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ClimatLa Tribune de la COP21

Quand François Hollande voulait faire de la COP21 un instrument de reconquête...

Jean-Christophe Chanut

Publié le 27 novembre 2015 à 11:00

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À dix-huit mois de l'élection présidentielle, la conférence sur le climat avait aussi une dimension de politique intérieure. Mais les tragiques attentats du 13 novembre ont changé la donne : le « greenwashing » élyséen laisse la place au discours sécuritaire.

Pour François Hollande, la COP21 devait être une sorte d'acmé. Cela fait quasiment un an qu'il y pense. D'où tout ce battage médiatique. Pensez donc, les dirigeants les plus puissants de la planète se donnant rendez-vous à Paris à l'invitation du président français ! Le tout pour tenter de sauver le monde des conséquences du réchauffement climatique. Un sommet concret donc, loin du très symbolique rassemblement du 6 juin 2014, jour de commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Normandie, où, là aussi, l'hôte de l'Elysée était entouré par les grands de ce monde. Certes, cette fois, il va perdre la reine d'Angleterre, mais Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping seront présents aux côtés de Barack Obama.

François Hollande savait que c'était la seule occasion de son quinquennat de présider une grande conférence internationale. Les hasards du calendrier faisant que pendant ces cinq années, la France n'avait aucune présidence européenne ou internationale, du type G8. Une jolie photo en perspective donc ; toujours bon à prendre pour un potentiel candidat à un second mandat à l'Élysée, dans dix-huit mois. Surtout si la conférence se terminait sur un succès (lire pages 6 et 7)...

Une opération séduction des écologistes

En politique intérieure, l'opération COP21 à Paris permettait également de tenter de se rabibocher avec des écologistes qui ont quitté le gouvernement depuis l'arrivée de Manuel Valls à Matignon. La conférence climatique permettait à François Hollande de « verdir » un discours jusqu'ici plutôt pâlot sur la question écologique : tergiversation sur la fermeture de Fessenheim, abandon de l'écotaxe, maintien de la construction de l'aéroport de NotreDame-des-Landes, etc.

François Hollande suit de très près les soubresauts au sein d'Europe-Écologie-Les Verts (EE-LV). Les départs de Jean-Vincent Placé, François de Rugy et Barbara Pompili, partis fonder un autre mouvement, ne sont pas pour lui déplaire. Ce qu'il faut, c'est gêner au maximum Cécile Duflot pour l'empêcher d'être en situation de se présenter à la présidentielle avec le risque d'affaiblir encore un peu plus le président sortant. Sachant que le ticket pour accéder au second tour va être très cher...

Or, il n'avait pas échappé à François Hollande que quelques jours après la COP21, ce sera le deuxième tour des élections régionales... dont le résultat ne sera sans doute pas fameux pour les socialistes. Surtout, elles seront l'occasion de provoquer un remaniement gouvernemental de grande ampleur. Et l'idée de François Hollande est d'y faire entrer des écologistes dissidents d'EE-LV pour embarrasser au maximum Cécile Duflot... Jean-Vincent Placé en rêve ! Seulement, tout ce bel édifice vient de se fissurer avec les attentats qui ont ensanglanté Paris le 13 novembre. La priorité du président est maintenant moins dans la tenue et la réussite de la COP21 que dans la gestion de la très délicate période post-attentats. On est passé du vert au rouge. Le Président doit donc changer de communication, sachant qu'il pourra moins « exploiter » les éventuels bons résultats de la COP21.

"Un timonier à la barre dans la tempête"

De façon très prosaïque, à court terme, c'est d'abord la sécurité de la conférence qui doit être assurée. La présence d'autant de chefs d'État posant de gros problèmes logistiques. Les transports en commun, empruntés par des milliers de congressistes, vont également être encore plus étroitement surveillés. C'est sur leur faculté à éviter tout incident grave que seront jugés François Hollande et son gouvernement. Déjà, la marche verte du 29 novembre a été annulée, et les grands rassemblements prévus par la société civile interdits ou strictement encadrés.

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À moyen terme, la communication « verte » du président n'a plus lieu d'être. Ce n'est plus cette image et ce message que l'Elysée doit envoyer. La cellule communication de la présidence va plutôt s'employer à démontrer qu'il y a un timonier à la barre dans la tempête, sachant prendre des décisions courageuses sur le territoire national comme à l'étranger. L'opération a déjà commencé avec, d'une part, le projet de loi autorisant l'état d'urgence durant trois mois, jusque fin février et, d'autre part, l'intensification des frappes militaires sur la Syrie. Bref, un François Hollande père de la Nation. Le « greenwashing », attendra. Mais il n'est pas interdit d'espérer, malgré tout, un résultat positif de la COP21, avec notamment un engagement mondial plus fort sur la réduction des émissions de CO2 et des énergies carbonées...

Jean-Christophe Chanut

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