Boeing prêt à s'allier avec Embraer pour contrer le couple Airbus-Bombardier

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(Crédits : Pascal Rossignol)
Moins de trois mois après l'annonce de l'alliance entre Airbus et le constructeur d'avions régionaux Bombardier, Boeing et l'avionneur brésilien Embraer, rival de Bombardier sur les avions régionaux, ont annoncé discuter sur « un éventuel rapprochement de leurs activités ».

C'est la réponse du berger à la bergère. Moins de trois mois après l'annonce de l'alliance entre Airbus et le constructeur d'avions régionaux Bombardier, Boeing et l'avionneur brésilien Embraer, rival de Bombardier sur les avions régionaux, ont annoncé discuter sur « un éventuel rapprochement de leurs activités ».

Après la confirmation de cette information dévoilée par le Wall Street Journal, le titre Embraer a terminé en hausse de 20% à la Bourse de Sao Paulo, tandis que l'action Boeing a terminé en baisse de près de 1%. Au cours de clôture de jeudi, la capitalisation du constructeur aéronautique brésilien représentait 4,5 milliards de dollars (3,8 milliards d'euros).

Droit de veto du gouvernement brésilien

Même si Embraer est entièrement privatisée depuis 2006, la position du gouvernement brésilien sera centrale dans ce dossier Quelle que soit son profil, cette alliance demandera le feu vert de Brasilia. Le gouvernement détient en effet une action privilégiée ("golden share"), qui lui donne un droit de veto sur les décisions stratégiques où sa souveraineté est en jeu, comme évidemment les changements capitalistiques ou les programmes militaires. Une porte-parole du ministère de la Défense a déclaré qu'il était prématuré pour le gouvernement de s'exprimer sur le sujet.

"Ils doivent encore consulter le gouvernement. Nous suivons le dossier de près, mais il n'y a rien de concret pour l'instant et toute déclaration à ce stade pourrait être imprudente et nuire aux discussions", a dit Adriana Fortes.

"Une alliance oui, une vente non", dit Brasilia

Selon Reuters, le gouvernement brésilien soutient une alliance avec le groupe américain dans l'aviation commerciale, mais s'opposera à toute tentative de prise de contrôle, bien qu'il ait lancé une nouvelle vague de privatisations pour renflouer les caisses.

« Embraer ne sera jamais vendu sous mon gouvernement », aurait déclaré le président brésilien Michel Temer lors d'une réunion avec le ministre de la défense et le responsable de l'armée de l'ai, selon le quotidien brésilien le Folha de S. Paulo. Boeing a déjà approché deux fois Embraer il y a plus de dix ans, mais a échoué en raison de l'opposition du gouvernement brésilien.

Embraer, dont la privatisation a commencé en 1994, est l'un des joyaux du pays avec une gamme d'avions civils, militaires mais aussi de jets d'affaires. Et le secteur aéronautique demeure un secteur hautement stratégique pour un pays.

Selon le Wall Street Journal, Boeing est prêt à prendre des mesures de protection de l'emploi et de la marque Embraer pour séduire le gouvernement brésilien, et à structurer un accord de telle sorte que la participation de l'Etat dans le pôle défense d'Embraer soit préservée.

Boeing et Embraer collaborent déjà dans la sécurité des pistes et les carburants alternatifs et Boeing s'est également engagé à appuyer le programme d'avion militaire KC-390 d'Embraer.

Un moyen de contre l'alliance Airbus-Bombardier

Les deux avionneurs seraient gagnants à nouer une alliance d'envergure. Ils pourraient ainsi rivaliser chacun avec leur concurrent direct, Airbus pour Boeing, Bombardier pour Embraer.. Boeing et Embraer sont tous deux menacés par la prise de participation majoritaire d'Airbus dans le programme C-Series (100 à 150 sièges) de Bombardier. Cette opération permettra à Airbus d'étendre sa gamme vers le bas et à Bombardier de profiter des forces commerciales d'Airbus. Boeing et Embraer pourraient ainsi faire des choses similaires. Face au C-Series, Embraer a lancé en 2013 la famille E-Jets E2, un programme de remotorisation de ses appareils, dont l'entrée en service est prévue à partir de 2018.

