Après une défaillance d'un moteur, Cathay Pacific cloue au sol sa flotte d'A350
Laurent Guena et Léo Barnier avec agences

Airbus a annoncé mi-avril son ambition de produire 12 modèles A350 par mois en 2028.
Ahmed Jadallah
Laurent Guena et Léo Barnier avec agences

Airbus a annoncé mi-avril son ambition de produire 12 modèles A350 par mois en 2028.
Ahmed Jadallah
[Article publié le mardi 3 septembre 2024 à 08h26 et mis à jour à 17h54] Une crise qui tombe mal, alors qu'Airbus retrouve un rythme soutenu de livraison d'avions. Cathay Pacific, compagnie hongkongaise, a indiqué lundi soir, dans un communiqué, procéder à l'inspection de l'ensemble de sa flotte de A350 (48 unités). Ce qui implique « qu'un certain nombre d'appareils seront hors service pendant plusieurs jours ». Cathay a annulé mardi 24 vols aller-retour, notamment vers Singapour, Bangkok, Tokyo, Taipei et Osaka. Elle a annoncé qu'elle en supprimerait 10 autres mercredi.
Cette décision a été prise après que vol de Cathay Pacific CX383 à destination de Zurich, et opéré avec un A350-1000, ait été contraint lundi de faire demi-tour après un incident en vol survenu peu après son décollage. Selon les enregistrements des échanges radio avec la tour de contrôle, consultés par La Tribune via le site spécialisé LiveATC.net, l'avion a subi un début d'incendie sur l'un de ses moteurs qui a pu être contenu. Après avoir effectué deux cercles au large de Hong Kong pour vider une partie de son carburant et s'alléger en vue de son atterrissage, il est revenu se poser après un peu plus d'une heure de vol.
La compagnie a indiqué avoir identifié une défaillance d'un composant du moteur Rolls-Royce Trent XWB, sans préciser de quel composant il s'agissait. « Ce composant est le premier de ce type à subir une telle défaillance sur un A350 dans le monde entier », a-t-elle déclaré. Selon de premières pistes, cela viendrait du circuit carburant, d'un flexible d'alimentation ou d'un injecteur d'après Reuters, mais cela n'a pas été confirmé pour l'instant par la compagnie, le motoriste ou l'avionneur.
Une inspection préventive de l'ensemble de la flotte a révélé qu'un certain nombre de composants du moteur devaient être remplacés, a précisé la compagnie hongkongaise. « Chaque avion fait l'objet d'une inspection rigoureuse », a déclaré Keith Brown, directeur de l'ingénierie de Cathay, selon le communiqué. « Une fois l'inspection terminée, les avions autorisés à opérer seront remis en service, tandis que ceux qui présentent des problèmes techniques feront l'objet de réparations et d'entretien supplémentaires. »
Dans une mise à jour de ses informations, Cathay précise avoir « identifié 15 appareils dont les composants de moteur affectés doivent être remplacés, dont trois d'entre eux ont déjà été réparés avec succès ». Il faudra encore quelques jours pour rétablir l'ensemble de la flotte, la compagnie prévoyant « que tous les appareils concernés reprendront leurs activités d'ici samedi 7 septembre ».
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Pour l'instant, Cathay Pacific n'a pas donné d'indication laissant à penser que le problème concernait spécifiquement l'A350-1000, dont elle exploite 18 exemplaires. Elle a d'ailleurs procédé de la même manière avec ses 30 A350-900. La répartition entre les deux modèles des 15 appareils concernés n'a pas été communiquée.
Le motoriste Rolls-Royce s'est montré pour le moment très laconique dans sa communication. Il s'est essentiellement contenté de déclarer qu'une enquête avait été ouverte par les autorités hongkongaises, « ce qui l'empêche de faire des commentaires » et d'assurer qu'il allait « travailler en étroite collaboration avec la compagnie aérienne, l'avionneur et les autorités compétentes pour soutenir leurs efforts ».
