Europe, Europe, Europe... Le ministère des Armées mise beaucoup sur l'Europe pour exporter les armements des industriels français. "Au cœur de la politique d'exportation que je mène depuis trois ans, il y a un choix résolu et engagé : celui de renforcer nos partenariats européens", explique la ministre des Armées Florence dans le rapport au Parlement sur les exportations d'armement de la France. Depuis deux ans, les chiffres des exportations d'armement françaises vers les pays européens lui donnent raison. Elle sont en très nette progression : 2,29 milliards d'euros en 2018, puis 3,47 milliards en 2019. Soit une part de 45% du total des exportations françaises de l'année dernière et de 25% en 2018. Une montée en puissance significative par rapport à un passé encore récent : 512,9 millions en 2017 et 486,2 millions en 2016.
"Ces résultats sont inédits, et ils ne sont pas le fruit du hasard", martèle Florence Parly. Elle a raison. En matière d'exportation, ce n'est jamais le fruit du hasard. Six
clés participent en général aux succès de la France à l'exportation : des responsables politiques
efficaces et surtout cohérents vis-à-vis des pays clients
,
la légitimité de la France
à signer des partenariats stratégiques, un
contexte géopolitique favorable aux ve
ntes d'armes,
une offre française opérationnelle
de
qualité ("combat proven"), la
capacité des industriels
tricolores à gérer les
transferts de technologies, et, enfin, un critère indéfinissable, le "fit" qui passe entre les négociateurs (relations humaines et personnelles).
Les ventes d'armements tricolores vers l'Europe sont-elles vraiment structurelles ou simplement conjoncturelles grâce au fameux alignement des astres ? Au ministère, on veut croire que cette tendance est "structurelle". "On est bien déterminé à ce que cela le soit, fait-on valoir à l'Hôtel de Brienne. Nous sommes dans une logique de cercle vertueux, qui appelle d'autres partenariats". Il est vrai que la période correspond à un rééquipement des pays européens, qui comblent certaines de leurs lacunes capacitaires avec beaucoup de retard. Trois pays européens, la Belgique (contrat chasseurs de mines marines pour 1,8 milliard d'euros), la Hongrie (contrat hélicoptères pour 631,4 millions, dont curieusement les H145M fabriqués en Allemagne) et l'Espagne (deux satellites de communications pour 434,6 millions) figurent ainsi parmi les cinq principaux clients de la France en 2019.