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Sécurité des Boeing : les témoignages glaçants d’anciens employés au Sénat américain

latribune.fr

Publié le 18 avril 2024 à 06:50 - Mis à jour le 18 avril 2024 à 07:27

Trois des quatre modèles de Boeing font l'objet d'une enquête

Trois des quatre modèles de Boeing font l'objet d'une enquête

PETER CZIBORRA

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Quatre lanceurs d'alerte, dont un ingénieur et des anciens employés de Boeing, ont témoigné mercredi devant une commission d'enquête du Sénat américain pour prévenir de « graves problèmes » de production des avions Boeing 737 MAX, 787 Dreamliner et 777.

« A moins qu'une action soit menée et que les dirigeants soient mis devant leurs responsabilités, chaque personne montant à bord d'un Boeing est à risque ». « J'ai été mis à l'écart. On m'a dit de la fermer, j'ai reçu des menaces physiques. Si quelque chose m'arrive, je suis en paix, parce que j'ai le sentiment que, en témoignant ouvertement, je vais sauver de nombreuses vies ».

Ces propos glaçants, les premiers tenus par Sam Salehpour un ingénieur qualité chez Boeing depuis dix-sept ans, les seconds par Ed Pierson, un ancien responsable de l'avionneur, notamment sur le programme du 737 MAX, résonnent encore dans la salle du Sénat américain à Washington où s'est tenue ce mercredi la première série d'auditions de la commission d'enquête chargée d'examiner la sécurité des avions du constructeur américain après des révélations la semaine dernière de Sam Salehpour sur l'intégrité du 787 Dreamliner et du 777.

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Avant l'ouverture de cette série d'auditions, le sénateur démocrate Richard Blumenthal, président de la commission d'enquête avait donné le ton de la journée :

«Ce que nous allons entendre aujourd'hui du lanceur d'alerte, c'est un exemple de comportement des grands groupes donnant priorité aux bénéfices au détriment de la sécurité, à la cadence de production avant presque tout le reste».

Plus tard, il fera état de « graves accusations selon lesquelles la culture de la sécurité chez Boeing est brisée et que ses pratiques sont inacceptables. »

« Graves problèmes »

Devant le directeur général de Boeing Dave Calhoun, prié de participer sans être pour autant dans la liste des témoins, Sam Salehpour, Ed Pierson, mais aussi Joe Jacobsen, qui a travaillé 25 ans à la FAA après onze ans chez Boeing, et Shawn Pruchnicki, spécialiste en sécurité aérienne et ancien pilote de ligne, ont témoigné pendant près de deux heures pour prévenir de « graves problèmes » de production des avions Boeing 737 MAX, 787 Dreamliner et 777.

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« Je ne suis pas ici parce que j'ai envie d'être ici. Je suis ici parce que (...) je ne veux pas voir le crash d'un 787 ou d'un 777 », a déclaré Sam Salehpour, disant avoir « de sérieuses inquiétudes concernant la sécurité du 787 » et du 777. « J'ai été mis à l'écart. On m'a dit de la fermer, j'ai reçu des menaces physiques », a poursuivi l'ingénieur. « Si quelque chose m'arrive, je suis en paix, parce que j'ai le sentiment que, en témoignant ouvertement, je vais sauver de nombreuses vies ».

Des « raccourcis » dans le processus d'assemblage

C'est un courrier de ses avocates, notamment à l'Agence américaine de régulation de l'aviation civile (FAA), qui est à l'origine de l'enquête sénatoriale. Dans son alerte, Sam Salehpour a expliqué avoir constaté des « raccourcis » dans le processus d'assemblage du 787 Dreamliner qui ont notamment provoqué une « déformation des matériaux composites (...), pouvant altérer les performances d'usure sur le long terme ».

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D'après lui, plus d'un millier de Dreamliner en service pourraient présenter ce problème situé à « deux jonctions importantes ». Concernant le 777, un avion réputé pour sa fiabilité, il a affirmé que de « nouvelles procédures d'assemblage » mises en œuvre sans procéder « à la nécessaire reconception des pièces concernées ont entraîné un mauvais alignement des pièces ».

