Embourbé dans la crise, Boeing lance une augmentation de capital de 19 milliards de dollars
Maxime Heuze et Léo Barnier
« Boeing a l'intention d'utiliser le produit net des offres à des fins générales de l'entreprise, ce qui peut inclure, entre autres, le remboursement de la dette, les ajouts au fonds de roulement, les dépenses d'investissement et le financement et les...
Benoit Tessier
Embourbé dans la crise, Boeing lance une augmentation de capital de 19 milliards de dollars
L'avionneur américain va émettre 90 millions de nouvelles actions afin de renflouer ses caisses et surmonter les multiples crises qu'il traverse.
[Article publié le 28 octobre à 13h08 et mis à jour à 15h38]
Aux abois financièrement, Boeing a annoncé ce lundi le lancement d'une augmentation de capital massive. Celle-ci pourrait atteindre 19 milliards de dollars, avec pour objectif notamment de rembourser sa dette, renforcer sa trésorerie et réaliser des investissements. L'avionneur précise dans un communiqué qu'il s'agit d'un« lancement d'offres publiques souscrites simultanées distinctes de 90.000.000 d'actions ordinaires, d'une valeur nominale de 5 dollars par action de la Société et 5 milliards de dollars d'actions de dépôt. »
« Boeing a l'intention d'utiliser le produit net des offres à des fins générales de l'entreprise, ce qui peut inclure, entre autres, le remboursement de la dette, les ajouts au fonds de roulement, les dépenses d'investissement et le financement et les investissements dans les filiales de la société », explique le géant américain.
Boeing a défini 5 dollars par action comme mise de départ, mais au vu du cours actuel de 155 dollars, l'opération est évaluée à 19 milliards de dollars. Cela va dépendre néanmoins de la réponse des investisseurs à l'offre du géant aéronautique, doté de plusieurs années de commandes devant lui, mais en grande difficulté. En milieu de matinée (heure de la côte Est), quelques heures après cette annonce, le titre perdait 2 % à la bourse de New York.
En cas de souscriptions plus importantes qu'attendues, Boeing a indiqué la possibilité de lancer une option de 30 jours pour permettre l'acquisition 13.500.000 actions supplémentaires, assorties de 750 millions de dollars d'actions de dépôt.
Boeing avait déjà annoncé mi-octobre une série de mesures à venir, dont l'émission de divers types d'obligations pouvant aller jusqu'à 25 milliards de dollars « afin de soutenir le bilan de la société sur une période de trois ans ». En parallèle, il a négocié de nouvelles lignes de crédits avec un consortium de quatre banques américaines Citibank, Bank of America, Goldman Sachs et JPMorgan pour un total de 10 milliards de dollars supplémentaires.
« Il s'agit de deux mesures prudentes visant à soutenir l'accès de la société aux liquidités [...] dans un environnement difficile », avait alors précisé Boeing à La Tribune.
Lourdes pertes et grève qui dure
Cette augmentation de capital de Boeing fait notamment suite à l'annonce d'une perte nette au troisième trimestre de 6,17 milliards de dollars, plombée par de lourdes charges de cinq milliards qu'il avait dévoilées le 12 octobre. Depuis le début de l'année, le déficit atteint les huit milliards de dollars.
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Selon un calcul de l'AFP, les pertes nettes de Boeing dépassent désormais les 31 milliards de dollars depuis début 2020. Sa plus importante perte trimestrielle, au quatrième trimestre 2020, a atteint 8,42 milliards.
En plus de ce très mauvais résultat, les salariés de Boeing dans la région américaine de Seattle ont de nouveau largement rejeté (à 64 %) mercredi le dernier projet d'accord social proposé par l'avionneur et reconduit la grève qui paralyse deux usines cruciales depuis mi-septembre. Dans sa dernière communication, le comité de négociation du syndicat IAM a déclaré « être en contact avec le ministère américain du travail pour tenter de revenir à la table des négociations », mais la résolution du conflit prendra encore du temps quoi qu'il arrive. Il faudra plusieurs jours pour fixer une date de reprise des discussions, puis négocier un nouvel accord et enfin le soumettre au vote des salariés.
Quelque 33.000 ouvriers autour de Seattle, dans le nord-ouest des Etats-Unis, où Boeing est né en juillet 1916, sont en grève depuis le 13 septembre dans les deux principales usines du groupe, produisant le 737 MAX (son avion le plus vendu), le 777, le 767 et plusieurs programmes militaires. Cette grève avait été votée à la suite du rejet d'un premier projet d'accord d'entreprise présenté le 8 septembre et jugé insuffisant.
Rumeur de vente de ses activités spatiales
Face à tous ces problèmes, « ma mission est assez claire. Remettre ce grand navire dans la bonne direction et rétablir Boeing dans sa position de leader que nous connaissons et que nous souhaitons », a commenté mercredi Kelly Ortberg, son directeur général depuis début août. « C'est un grand changement, cela va prendre du temps », a-t-il commenté à l'occasion des résultats trimestriels.
En plus de l'augmentation de capital, Boeing envisagerait aussi la cession de ses activités spatiales pour recentrer le groupe et renforcer sa situation financière, selon un article du Wall Street Journal paru vendredi.
Selon le quotidien financier, cette piste a été évoquée par la nouvelle direction, incarnée par le patron Kelly Ortberg, qui a pris les commandes en août. Le directeur général a laissé entendre, mercredi, lors de la présentation des résultats du groupe, qu'il était favorable à une cure d'amincissement pour Boeing. Le spatial n'est qu'une composante de la division Défense, espace et sécurité au sein de Boeing, qui ne communique pas de chiffres sur cette seule activité. Sollicité par l'AFP, l'avionneur a indiqué ne pas « (commenter) les rumeurs de marché ou les spéculations ».