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Emmanuel Macron : quelle va être son ambition pour la France dans le spatial militaire et civil

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 13 juillet 2019 à 10:10 - Mis à jour le 13 juillet 2019 à 21:09

La France va-t-elle passer d'une doctrine défensive à une doctrine offensive ? Emmanuel Macron va l'annoncer samedi soir.

La France va-t-elle passer d'une doctrine défensive à une doctrine offensive ? Emmanuel Macron va l'annoncer samedi soir.

© NASA NASA / Reuters

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Emmanuel Macron va définir ce samedi une nouvelle stratégie spatiale de défense. Elle doit également s'accompagner d'une ambition dans le domaine civil sans quoi rien n'est vraiment possible.

Un an après avoir annoncé que la France devait se doter d'une nouvelle stratégie spatiale de défense, Emmanuel Macron va enfin fixer le cap dans un discours qu'il va prononcer samedi soir dans les jardins de l'Hôtel de Brienne à la veille de la fête nationale. Un discours dans lequel le volet spatial militaire sera largement évoqué par le Chef de l'Etat, confirme-t-on à La Tribune. Pour autant, ce volet reste intimement lié à l'espace civil, les synergies étant très nombreuses. Sans le civil, le militaire est bancal dans le domaine spatial.

La France a donc besoin d'une politique spatiale ambitieuse sur les deux volets d'autant qu'une conférence ministérielle de l'Agence spatiale européenne (ESA) prévue en novembre prochain en Espagne doit fixer l'ambition des Européens dans le spatial. A Emmanuel Macron de s'en emparer. Car c'est un véritable enjeu de puissance pour l'Europe, en général, et pour la France, en particulier, qui a toujours été le pays leader en Europe. Une ambition qui doit passer par une programmation budgétaire ambitieuse mais le doute est permis...

"Nous avons quelque part une exigence de mettre la France en situation de leader dans la filière lanceur et d'assumer un leadership de fait. Pas parce que nous avons une part industrielle plus importante mais parce que l'autonomie de l'accès à l'espace de l'Europe risque de disparaître", explique-t-on de source proche du dossier.

Une stratégie spatiale offensive?

Très concrètement, le Chef de l'Etat devrait annoncer sauf revirement de dernière minute un changement de doctrine de la France dans le spatial et passer donc d'une doctrine défensive à une doctrine offensive, à l'image de ce qu'elle a déjà fait dans le cyberespace. En outre, secret de Polichinelle, le commandement interarmées de l'espace (CIE) devrait passer sous le contrôle de l'armée de l'air. Le chef d'état-major de l'armée de l'air pourrait rajouter à son titre l'espace. Cette décision va entraîner la création d'une nouvelle entité pour traiter les questions spatiales. Enfin, il est possible que le président demande le renforcement des personnels dédiés aux activités de défense spatiale (290 actuellement).

Emmanuel Macron va principalement s'appuyer sur les travaux du ministère réalisés fin 2018. Ils ont notamment permis d'identifier les menaces et comment y répondre en terme capacitaire aussi bien sur les segments sol et spatial mais aussi sur les liaisons de données entre le sol et l'espace, et dans la partie logicielle. Ces segments peuvent faire l'objet de menaces plus ou moins graves, qui va de l'espionnage au déni de services en passant par la neutralisation du satellite. Ainsi, le ministère a mis des priorités sur les menaces, à la fois les plus graves et les plus probables.

Vers un bricolage astucieux

A la suite du discours d'Emmanuel Macron, la ministre des Armées Florence Parly devrait ensuite décliner dans les prochaines semaines les orientations stratégiques qui ont été fixées par le président. A court et moyen termes dans le cadre de l'actuelle loi de programmation militaire (LPM), qui court entre 2019-2025, les marges de manœuvre budgétaire restent faibles. Comment faire mieux avec peu d'argent en caisse. Car la LPM est déjà pleine à craquer et rajouter de nouveaux programmes obligerait la ministre à reporter ou annuler d'autres projets. Ce qui entraînerait alors des tensions entre les armées elles-mêmes (Terre, Air et Mer) d'un côté et entre les industriels de la filière défense d'un autre côté. Pour limiter de trop bouger les lignes, l'Hôtel de Brienne devrait donc principalement jouer sur des programme d'études amont (PEA) de façon à faire financer des nouveaux programmes dans la prochaine LPM et s'appuyer sur des programmes peu onéreux mais astucieux.

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"On peut faire pas mal de choses avec des moyens modestes, confirmele député du Haut-Rhin Olivier Becht (AGIR), co-auteur avec Stéphane Trompille (LREM) d'un rapport sur le secteur spatial de défense. On peut faire preuve d'ingéniosité d'autant plus qu'avec 3 milliards d'euros supplémentaires pour l'espace, soit 1% des crédits de l'actuelle LPM (300 milliards, ndlr), on peut avoir une belle ambition dans le domaine de l'espace, là où il y aura de prochains conflits".

