, la Thaïlande, le Vietnam, le Bangladesh ou l'Indonésie.

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Alors que l'Europe, qui n'accueille pourtant qu'une infime minorité des quelque 60 millions de déplacés que compte actuellement la planète, se montre totalement dépassée par la vague de migration de ces derniers mois, ce sont 250 millions de déplacés climatiques qui pourraient, en 2050, chercher refuge sur des terres moins exposées... comme la France.

Dominique Pialot

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