L'espace, un enjeu stratégique et vital pour la compétitivité de l'Union européenne

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La souveraineté de l'espace n'est pas une commodité. L'Europe doit se positionner dans ce jeu stratégique, a affirmé le commandant interarmées de l'espace à l'État-Major des armées, le général Jean-Pascal Breton.
"La souveraineté de l'espace n'est pas une commodité. L'Europe doit se positionner dans ce jeu stratégique", a affirmé le commandant interarmées de l'espace à l'État-Major des armées, le général Jean-Pascal Breton. (Crédits : © STR New / Reuters)
L'espace est le nouveau champ de bataille de l'Union européenne. Un enjeu stratégique sur lequel tous les grands pays ont des ambitions de souveraineté derrière lesquelles se cache aussi une compétition commerciale agressive. L'Europe doit rester dans ce jeu si elle veut conserver sa compétitivité.

Derrière la révolution de la Commission européenne dans le domaine de la politique spatiale, se cache surtout la détermination d'une femme, celle de la commissaire en charge du Marché intérieur et de l'Industrie, Elzbieta Bienkowska. Sans elle et son équipe resserrée, la Commission ne serait encore qu'une simple entité finançant des programmes sans aucune stratégie globale. Mais aujourd'hui, l'Union européenne est clairement devenue un acteur incontournable de l'Europe spatiale, et a fourni une feuille de route aux agences spatiales et aux industriels du secteur.

Le directeur de cabinet d'Elzbieta Bienkowska, Tomasz Husak, a d'ailleurs insisté sur les forces de l'Europe, en faisant observer à l'occasion du Paris Air Forum organisé le 21 juin par La Tribune, que les programmes européens "sont reconnus dans le monde entier". Et de préciser que "l'Australie et la Nouvelle Zélande viennent de demander à bénéficier de Galileo et Copernicus".

Une guerre commerciale entre les Etats-Unis, la Chine et l'Europe

Et face aux querelles incessantes qui règnent dans le spatial européen et français, Tomasz Husak, qui a rappelé la satisfaction de la Commission sur sa coopération avec le CNES et les industriels, a estimé que "vu les enjeux stratégiques, nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir des divisions". A bon entendeur... D'autant que les Etats-Unis et la Chine, au-delà des questions de souveraineté, participent à une véritable guerre commerciale en développant leurs capacités spatiales (lanceurs, applications...). L'Union européenne en a bien pris conscience en pariant fortement sur le spatial, avec un budget en hausse constante : 5 milliards d'euros en 2007, puis 13 milliards en 2018 et enfin 16 milliards en 2027.

"La Commission Européenne propose un programme spatial doté de 16 milliards d'euros pour stimuler le leadership de l'Union européenne après 2020", s'est réjoui le président du CNES, Jean-Yves Le Gall.

Ces budgets européens sont loin d'être négligeables même si la comparaison reste toujours à l'avantage des Etats-Unis : 16 milliards de dollars du budget pour la NASA plus la part accordée au spatial dans le budget militaire américain de 600 milliards de dollars. Les Américains avec le GPS, et, désormais, les lanceurs des milliardaires comme Elon Musk (SpaceX) et Jeff Bezos (Blue Origin), ont pris de l'avance tant dans le domaine civil que dans le militaire.

"Le budget spatial européen est inférieur de quatre à six fois celui de États-Unis et pourtant nous pouvons revendiquer de bons résultats, a assuré Jean-Yves Le Gall. Environ 1.600 personnes travaillent sur la base de Kourou pour un résultat équivalent à celui de Cap Canaveral et ses 10.000 employés. Soyons fiers de ce que nous réalisons".

