MTU, le motoriste allemand qui dit "nein" à Berlin et Paris

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Paris et Berlin ont convenu de poursuivre le programme SCAF sans attendre un accord entre les deux motoristes.
Paris et Berlin ont convenu de poursuivre le programme SCAF sans attendre un accord entre les deux motoristes. (Crédits : Airbus)
Le motoriste allemand MTU n'a pas encore accepté l'organisation industrielle sur la motorisation du futur avion de combat franco-allemand (NGF) en dépit d'un accord à très haut niveau.

Le motoriste allemand MTU continue bel et bien de jouer les trouble-fêtes sur le programme SCAF (Système de combat aérien du futur), et plus précisément sur l'organisation industrielle concernant la motorisation du NGF (Next Generation Fighter). La direction générale de l'armement (DGA), qui est l'entité responsable du programme SCAF, veut que "les responsabilités soient clairement affichées, contrairement à ce qui avait été fait pour le moteur de l'Airbus A400M", sur lequel MTU avait en charge le système informatique de régulation et de surveillance des moteurs (Fadec). Un système qui a été très longtemps défaillant et qui a même provoqué le crash d'un A400M.

"Nous tenons à avoir un responsable par poste et MTU refuse que Safran joue ce rôle en matière de moteur", avait pourtant expliqué clairement début octobre le Délégué général pour l'armement, Joël Barre lors de son audition au Sénat. Soit deux semaines avant le conseil ministériel franco-allemand (16 octobre à Toulouse), qui n'a pas complètement réglé le dossier du moteur.

"Ce refus nous semble inacceptable en raison de la nécessité de l'équilibre entre les postes. Or, il n'y a pas photo entre Safran et MTU", avait alors précisé Joël Barre, très ferme sur ce principe. Car les industriels allemands, et plus précisément Airbus, ont obtenu le leadership de trois des cinq piliers du programme SCAF. L'Allemagne n'est pas lésée du tout. Bien au contraire. "Pourtant, MTU refuse et a obtenu le soutien du Bundestag et donc de l'administration", avait souligné le DGA. Le président du conseil de surveillance de MTU, Klaus Eberhardt, ancien patron de Rheinmettal, a joué un jeu trouble. Il a trouvé les bons relais auprès de quatre parlementaires virulents à l'image de Henning Otte (CDU) et de Fritz Felgentreu (SPD) associés avec Eckhardt Rehberg (UC) et Johannes Kahrs (SPD) pour influencer la commission du budget du Bundestag.

Le dossier en partie réglé le 16 octobre

Les rencontres à très haut niveau entre les responsables politiques franco-allemands - le 9 octobre à Berlin entre les deux ministres de la Défense allemand et des Armées français, puis le 16 octobre - ont permis de régler une partie du dossier. Avant ces rencontres décisives, la DGA avait proposé "une solution qui permettrait de sauver la face en faisant remonter MTU sur l'ensemble du contrat. Toutefois, l'Allemagne m'a indiqué que MTU n'en voulait pas". Et de conclure que "si nous ne parvenons pas à débloquer cette situation, cela devra se régler au niveau politique". Ce qui a été fait mais en partie seulement.

Les deux pays doivent encore régler d'ici à un mois les "frictions" entre les motoristes Safran et MTU, la notification du contrat étant attendu en janvier 2020. Mais si cela n'était pas possible, Paris et Berlin ont convenu de poursuivre le programme SCAF sans attendre un accord entre les deux motoristes. Actuellement, le dialogue se poursuit pour faire admettre à MTU les décisions obtenues à très haut niveau sur l'organisation, qui donne logiquement une gouvernance forte à Safran. MTU, soutenu par le Bundestag, va-t-il encore s'opposer à ce que Berlin et Paris souhaitent ? C'est là toute la question...

