"Si Boeing voulait remplacer le B737 MAX, que peut-il faire réellement ? " (Eric Schulz, ancien directeur commercial d'Airbus)

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(Crédits : Joshua Roberts)
Plus d'un an après avoir claqué la porte d'Airbus dix mois seulement après son arrivée comme directeur commercial après de longues années passées à la présidence de Rolls Royce Aerospace, Eric Schulz, désormais président de SHZ Consulting, sort de son silence. La Tribune l'a rencontré le mois dernier lors de l'APG World Connect. S'il refuse d'évoquer les raisons de son départ d'Airbus, Eric Schulz a accepté de livrer sa vision du marché et son analyse des enjeux de l'industrie aéronautique civile pour le futur. Entretien.

Schulz

La Tribune. Pourquoi avez-vous quitté Airbus?

Eric Schulz : Je ne souhaite pas répondre à cette question. Cela appartient au passé. Je préfère parler de l'avenir.

Quelles sont les tendances du marché aéronautique ?

La croissance du trafic aérien reste très soutenue, de l'ordre de 5% par an. Pour autant, on parle souvent d'un doublement du trafic aérien tous les quinze ans. Ce n'est pas tout à fait exact. Ce chiffre représente une moyenne. Le marché des gros-porteurs par exemple n'augmente que modérément, de 2,5% à 3,5% par an. Sa croissance est inférieure à celle observée pour les avions moyen-courriers car le transport aérien long-courrier est confronté à beaucoup plus de contraintes. Il y a notamment les droits de trafic entre pays et quand il y a une libéralisation des services aériens entre deux pays, l'accès aux aéroports est parfois limité par le manque de créneaux horaires de décollage et d'atterrissage. De l'autre côté de l'échelle, on voit que le marché des avions dits régionaux a été laminé ces dernières années par les low-cost qui ont opté pour de larges flottes d'avions moyen-courriers de type A320 ou B737 en raison de l'économie rapportée au siège de ces avions. Les tentatives de Bombardier et, à un degré moindre d'Embraer, d'attaquer le bas de la gamme moyen-courrier a non seulement échoué mais a débouché sur la prise du contrôle du C-Series de Bombardier par Airbus et le rachat de la division d'avions civils d'Embraer par Boeing. L'échec de ces stratégies a finalement conduit à une concentration renforçant de facto la domination des acteurs en place. Airbus domine largement Boeing sur ce secteur des avions moyen-courriers avec sa famille A320. Le B737 souffrait depuis plusieurs années et ce, bien avant son immobilisation en mars après les accidents de Lion Air et d'Ethiopian Airlines. Ce marché est en pleine expansion car les low-cost sont le moteur de la croissance mondiale et utilisent à large échelle ce type d'appareils monocouloirs. D'où les commandes massives de ces compagnies. Aujourd'hui, approximativement quatre livraisons d'avions commerciaux sur cinq sont des avions moyen-courriers. En revanche, Boeing possède toujours un avantage sur le monde du gros porteur. Les deux avionneurs ont donc tous deux leurs marchés privilégiés.

Selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), le trafic aérien devrait doubler d'ici à 2037 par rapport à 2018, pour atteindre 8,2 milliards de passagers. Le secteur pourra-t-il absorber cette croissance?

Le marché est dopé par la croissance des classes moyennes dans les pays émergents et plus particulièrement par les compagnies low-cost de ces pays-là. Je pense que le marché est en mesure de doubler sur les 15 prochaines années en termes de demande. Il existe néanmoins quelques risques. Le passé récent a semblé démontrer que le trafic aérien de passagers résistait plutôt bien aux risques géopolitiques, mais les effets d'une crise plus profonde n'est pas à exclure, en particulier si celle-ci devait apparaître dans l'une des régions qui dope la croissance, en Asie et en Chine par exemple. La question des infrastructures, notamment aéroportuaires, reste également en suspens.Enfin, la pression environnementale va de mon point de vue s'accentuer et peut perturber la croissance attendue. Aujourd'hui avec 2,4% des émissions de CO2, l'aviation est déjà pointée du doigt. Dans ce contexte, l'activité moyen-courrier qui, rappelons-le, est le moteur de croissance de l'aviation commerciale, sera sous pression. Elle le sera d'autant plus qu'à l'exception des motorisations très récentes des avions qui occupent ce marché (A320, B737), le design initial de ces derniers remonte à plusieurs décennies. En revanche, le marché long-courrier a vu arriver de nouveaux avions équipés de nouvelles technologies (B787, A350) extrêmement efficaces.

Il y a comme un paradoxe. L'essentiel de la demande porte sur des avions de la famille A320 et B737 dont le design est très ancien. Comment expliquez-vous que les efforts en termes d'innovations n'aient pas été portés sur les avions les plus demandés?

On parle souvent du duopole Airbus-Boeing...

