Clairement, Philippe Baptiste dit très souvent tout haut ce que pense tout bas la plupart des grands responsables du spatial. Devenu ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, il n'a pas du tout changé de fusil d'épaule, à l'image de son interview accordée début mars à La Tribune. Auditionné la semaine dernière au Sénat, il n'a pas fait non plus dans la langue de bois en expliquant cruellement que l'Europe ne jouait pas dans le même championnat sur le plan financier que les Etats-Unis dans le domaine spatial.
« Nous sommes en position de décrochage avancé sur la question du spatial sur le plan budgétaire. On peut se le dire comme on veut(...),mais, pardon, 15 milliards ou 16 milliards - cela dépend comment on compte au niveau européen - par rapport à 70 milliards(dépensés par les Etats-Unis, ndlr),on ne fait pas le poids », a-t-il lancé aux sénateurs de la commission des affaires économiques, agréablement surpris de cette liberté de ton d'un ministre.
En dépit des efforts financiers supplémentaires de l'Europe et de la France - à condition que les budgets ne soient pas découpés à la hache dans un contexte d'économies -, le compte n'y est pas. Lors de la conférence ministérielle de l'Agence spatiale européenne (ESA) en novembre 2022, les pays membres de l'ESA ont voté un budget de près de 17 milliards d'euros pour trois exercices (2023-2025), en hausse de 17% par rapport à la période précédente.