Lire ici :  Boeing 787 : un nouveau modèle industriel risqué

Boeing rejette ces accusations

Boeing, qui a immédiatement rejeté ces accusations, a encore défendu ses avions mercredi, se disant toujours « confiant dans la sécurité et la durabilité des 787 et 777 ». Deux ingénieurs avaient notamment démenti lors d'un briefing lundi que quelque 1.400 avions Boeing comporteraient des failles de sécurité importantes. Steve Chisholm, ingénieur en chef de Boeing Mechanical and Structural Engineering, a notamment déclaré à des journalistes réunis à l'usine de Charleston, en Caroline du Sud, et en vidéoconférence, qu' « il n'y avait aucune usure » constatée lors des tests. « Nous n'avons pas été surpris par l'absence de résultats d'usure », a-t-il déclaré en faisant remarquer que les matériaux composites derrière le 787 avaient été choisis parce qu'ils ne se corrodent pas comme les métaux traditionnels.

Mardi, la FAA, qui a ouvert une enquête sur ces deux types d'avions à la suite de l'alerte lancée par Sam Salehpour, a indiqué que tous les Dreamliner en exploitation « respectent les AD », les directives de navigabilité. Scott Kirby, le directeur général de la compagnie américaine United Airlines, qui possède 71 Dreamliner, a affirmé mercredi matin sur CNBC avoir « totalement confiance en la sécurité » de cet avion. « Des milliers de ces avions volent depuis des décennies, des millions d'heures de vol », a-t-il souligné.

Lire ici :  Boeing 787 : un chemin laborieux pour certifier l'avion

« Le MAX n'est toujours pas sûr »

Le 737 MAX n'a pas été épargné par les lanceurs d'alerte. Ed Pierson a tiré à boulets rouges sur cet avion moyen-courrier, cloué au sol pendant 21 mois dans le monde entier après deux accidents en 2018 et en 2019 (346 morts) liés à des défauts de conception, et qui est revenu sous les feux des projecteurs depuis l'incident d'une porte arrachée en plein vol en début d'année.

« J'ai fait tout ce que j'ai pu pour dire au monde que le MAX n'était toujours pas sûr et pour alerter les autorités sur les dangers de la production de Boeing », a-t-il expliqué. Mais « rien n'a changé après les deux crashs », a-t-il ajouté avant de lancer cette phrase terrible : « A moins qu'une action soit menée et que les dirigeants soient mis devant leurs responsabilités, chaque personne montant à bord d'un Boeing est à risque ».

Richard Blumenthal avait appelé le ministère de la Justice à vérifier si Boeing respectait l'accord conclu en 2021 pour éviter un procès lié aux deux accidents. Les révélations au cours de l'audition vont sans doute accroître encore la pression.

Désormais, trois des quatre modèles d'avions commerciaux fabriqués par le groupe américain sont officiellement visés par une enquête du régulateur. Outre le 787 et le 777, il examine aussi la famille du 737, après qu'un 737 MAX 9 d'Alaska Airlines a perdu une porte-bouchon en vol, le 5 janvier. A ce sujet, Ed Pierson a dénoncé une « dissimulation criminelle » quand Boeing affirme, selon l'autorité d'enquête NTSB, n'avoir aucune documentation concernant les manipulations sur la porte-bouchon dans son usine.

«Cette documentation existe (...) Je l'ai transmise moi-même au FBI», la police fédérale, «il y a plusieurs mois», a-t-il affirmé.

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Selon un porte-parole de la NTSB mercredi, cette agence « n'a reçu aucune documentation de ce genre que ce soit de Boeing ou d'une autre entité ». Un audit de la FAA a identifié des « problèmes de non-conformité » chez le constructeur et chez son sous-traitant Spirit AeroSystems. L'incident d'Alaska s'est produit dans le sillage de plusieurs problèmes de production en 2023, concernant le 737 MAX et le Dreamliner.

latribune.fr

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