Ce que peut (et ne peut pas) faire Hollande dans la défense

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Le nouveau chef de l'Etat veut relancer la coopération européenne et recomposer l'industrie de la défense française. Il souhaite limiter l'influence de la maison Dassault, notamment dans le groupe d'électronique Thales.

En matière de défense, François Hollande ne sera pas un révolutionnaire... Bien sûr, le tout nouveau chef de l'Etat fera entendre sa propre musique. Notamment sur le plan industriel. Il a dit et redit qu'il souhaitait « construire une politique industrielle de Défense », qui devrait être pilotée - sauf surprise - par un fidèle parmi les fidèles de François Hollande depuis trente ans, Jean-Yves Le Drian en tant que ministre de la Défense. "Pendant cinq ans, il n'y a pas eu de politique industrielle de défense mais plutôt de l'opportunisme", estime-t-on au PS.

L'Europe, l'Europe et l'Europe

Deux axes président à cette politique industrielle. Le premier est de créer, explique-t-on, "des champions européens sur le modèle EADS" en favorisant "des rapprochements". Pour François Hollande, "l'Europe de la défense est notre horizon et notre ambition. L'alternance politique en France devra être l'occasion d'une vigoureuse relance de la construction européenne". Il faut donc, selon lui, "reprendre les travaux laissés en plan sur le concept stratégique de l'Union européenne, en envisageant de les prolonger par un inventaire des capacités et des technologies indispensables à la défense et à la sécurité future l'Europe". Trois priorités pour faire vivre ce projet européen : poursuivre les relations bilatérales avec la Grande-Bretagne, qui vient pourtant de tourner le dos à la France en interdisant au Rafale d'apponter sur les porte-avions de Sa Majesté, "revivifier" la coopération franco-allemande et favoriser les convergences avec tous les partenaires européens, notamment la Belgique, l'Espagne, l'Italie et la Pologne.

L'Europe est aussi le moyen (voire le seul) de faire des économies grâce à la mutualisation et à la programmation collective des équipements militaires dans les pays d'Europe et au renforcement des capacités communes. Mais pour mutualiser et rapprocher, il faudra trouver des programmes nouveaux afin de fédérer les industriels. Mais on sait aussi que les programmes en coopération, à l'image de l'avion de transport militaire A400M, sont souvent très onéreux en raison d'un découpage industriel jamais très... industriel.

Dassault dans le viseur de François Hollande

Le second axe est de limiter l'influence de Dassault sur le monde de la défense. Et François Hollande a été clair là-dessus : "Je veux une industrie de défense forte, cohérente et contrôlée. (...) Je n'entends donc déléguer à quiconque cette responsabilité de tracer l'avenir de ces grands groupes industriels de défense et certainement pas à des intérêts privés ou financiers à qui le gouvernement sortant s'est trop souvent plié. (...) Les coopérations industrielles avec des partenaires européens seront encouragées, car elles sont gages de succès futurs".

La maison Dassault est clairement dans le viseur de François Hollande. Nicolas Sarkozy avait confié au célèbre avionneur les destinées de Thales, censé devenir le pivot de la consolidation en France avec les rapprochements programmés du groupe naval DCNS et de la société publique d'armements terrestres Nexter. Selon l'entourage du nouveau président, les deux décisions prises, à savoir le contrôle de Thales par Dassault Aviation, puis l'entrée de Thales dans DCNS soulèvent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent car elles ne répondent pas à des logiques industrielles pérennes. Ces décisions relèvent plus d'une approche financière et patrimoniale qu'industrielle, selon ses proches.

Fin du pacte d'actionnaires ?

Comment réduire l'influence de Dassault Aviation chez Thales ? "Les modalités ne sont pas encore déterminées", précise-t-on. Mais une des pistes de travail s'orientait vers la rupture du pacte d'actionnaires entre l'Etat (27 % du capital de Thales) et Dassault Aviation (25,89 %). Ce qui alors marginaliserait l'avionneur au sein du groupe d'électronique. Une chose est sûre, le gouvernement de gauche ne facilitera pas la vie de Dassault au conseil d'administration de Thales. Tout sera fait pour que l'avionneur quitte de gré ou de force l'électronicien. Quid du PDG de Thales, Luc Vigneron ? Selon plusieurs sources concordantes, il pourrait être débarqué. Il serait dans le viseur de la gauche depuis un certain temps.