Parmi ces programmes nouveaux peu onéreux, on peut citer le ballon stratosphérique Stratobus de Thales (entre 100 et 150 millions d'euros pour le développement) - "un vrai 'game changer' tant pour l'observation de la terre ou les communications que l'utilisation militaire", estime un ancien patron de l'armée de l'air -, la constellation Kineis (Hemeria ex-Nexeya, CLS, Thales), qui dispose d'un volet défense (suivi des matériels entre autre), ou encore, le projet Hirondelles (CS, Sodern, Hemeria). Le projet Hirondelles permettrait de cataloguer 84% des satellites en orbite basse en trois ans (50% en trois mois), selon les simulations réalisées par les industriels concernés au profit du CIE. Comment ? En lançant quatre nanosatellites Angels de type Kineis, qui vont croiser à quelques dizaines de km la plupart des satellites en orbite basse.

Des capacités à moderniser

D'autres programmes devront être modernisés comme le système Graves (ONERA), un programme de surveillance de l'espace. Comparé à d'autres programmes d'armement, il est très peu coûteux au regard de son intérêt opérationnel. Graves a été développé pour une trentaine de millions d'euros et son coût de possession complet (maintenance et personnels compris), n'aura pas dépassé 300 millions d'euros en vingt ans, soit 15 millions d'euros par an. En outre, une part des coûts a pu être prise en charge par les Européens. Le coût total d'un nouveau démonstrateur s'élèverait à 50 millions d'euros environ. Compte tenu de la modicité des coûts d'un tel programme, il serait envisageable de compléter le système installé en métropole par un module unique installé en Guyane, afin d'acquérir des données sur les satellites ayant une faible inclinaison sur l'Équateur. D'autant que ce nouveau démonstrateur pourrait faire de l'observation optronique des satellites géostationnaires sur les orbites intermédiaires (GPS, Galileo, Glonass, BeiDou). Au total, une architecture redondante pourrait coûter de l'ordre de 1 milliard d'euros, un montant qui pourrait être étalé sur plusieurs années..

Les capacités utilisées pour la surveillance des orbites géostationnaires qui reposent sur les télescopes TAROT du CNRS situés au Chili, dans le sud de la métropole et à La Réunion, pourraient être complétées par de nouvelles capacités. Un télescope de suivi d'objets spatiaux en orbite géostationnaire ne coûte pas plus de 300.000 euros. Ce qui ne pas bouleverser les équilibres financiers de l'actuelle LPM. Ces capacités pourraient être complétées par les services de Geotracker mis en place par ArianeGroup, qui a démasqué le célèbre satellite espion russe Luch-Olymp. Geotracker s'appuie sur un réseau de six télescopes à travers le monde (trois en Europe, un en Australie et un au Chili), dont ceux de TAROT. Enfin, Airbus Defence & Space tout comme Thales Alenia Space ont également formulé des propositions consistant à observer les orbites géostationnaires depuis l'espace lui-même.

Quid d'un véhicule spatial manœuvrant tel que le Space Start (Thales Alenia Space), le Space Tug (Airbus Defence & Space) ou le Space Rider (Thales Alenia Space et Dassault) capable de s'approcher d'un satellite ? Ce type de véhicules spatiaux intéresse d'ailleurs fortement Dassault Aviation. "Cela peut nous intéresser, nous les avionneurs de combat, Dassault en particulier, de regarder de tels projets, et de pousser un petit peu plus la frontière. Ce n'est pas un rêve, c'est une réalité qu'on est en train d'étudier", avait expliqué mi-juin le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier au Paris Air Forum, organisé par La Tribune. Mais le coût de développement d'un tel projet risque d'être rédhibitoire pour l'actuelle LPM. Un tel programme pourrait en revanche être financé par l'Union européenne.

Une ambition à démontrer aussi dans le civil

A quelques mois de la conférence ministérielle de l'ESA, la France doit rapidement construire sa stratégie spatiale pour les trois prochaines années (2020/2022). On en est loin, très loin malheureusement. Sur les trois scénarios financiers actuellement en débat (3,1 milliards d'euros de nouveaux engagements, ou 2,8 milliards ou, enfin, 2,1 milliards, selon des sources concordantes), Bercy veut lâcher le moins de crédits possibles. Soit 2,1 milliards d'euros. Ce qui correspond à l'actuelle trajectoire financière. La ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, en charge de l'espace a récemment expliqué au ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin que la France devait avoir plus d'ambitions en matière spatiale. Les discussions se poursuivent. A Emmanuel Macron d'arbitrer.

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Car avec 2,1 milliards d'euros, le compte n'y est vraiment pas."Avec ce montant de crédits, nous allons nous partager seulement 100 millions d'euros d'argent frais pour lancer de nouveaux programmes, notamment de R&D, explique un industriel. Il manque 1 milliard d'euros sur la période". En flux annuel sur la période 2020/2022, ce montant représente un peu plus de 300 millions d'euros à se partager à parts égales entre la filière lanceur et celle des satellites. Le reste financera tous les programmes déjà lancés et 300 millions d'euros serviront en 2020 à résorber la dette du CNES à l'ESA. Avec 3,1 milliards de nouveaux engagements, la filière spatiale française s'en sort mais en devant toutefois faire des priorités. Avec 2,8 milliards, les équipementiers risquent de souffrir au contraire des maîtres d'oeuvre. En conséquence, se joue ni plus, ni moins la future place de la France dans l'Europe spatiale.

Michel Cabirol

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