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Commentaires
a écrit le 05/12/2019 à 9:56 :
Le service relecture est en grève ou quoi ?? Non mais c'est quoi toutes ces fautes dans cet article ?? Passez officiellement à l'écriture SMS, ça sera plus clair pour tout le monde !
a écrit le 04/12/2019 à 4:19 :
Et rien sur le MC-21 ? Un tout nouvel avion de la gamme A320 et B737 qui pourrait avoir ses chances de percer le marché.
a écrit le 03/12/2019 à 12:13 :
Interessant ce papier
Curieusement, ce sentiment diffus que les "stratégies de développement" dans cette activité industrielle sont en quelque sorte bloquées par le manque de visions sur les technologies du futur; limitées par un catalogue politiquement correct osant pousser jusqu'à l'hydrogène...
Il y a eu tellement de mises à l'ombre, de meutres, d'assassinats divers et variés de chercheurs ces dernières décennies qu'on a du mal à voir les pistes de futurs alternatifs
La base: pensez Tesla par exemple éculé...
faites des recherches sur Hutchinson, etc..
Commandez "chercheurs exclus savants maudits"
Amen
a écrit le 03/12/2019 à 6:07 :
Je suis surpris qu'aucun mot n'ait été prononcé sur l'impression 3D pendant cet interview.
C'est pourtant ce qui va, à mon avis, révolutionner le plus l'industrie aéronautique dans les prochaines années et ceci à tous les niveaux (équipementiers, motoristes, usineurs, fondeurs, forgerons,...)
a écrit le 02/12/2019 à 16:57 :
En ayant développé une version LR de son best seller A320, Airbus s'est assuré une production conséquente à l'horizon 2040, car le long courrier est moins menacé que le moyen courrier par la sensibilité Green montante du Gd Public sur le transport aérien. La raison à priori evidente est qu'il n'y a actuellement pas d'autres transports crédibles pour aller vite et loin, mise à part peut-être l'hyperloop de EM ds un avenir encore lointain pour parcourir les immenses plaines du middle west américain ou qui sait, les steppes sans fin d'Asie ctrale...
A moins que Boeing qui ne dispose pas de cet atout, décide de se relancer à marche forcée ds ce créneau.
Car, l'avenir du MAX pouvant être menacé à court terme, s'il veut survivre ds ce secteur, il est condamné à lancer sans tarder un nx modèle d'avion moyen long courrier concurrent de l'A321LR mais avec des innovations lui permettant de se positionner par des avantages eco le surclassant. Un peu le coup de maître du 777X face au A380, sauf que le A321 aura pris ds l'intervalle une bonne longueur d'avance en terme de livraisons, grâce à la ligne robotisée hambourgeoise qui monte en cadence.
Après, si son pari réussit, il pourra cpter sur une sensibilité green moins marquée du public américain ou asiatique que le public européen.
En résumé, Airbus bien parti pour acquérir le leadership, ne doit pas se reposer sur ses lauriers et réfléchir également à un remplaçant innovant de l'A320 tt en étant moins contraint.
Ainsi, le fameux duopole minimal est maintenu, capital pour voir émerger des innovations de rupture...
a écrit le 02/12/2019 à 14:56 :
En parlant d'Airbus :

Airbus a décidé de licencier les 16 employés soupçonnés d'espionnage sur des programmes militaires allemands. L'affaire avait incité l'Allemagne à ouvrir une enquête sur des soupçons d'espionnage industriel, ont rapporté dimanche des médias allemands. L'agence de presse nationale DPA a notamment déclaré que le géant européen de l'aviation avait juste confirmé les licenciements, sans donner plus de détail.
En septembre, des sources dans la compagnie avaient indiqué que les procureurs allemands enquêtaient sur des soupçons d'espionnage interne de la part d'employés d'Airbus sur deux projets d'armement avec les forces armées allemandes. "Certains de nos employés avaient des documents qu'ils n'auraient pas dû avoir ", avait déclaré l'une d'elle. Les employés travaillent au sein du Programme Line Communications, Intelligence and Security (CIS), basé à Munich, qui s'occupe de la cybersécurité et des activités connexes.
a écrit le 02/12/2019 à 14:43 :
Et pendant ce temps, la Terre brûle et les milliards de passagers qui voyagent en avion regardent ailleurs.
Réponse de le 02/12/2019 à 15:33 :
Comme ceux qui utilise leur véhicule personnel !
Réponse de le 02/12/2019 à 18:14 :
Comme ceux qui se déplacent autrement qu’à pied.
Comme ceux qui écrivent des commentaires comme si le numérique ne polluait pas
Etc...
Réponse de le 02/12/2019 à 19:57 :
...on voit sans doute mieux de là haut !
a écrit le 02/12/2019 à 11:49 :
Il faut espérer que Boeing se sortira du trou dans lequel cette entreprise est tombée. Sa disparition, sa concurrence, quoiqu'on en dise sur les problèmes graves de qualité décelés, assure un haut niveau de sécurité à la construction aérienne en général et mondial. Sans Boeing, il est à craindre de voir voler des avions dangereux de piètre qualité.
Réponse de le 02/12/2019 à 12:47 :
Des avions dangereux comme le 737max par exemple ?
Vivement la fin de Boeing

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