Le difficile chemin des économies

Confronté à une situation économique inextricable en France, la Défense n'échappera pas à de nouvelles économies. Mais peut-elle être une variable d'ajustement ? Non, a juré François Hollande mais "il y aura des efforts à faire, la situation de notre économie et de nos finances publiques nous y contraint. Il y va de notre indépendance même. La défense y contribuera dans les mêmes proportions que les autres missions de l'Etat". Faut-il toutefois rappeler que les dépenses dans la défense entretiennent une filière industrielle d'excellence en France - qui paie ensuite des impôts... à l'Etat - tant au niveau de l'emploi très qualifié et de l'innovation. Le ministère de la Défense, à travers l'activité de la Direction générale de l'armement (DGA), a investi 10,7 milliards d'euros dans l'industrie au titre des programmes d'armement et de la recherche en 2011.

"Tout l'édredon ne rentrera pas dans la valise"

Contraint de faire des économies, François Hollande va devoir arbitrer dès 2013. Et va se trouver confronté à l'expression consacrée des budgétaires quand ils évoquent les ambitions des budgets de la défense et les contraintes économiques : "tout l'édredon ne rentrera pas dans la valise". Mais entre « garder un niveau crédible de l'effort de défense » et faire des économies, le chemin est difficile d'autant que "le contexte international n'autorise aucune faiblesse", comme le rappelle lui-même François Hollande. La situation en Iran, la course à l'armement en Asie-Pacifique et l'instabilité du Proche-Orient ne lui facilite évidemment pas la tâche. Et l'influence de la France dans le monde tient surtout par son effort de défense, notamment en matière nucléaire, technologique (ventes d'armes) et opérationnel (capacité à mener des opérations extérieures de grande envergure).

Pour y voir clair, François Hollande va utiliser la bonne vieille ficelle du Livre blanc. Ce document va définir "les enjeux stratégiques" de la France, expliquait il y a peu de temps encore le candidat, qui souhaitait que soit entreprise "au plus tôt la rédaction d'un Livre blanc de la défense", suivie d'une Loi de programmation militaire avec deux objectifs : répondre aux menaces identifiées et dimensionner nos équipements aussi précisément que possible à ces enjeux.

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a écrit le 19/06/2012 à 10:11 :
je ne suis pas d accord la france doit avoir une défense forte moderne sophistiquée construire un nouveau pa à propulsion classique et continuer la construction des sna ng des freemms quand à l aviation et l armée de terre il faut leurs donner les équipements derniers cris la gendarmerie aussi doit avoir du matériel ultra moderne performant
a écrit le 18/05/2012 à 17:15 :
Bonjour petit rappelle historique, les grands groupe industriel français ne vende pas grand-chose.
-NEXTER ex :GIAT n?a rien vendu à l?exportation, a si nous avons donner des LECLERS au EAO, pour le reste le VBCI , l?armé française l?achète car elle ne peu pas faire autrement, personne en veux et ce n?est pas une histoire de prix .
-DCN, elle fait beaucoup mieux 2 porte hélicoptère au RUSSE, pas de porte avion au Anglais, pas de sous-marin au Canadien n?y au Australien.
-EADS, AIRBUS, a des problème pour vendre sont avion de chasse et je ne vous parle pas de l?A400, qui lui n?est même pas sortie des chaines d?assemblage à déjà de gros problème.

Dans tout les cas il y a du travail est des clients potentiel, pour cela il faut encore fabrique de bon matériel ( la, il y a des efforts a faire) et surtout a un prix abordable ( les machins plein d?électronique ne servent a rien).
L?armement terrestre français est de loin le plus malade, hors de prix, trop d?électronique, pas assez novateur, pas assez fiable.
Bon pour une fois qu?une entreprise français fonctionne correctement, qu?ont la laisse travailler. Merci
a écrit le 18/05/2012 à 13:44 :
Il a raison, la défense nationale doit rester entre les main de l'état et non d'une famille, fusse t elle Dassault.
a écrit le 14/05/2012 à 11:57 :
Il est vrai que l'état a souvent fait la part belle à DASSAULT car il est son financier naturel. Mitterrand en son temps et en guise de nationalisation a reçu en soulte un peu moins de cinquante pour cent de l'avionneur depuis logés dans EADS. Mais la gestion de l'avionneur est restée dans la famille, et ses choix souvent hégémoniques en matière européenne sont peu ou pas suivis (RAFALE, Drones).Il est d'ailleurs curieux voire suspect que EADS n'ait pas accentué son emprise sur un groupe qui à l'échelon mondial fait figure de simple équipementier compétent.
a écrit le 14/05/2012 à 11:04 :
M'enfin, faut pas raconter n'importe quoi , comme ceci: "la Grande-Bretagne, qui vient pourtant de tourner le dos à la France en interdisant au Rafale d'apponter sur les porte-avions de Sa Majesté"