Le spatial, un enjeu majeur pour l'Europe

Pour le président du CNES, l'Europe a un rôle majeur à jouer dans les secteurs clés que sont les lanceurs - les pays, qui lancent les satellites, ont accès aux données - et de commodité (satellites à usage commercial). "Les applications Galileo (système de positionnement par satellites concurrent du GPS américain, Ndlr) et Copernicus (programme européen de surveillance de la Terre) sont de véritables succès. Mais la révolution du New Space, permise par la baisse des coûts due au numérique, a fait exploser le nombre d'agences spatiales. On en compte 60 aujourd'hui ! Tout le monde veut faire du spatial", a confié Jean-Yves Le Gall, qui a annoncé que le robot Mascot du CNES lancé en 2014 atterrira en octobre sur l'astéroïde 1999 JU3.

"Tout citoyen utilise une cinquantaine de satellites par jour pour connaître la météo, les actualités, etc", a fait valoir Jean-Yves Le Gall. Les militaires également. Ils sont de plus en plus soucieux de la surveillance de l'espace. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, vient d'ailleurs de confirmer la création d'une force spatiale, un sixième corps d'armée indépendant, pour lequel il compte investir massivement.

Spatial, des besoins militaires de plus en plus forts

"L'Europe doit disposer de moyens autonomes de surveillance et de gestion du trafic spatial", a d'ailleurs réagi le général Jean-Pascal Breton. Le commandant interarmées de l'espace à l'État-Major des armées a d'ailleurs rappelé que l'Europe de la défense dans le spatial existe déjà via les coopérations sur le programme Helios, des satellites d'observation conçus avec une participation minoritaire de l'Italie, de l'Espagne, de la Belgique et de la Grèce, et le développement des capacités de Galileo. Le général Jean-Pascal Breton a affirmé que les lanceurs européens sont également "un énorme succès, dans un contexte différent des autres grands acteurs que sont les USA, la Chine et la Russie. Nous ne faisons pas de vols habités et notre situation budgétaire n'est pas la même. Notre environnement évolue avec le New Space et la souveraineté de l'espace n'est pas une commodité. L'Europe doit se positionner dans ce jeu stratégique".

Le général a également observé que le New Space avait lancé une nouvelle génération de nano-satellites très difficiles à suivre et à repérer. Ce qui "nous amènent à revoir notre stratégie globale. L'Europe dispose néanmoins d'un avantage avec ses emprises outre-mer qui sont d'importance vitale". Côté lanceur, le succès de SpaceX remet-il en cause le programme Ariane en termes de charge utile ? "Ariane 6 peut emmener trois fois la charge utile d'un Falcon9 réutilisable", a répondu, le président exécutif d'ArianeGroup,  Alain Charmeau.

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a écrit le 27/06/2018 à 14:14 :
"Ariane 6 peut emmener trois fois la charge utile d'un Falcon9 réutilisable", a répondu, le président exécutif d'ArianeGroup, Alain Charmeau.

Faux. C'est deux fois la charge. Mais c'est surtout beaucoup plus cher sur Ariane. Et il y a aussi le Falcon Heavy qui lui peut envoyer 3 fois la charge d'ariane 6 pour le même prix.
a écrit le 27/06/2018 à 11:47 :
Etonnant !Cet article parle des USA ,de la Chine et de l'Europe pour le spatial mais ne cite jamais la Russie ,comme si ce pays n'existait pas dans ce domaine !Quand on voit l'antériorité du spatial russe ,son savoir faire immense l'ignorer dans un article est plus qu'une faute !Qu'es ce que le spatial chinois face à celui des russes !A vrais dire rien parce que tout ce qui est spatial chinois vient des russes , un peut comme les américains qui achetent des moteurs de fusée russe non pas par manque de savoir faire mais à cause du cout !Et oui fabriquer en rouble ou en $ c'est pas la meme chose et le Pentagone le sait pour ses lancements !Tout tourne au prix du kg efficace mis sur orbite .La nouvelle fusée russe Angara battra tous les records dans ce domaine et avec un rouble faible face au $ et à l'€ les marchés des pays émergents sont pour eux .Nous nous nous contenterons de vendre aux pays riches car il serrait scandaleux en occident d'acheter russe qui est l'ennemie potentiel .....

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