Les alliances en gestation depuis longtemps

Les alliances entre avionneurs sont en gestation depuis le début de la décennie. Début 2011, Louis Gallois, le président exécutif d'EADS (aujourd'hui Airbus Group) de l'époque, en était convaincu. Pour lui, avec l'arrivée Chinois, des Russes, de Bombardier et d'Embraer (qui en fait ne s'est pas risqué à défier Airbus et Boeing), le marché des avions moyen-courriers ne pouvait justifier autant d'acteurs au regard "des coûts de développement" de ces programmes ».

Pour lui, il n'y avait qu'une seule solution : "il faudra passer des partenariats ou des associations entre concurrents". Et d'ajouter : "tout d'abord il faut faire face à cette concurrence, notre A320 NEO en tient compte. Mais il nous faudra démontrer notre capacité à former des partenariats, et passer à une situation plus saine avec un nombre plus limité de concurrents". Demain, la concurrence sera aussi difficile en termes de partenariats que de produits".

Airbus préférait initialement Embraer

Avant de regarder le dossier Bombardier en 2015, Airbus lorgnait davantage Embraer. Quelques mois après les déclarations de Louis Gallois, Marwan Lahoud, l'ancien directeur général délégué d'EADS, en charge de la stratégie et de l'international avait expliqué qu'à l'époque, si Airbus avait lancé un nouveau moyen-courrier (aujourd'hui attendu à l'horizon 2030), le meilleur allié aurait été Embraer.

Pour rappel, les acteurs tricolores de l'aéronautique défense étaient très proches d'Embraer. A fin des années 1990, Dassault, Snecma, Thomson-CSF (Thales aujourd'hui) et Aerospatiale Matra (inclus dans EADS en 2000) avaient acquis 20 % de son capital. Une participation qui s'était diluée par la suite. En 2006/ 2007, Thales vendait ses 2,2% restants et quelques mois plus tard Dassault et EADS firent la même chose avec leur participation de 2,1% chacun.

Au final, ces alliances au sein des avionneurs s'inscrit dans un mouvement de consolidation plus large au sein de toute la filière aéronautique qui s'est matérialisé notamment par le rachat de Rockwell Collins par UTC ou par celui de Zodiac par Safran.

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Commentaires
a écrit le 11/01/2018 à 17:31 :
Il n'y a jamais de concurrence bipolaire. Trois est un minimum, sans compter les progrès incessants des Russes.
En géopolitique, et c'en est, Kissinger déclarait très justement: il nous faut toujous être a égale distance des Russes et des chinois. Ainsi, se rapprocher de l'un des deux nous est facile et nous permet de nous placer du côté le plus fort. De plus, si Embraer veut survivre, il ne peut pas se jeter dans les bras des américains tout entier
a écrit le 25/12/2017 à 10:48 :
Pas de panique, il nous faut attendre les resultats dè l'alliance Airbus / bombardier, mais ils faut bien comprendre que la politique de Mr Trump vas automatiquement fermer beaucoups d'opportunités d'exportation des produits Americain.... L'Europe dois donc gagnier des parts de marché ou cela est possible.... Sans que cela soit à notre détriment.... Nos objectifs premiers sont le Canada, l'Australie, la nouvelle Zélande et certain pays du golfe persique....
a écrit le 25/12/2017 à 0:15 :
Embraer a pris son envol grâce à Mitterrand et son désarmement des avions au salon international de l’aéronautique et de l'espace au Bourget le 10 juin 1981
a écrit le 22/12/2017 à 9:37 :
"Droit de veto du gouvernement brésilien"

Il n'y a aucune chance que le président brésilien s'y oppose, Temer est un oligarque libanais au réseau long comme le bras, qui est président d'un pays sans avoir été élu, qui casse en plus le droit des salariés pour plaire aux multinationales, ce rapprochement avec Boeing est une énorme opportunité de faire grossir son déjà gigantesque réseau mondial d'influence.

Ben oui c'est comme ça que l'on devrait nous livrer l'info vu que c'est comme cela que ça se passe.

"Au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/VIGNA/57836
Réponse de le 11/01/2018 à 17:34 :
C'est vrai: il y a des chances qu'il soit destitué avant.

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