En effet ,la GB ne POSSEDE PAS DE PORTE AVION, les petits porte aéronefs britanniques actuels étant des plateformes destinées aux avions à décollage vertical de type Harrier et impossible à utiliser par des avions embarqués "normaux" car bien trop petits et dépourvus de catapulte
Les Rafalke ne peuvent opérer que du Charles de Gaulle ou de tous les potre avions Américains!
Réponse de le 14/05/2012 à 22:11 :
L'auteur de l'article a raison mais il faut seulement lire que le Rafale ne sera pas choisi pour les 2 futurs porte-avions britanniques.
a écrit le 12/05/2012 à 10:24 :
Euh euh euh...!
a écrit le 11/05/2012 à 16:24 :
"Luc Vigneron ? Selon plusieurs sources concordantes, il pourrait être débarqué."
Cela fera sans aucun doute plaisir aux cadres de Thales qui n'apprécient guère son style de management.
Il faudra alors aussi se poser la question du maintien de Philippe Burtin à la tête de Nexter, intronisé par Vigneron lors de son départ chez Thales...
a écrit le 11/05/2012 à 16:10 :
ce type est un dictateur, tout ce qui n'est pas de gauche ne doit pas survivre, y se fiche de l'économie du pays,bien sur qu'il va massacrer ceux qui ont participés à l'ère sarkozy tout comme mitterrand en son temps à vichy ou en algérie

ceux qui ont votés pour lui ne mettrons pas longtemps à comprendre ce qu'il est !
a écrit le 11/05/2012 à 15:26 :
Un nouveau Livre blanc sur la défense? L'environnement géopolitique a-t-il fondamentalement changé depuis 2008? éclairez ma lanterne.
Réponse de le 11/05/2012 à 20:09 :
L'environnement géopolitique non mais les capacités de financement de la France, donc de son outil de défense, ont changé.
Dans le LBDSN, il y a une première partie de prospective et d'analyse géostratégique, puis une partie sur la réponse apportée par la France (X hommes à Y d'alerte avec Z bateaux et divers avions).
Si moins d'argent alors moins de matériels et donc moins d'ambitions et donc nouveau livre blanc.
Avec les ambitions européennes de la nouvelle équipe, ça fait un paquet de pages à réécrire.
Réponse de le 11/05/2012 à 22:28 :
Non rien du tout ... à part l'opération Harmattan en Libye, AQMI au Mali (entre autre), la situation en Syrie, les essais de tirs de missiles en Corée du Nord, l'imminence de la bombe atomique en Iran, le réarmement impressionnant de la Chine, des tensions au Pakistan (et du retrait des troupes en Afghanistan),du réarmement de l'Inde et je dois, bien sûr en oublier!
Vous avez raison, il n 'y a aucune urgence à réviser notre politique de défense... bonne nuit, dormez-bien sur vos 2 oreilles.
Réponse de le 12/05/2012 à 9:01 :
@ bijou.Merci pour votre contribution.Le Livre blanc a son pendant aux E.U avec le Q DR ( Quadriennal Defense Revue) que le Pentagone est tenu de fournir au Congrès américain tous les quatre ans depuis 1997.
Réponse de le 12/05/2012 à 9:31 :
@ chs.J'ai bien dormi." La réemergence de l'empire du Milieu,les performances économiques s'accompagnent d'une d'une montée en puissance militaire"(Joseph.S.Nye) est un fait.Pour autant celà nous autorise-il à affirmer que la Chine constitue une menace pour notre pays?.
Réponse de le 12/05/2012 à 13:38 :
Si vous pensez que, plus un pays est loin de notre territoire et moins la menace existe, c'est une opinion que je ne partage pas: les Talibans au Pakistan ou en Afghanistan ne seraient donc d'aucun danger? Si demain la Chine souhaite avoir une hégémonie maritime même très loin des cotes françaises, cela n'aurait bien entendu aucune répercussion internationale... et il existe d'autres objectifs économiques (nodules etc...) qui bien évidemment affaibliraient encore plus notre économie. Dans le cadre de la mondialisation les kms ne comptent plus!
a écrit le 11/05/2012 à 13:42 :
c'est normal que notre président n'ai pas tenu sa promesse de voyager en train dés le premier jour !vu la lenteur des tgv français!ils vont moins vite que nos vieilles michelines!j'ai pu le constater en prenant le tgv ouest paris pau !toute une journée dans le tgv en supportant plus de une heure de retard !pauvre france autant prendre le sarko.jet de nicolas aux frais des contribuables !la vie est belle !
Réponse de le 12/05/2012 à 12:11 :
Quelle réflexion constructive et intelligente !
a écrit le 11/05/2012 à 12:05 :
Des le 1er jour il n'a pas tenu sa promesse de voyager en train ..
a écrit le 11/05/2012 à 11:35 :
Mais bien sur , il faut reduire l'influence de Dassault! vous vous rendez compte ? une boite bien geree qui a toujours fait des benefices , qui délivre en temps et en heure et sans surcout (et dont ferait bien de s'inspirer l'ensemble du secteur aerospatial français , suivez mon regard...)
Mais qu'importe la bonne gestion, il est bien sur beaucoup plus important de regler des comptes politiques ...
Réponse de le 11/05/2012 à 15:54 :
le but d'hollande est de reprendre la main sur les contrats de défense que la droite gère depuis dix sept ans, rien de plus, et quel qu'en soit les conséquences. Cela fait trente ans que ça dure que notre industrie de défense s'éffondre, et ne survit qu'avec de l'argent public.
Réponse de le 11/05/2012 à 22:39 :
Bien sûr, s'offusquer qu"une Société fasse les meilleurs produits au niveau mondial (Rafale, Falcon ou chez Dassault-Systèmes Catia, N°+ 1 mondial), fasse travailler les meilleurs ingénieurs, et (quelle honte !) réalise des bénéfices (aurais-je dû écrire des profits?), c"est effectivement assister à un effondrement de cette industrie. Et vous avez doublement raison, l'argent public ne doit surtout pas s'investir dans ces technologies d'avenir et de suprématie (quelle horreur !) mais aller subventionner les associations carittives..
a écrit le 11/05/2012 à 11:15 :
Espérons que M. Hollande ne soit pas comme M. Sarkozy, à user de son poste pour régler de vieux comptes (en l'occurrence contre Dassault et Vigneron). Quand on est président, on oublie ses tourments passés de candidat et d'opposant, et on ne pense plus qu'à une chose : le bien collectif. Or, Vigneron ne fait pas du mauvais travail chez Thales, malgré les bâtons qui lui sont mis dans les roues par ses subalternes (notamment ceux qu'il a forcés à travailler). Quant à Dassault, son comportement serait critiquable, mais son entreprise est un fleuron qui nous permet d'être la dernière nation avec les USA et la Russie à maîtriser TOUTE la chaîne de valeur de l'aviation de chasse (R.-U., Italie et Chine en sont incapables, malgré les progrès de cette dernière). Que Hollande passe ses nerfs sur Mougeotte s'il a le temps, mais qu'il lâche la grappe à Vigneron et à Dassault Aviation.
a écrit le 11/05/2012 à 11:01 :
Vouloir mettre Dassault en dehors de Thales est une veritable Betise. Hollande dit: "Je veux une industrie de défense forte, cohérente et contrôlée. (...) Je n'entends donc déléguer à quiconque cette responsabilité de tracer l'avenir de ces grands groupes industriels de défense et certainement pas à des intérêts privés ou financiers à qui le gouvernement sortant s'est trop souvent plié."