Le groupe britannique a tout de même confirmé que le moteur concerné est un Trent XWB-97. Le modèle même qui avait été mis en cause par le directeur général d'Emirates, Tim Clark, en novembre dernier. Il avait exprimé ses inquiétudes quant à la durabilité et la longévité de ce moteur spécifique à l'A350, 15% plus puissant que le XWB-84 qui équipe l'A350-900 avec des différences mécaniques non-négligeables.
Bousculé par ses déclarations Ewen McDonald, directeur des relations clients de Rolls-Royce, avait à l'époque répliqué auprès de La Tribune. « L'Airbus A350 et le Trent XWB de Rolls-Royce ont prouvé à maintes reprises qu'ils constituaient une combinaison gagnante », faisait-il valoir. Il en veut pour preuve la soixantaine de clients qui ont choisi cette solution, « qui a établi une référence dans l'industrie en termes d'efficacité et de fiabilité ».
« Rolls-Royce tiendra également les autres compagnies aériennes qui exploitent des moteurs Trent XWB-97 pleinement informées de tout développement pertinent, le cas échéant », a ajouté le groupe. Un porte-parole de Singapore Airlines a précisé à l'AFP que la compagnie était en train d'inspecter « par précaution » les moteurs Rolls-Royce, sans déceler actuellement d'anomalie sur ses Airbus A350.
Le titre de Rolls-Royce a baissé de 6,47% à Londres sur la séance de lundi, avant de repartir à la hausse mardi matin. Pour rappel, le groupe a déclaré cette année vouloir investir plus d'un milliard de livres sterling (1,3 milliard de dollars) pour améliorer sa gamme de moteurs d'avions commerciaux.
Analyste chez Endau Analytics, société de conseil basée à Singapour, Shukor Yusof a déclaré que cette affaire affecterait probablement les résultats financiers de Cathay.
« Il y a des problèmes logistiques chroniques impliquant la chaîne d'approvisionnement et la main-d'œuvre résultant de la crise du Covid et qui reviennent maintenant », a-t-il souligné.
De son côté, Airbus s'est calé sur la même stratégie que Rolls-Royce. « Nous travaillons en étroite collaboration avec Rolls-Royce et Cathay Pacific. À l'heure actuelle, il serait inapproprié pour nous de faire d'autres commentaires, dans l'attente de l'enquête en cours », a indiqué le constructeur. Il a également subit un recul en bourse hier, mais de moindre ampleur que le motoriste.
Cette inspection technique de Cathay Pacific est tout de même un caillou dans la chaussure d'Airbus, qui a annoncé mi-avril son ambition de produire 12 modèles A350 par mois en 2028, quand il prévoyait jusqu'ici d'en fabriquer 10 à l'horizon 2026. L'appareil, capable de transporter près de 400 passagers sur plus de 15.000 kilomètres, s'affirme de plus en plus comme un « best-seller » sur le long-courrier pour l'avionneur européen, avec 1.200 commandes depuis son entrée en service il y a dix ans. Et ce, dans un segment historiquement dominé par Boeing. Sur les trois premiers mois de l'année, l'A350 comptait pour 71 des 137 commandes reçues par l'avionneur.
Par ailleurs, Airbus a livré 77 appareils neufs à ses clients au mois de juillet, confirmant le net rebond enclenché le mois précédent, selon les données publiées début août par l'avionneur européen. Il en avait livré 67 en juin, en rebond après seulement 53 en mai, 61 en avril et 63 en mars. Le constructeur a livré 400 avions à 70 clients depuis le début de l'année, selon le bilan à fin juillet publié sur son site internet, dont une grosse majorité de monocouloirs (354).
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Néanmoins, le groupe a prévenu fin juin qu'il livrerait moins d'avions que prévu sur l'année 2024, en raison de difficultés persistantes de sa chaîne de fournisseurs. Alors qu'il tablait sur la livraison de 800 avions cette année, soit le volume de 2018 avant que la pandémie ne torpille le secteur aéronautique, il prévoit désormais de n'en livrer que 770. Au mois de juillet, Airbus a par ailleurs engrangé 59 commandes, portant le total à 367 commandes nettes depuis le début de l'année (386 commandes brutes moins 19 annulations).
(Avec agences)
Laurent Guena et Léo Barnier avec agences