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a écrit le 29/10/2019 à 15:49 :
Pour la prochaine generation,on ne se posera plus la question,le moteur sera Chinois .Ils vont apprendre vite ,meme si actuellement ils utilisent pour leur Comac C 919 un moteur Safran/G E.....
a écrit le 25/10/2019 à 16:17 :
la solution ? Safran rachète MTU et c'est réglé !!
a écrit le 25/10/2019 à 14:06 :
La France doit mettre en oeuvre "propulsion a champ" (field propulsion) donc, ExB et MHD et non pas continuer a bruler CHn dans un moteur a vapeur. Demandez a moi comment le faire.
a écrit le 25/10/2019 à 6:25 :
Par ce que le Silvercrest a été un success bien-sûr..
a écrit le 25/10/2019 à 1:42 :
Mais qu’est-ce qui ne va pas? La France Allemagne nous joue encore l’un des tours dont elle a le secret? MTU, on a déjà goûté, avec les turbopropulseurs de l’A400M. Il y a une prime aux loosers ou quoi. C’est pas possible ça! On a vu les allemands jouer 100 fois les gros bras avec leurs automobiles, pour finalement convenir que l’ensemble était pipé lors du scandale de pollution.
Je ne dit pas qu’ils ne font pas de belles voitures, mais bon, ils ne sont pas non plus ce qu’ils prétendent être. L’Allemagne, c’est un canard sans tête.
Va-t-on enfin entrer dans une relation d’égale à égal avec les Allemands, respectant leurs forces, mais avec un regard sans concessions sur leur faiblesses? Faiblesse décisionnelle, faiblesse dans l’ingénierie, faiblesse politique? On en peut plus de ces postures fausses qui ne nous font que perdre du temps, de l’intelligence et de l’argent, simplement parce qu’on ne dit pas qu’un chat est un chat. Parlons franchement. Ça ne peut plus durer ainsi. Si MTU n’est pas d’accord, alors chacun son moteur. On verra bien qui rira à la fin.
a écrit le 24/10/2019 à 10:40 :
encore une fois, on va se faire bouffer par les allemands. Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi reste négociable
a écrit le 24/10/2019 à 10:38 :
Les "english" ? Humm : Là où ils y sont, il y a la pagaille, eg : le Brexit, Airbus lors de sa création .... Même si Rolls Royce est un géant, Puis il faut craindre le "siphonnage" des americains ! !
a écrit le 24/10/2019 à 9:54 :
tout le monde sait que sur le militaire c'est avec les anglais qu'il faut travailler et pas avec les allemands
a écrit le 24/10/2019 à 8:11 :
Safran : 21 Milliards € de CA, MTU : 5,5 Milliard € de CA...
Circulez, y'a rien a voir !
Réponse de le 24/10/2019 à 8:47 :
le Probleme n est pas les CA mais les competances. Sinon Carrefour pourrait revendiquer le leadership car le CA de carrefour est nettement superieur a celui de safran ;-)
Réponse de le 24/10/2019 à 10:25 :
cd, votre rq est hors sujet !
On sait ts tres bien que Safran n'est pas un distributeur de camelotte sur étagère.
Avec un tel CA, Safran est le 2nd fournisseur mondial aeronautique après UT je crois et un fournisseur de rg1 ds les propulseurs notamment.
Dc face à MTU " circulez y'a rien à voir !"
Réponse de le 24/10/2019 à 11:10 :
Réponse @cd :
Safran n'a pas de " compentance " en fromages mais des " compétences " en aéronautique ....
a écrit le 24/10/2019 à 5:41 :
Les allemands veulent comme toujours la part du lion. Complex de supériorité chronique. Gens peu intéressant pour des projets de cet ordre.
a écrit le 24/10/2019 à 4:05 :
Pas pret de voler l'avion europeen.
Quel foutoir cette Europe.
a écrit le 23/10/2019 à 21:16 :
Un plan B possible : Si MTU persiste et signe malgré l'accord initial entre les 2 gouvernements et entre les 2 motoristes, que Safran qui en a la carrure démarre seul la définition du système propulseur financée eventuellement par une rallonge budgétaire du gouv et propose par le biais d'Airbus une coopération avec Avio qui est son ss traitant moteur pour l'Eurofighter.
Réponse de le 24/10/2019 à 16:20 :
Je pense que ce n'est pas la peine de penser à Avio qui travaillera sur le Tempest avec Rolls Royce tout comme Leonardo avec BAE.
A la rigueur on peut voir pour donner un peu des parts de MTU à ITP qui représentera surement l'Espagne de ce côté là.
Histoire de calmé les allemands et éloigné les espagnols de ceux-ci.
Sinon autant laisser faire Safran qui gérera mieux la chose et ça coûtera moins chère au final vus qu'il n'y aura pas d'intermédiaire ou moins à gérer et que Safran aura une vue général sur le projet vus qu'elle le gérera de A à Z et qu'elle n'aura pas à réparer les bêtises de son voisin qui se croit un peu trop percher.
a écrit le 23/10/2019 à 20:10 :
MTU sait concevoir et fabriquer d'excellent moteurs diésel industriels, mais il n'a aucune légitimité en tant que motoriste aéronautique. Certes, il a déjà travaillé en collaboration avec Safran et Rolls Royce notamment, MTU fabrique des pièces, des modules et même des sous-ensembles importants de moteurs d'avion ou d'hélicoptères civils et même militaires (L'Eurojet EJ200 de l'Eurofighter, le MTR390 du Tigre, le TP400 de l'A400M entre autres), mais il n'a jamais conçu et fabriqué de moteur aéronautique de A à Z, que ce soit dans le domaine aéronautique ou militaire. Safran, si (M53, M88 entre autres). Or concevoir un moteur moderne complet, c'est tout autre chose en termes de complexité. Et dans le domaine des systèmes de régulation de turbomoteurs (les FADEC des TP400 et MTR390E notamment), on ne peut pas dire que les prestations de MTU aient été ébouriffantes (et je reste poli). Bref, MTU fait la diva et nous joue le coup de la grenouille qui veut se faire l'égale d'un boeuf: fort bien, Safran peut très bien développer le moteur du SCAF sans lui.
a écrit le 23/10/2019 à 19:52 :
Les allemands ne changeront jamais. Complexe de supériorité et de dominance. Gens à absolument éviter.
a écrit le 23/10/2019 à 19:16 :
comme disait un certain coluche:ils n'ont pas besoin de nous ,qu'ils se rassurent on a pas besoin d'eux.
a écrit le 23/10/2019 à 18:58 :
A t on un plan B ?