Mais a ce que je sache, Dassault est un industriel! ce n'est pas une banque ou un hedge fund! De plus Thales est un fournisseur important de Dassault (25% de la valeur ajoutee du rafale). De plus la montee de Thales au capital de DCNS fait sens dans la mesure ou c'est une integration verticale, ce qui permet dans les contrats exports de n'avoir qu'un seul interlocuteur.

M. Hollande veut juste faire payer la famille Dassault qui est a droite. Et en faisant cela, c'est lui qui ne fait pas attention a la logique industrielle!
Réponse de le 11/05/2012 à 22:40 :
Bien vu...!
a écrit le 11/05/2012 à 10:45 :
Hollande est aux ordres des BILBERBERG qu'ils l'ont choisit pour l'alternance, il fera ce qu'on lui dictera, qu'il fasse en sorte de se servir de son c?ur plutôt que de sa tête, sinon il sera le futur Louis XVI.
a écrit le 11/05/2012 à 10:09 :
impayables socialistes, encore du bla bla bla et du vent. Pauvre armée, pauvre France qui seront désormais vraiment pauvres. Ils ont oublié la coopération militaire avec Monaco.
a écrit le 11/05/2012 à 9:48 :
@Michel Cabirol: " en interdisant au Rafale de ne pas apponter sur les porte-avions"
Bravo!!! Donc votre phrase dit qu'elle autorise l'appontage!
De plus elle n'interdit pas le Rafale car la GB ne veut PAS abandonner le principe de porte-aéronefs! DONC AUCUN avion standard y compris le F-18, ne peut se poser sur ce navire!
Réponse de le 11/05/2012 à 10:11 :
Bien vu. Merci pour la commentaire...
Réponse de le 11/05/2012 à 14:16 :
comment dire.... pour "le" commentaire (ndlr!), bien sûr.
Réponse de le 12/05/2012 à 15:37 :
Décidément...

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