Les Allemand prendront tout, nous bloquera pour toutes les exportations.

Quant à leur expérience aéronautique récente, ce sont des câbles trop courts A380, une installation soft de moteurs Tp400 qui s est trouvée être catastrophique en Espagne, une définition de drone européen à deux moteurs donc avec deux fois plus de maintenance et trop lourd (pourquoi ce poids???).

Enfin une expérience Opex trop légère.

Ils nous apportent quoi, les Allemands ?

Ne peut on pas faire un avion avec les Indiens ?
a écrit le 23/10/2019 à 17:43 :
MTu devrait revoir ses exigeances, car les casseroles qu'il traine sont nombreuses:
-Fadec défecteux de l'EJ200 équipant tous les Typhoon
-Fadec défectueux de l'A400M ayant causé un crash
-compresseur BP largement défecteux du PW1500G équipant les A320Neo et A220
a écrit le 23/10/2019 à 17:09 :
C'est la faute aux français. Qu'est ce que nous avons à aller systématiquement vouloir la coopération des allemands et fusionner notre industrie avec la leur !?

Avons nous eu besoin d'eux jusqu'à présent pour les hélicoptères? Les Rafales, les Mirages 2000, les portes avions, les chars, les satellites, les bateaux?
Réponse de le 24/10/2019 à 23:51 :
C'est vrai. Mais tt ça finit par couter très cher.
Dc, si on peut partager en fonction des compétences de chacun c'est mieux.
Et puis ds les marchés export, on n'arrête pas de se tirer ds les pattes.
Eurofighter, Rafale, Grippen... et c'est le F35 qui rafle la mise...c'est lassant et on perd "un pognon de dingue !!"
a écrit le 23/10/2019 à 16:50 :
Que MTU aille d'abord se laver les mains pleines de sang suite au crash de l'A400 ( et aux retards à répétition ) avant de la ramener, ils arrivent pas à la cheville de SAFRAN dans ce domaine....
Réponse de le 23/10/2019 à 20:08 :
Ils n'ont surtout jamais fait de moteur seul et n'ont rien à proposé sur ce point là.
Du coup il n'y a aucune raison de leur laissé plus de parts sur le programme ou le moteur étant donné que la base est reprise du M-88 qui est conçu par Safran et leur historique sur l'A400M ne joue pas en leurs faveurs.
Les laisser faire c'est risqué des augmentations de coûts,augmenter le risque de donner faire naître un concurrent ou de donner du savoir faire à MTU ce qui n'est pas acceptable en l'occurence.
Bizarrement on ne les as pas entendus râler sur l'Eurojet EJ200 sur lequel ils ont du travailler avec 3 autres partenaires dont Rolls Royce qui était le maître d'oeuvre.
a écrit le 23/10/2019 à 16:11 :
Cet avion va être une poubelle volante comme le JSF...

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