Agriculteurs : pourquoi le plan du gouvernement ne va pas changer la situation

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Des blocages à la frontière allemande ont été levé le 27 juillet mais d'autres ont repris le lendemain en Moselle.
Des blocages à la frontière allemande ont été levé le 27 juillet mais d'autres ont repris le lendemain en Moselle. (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Les ministres de l'Agriculture, des Finance et de l'Economie ont détaillé le volet bancaire du plan d'urgence accordé aux agriculteurs ce 28 juillet. Dans l'immédiat, rien ne diffère en profondeur des programmes d'aide d'urgence précédents.

Étaler les remboursements de crédits. Le gouvernement l'a promis le 22 juillet aux agriculteurs, avec d'autres mesures d'urgence annoncées après plusieurs jours de manifestations en France. Une semaine plus tard, les ministres de l'Economie, des Finances et de l'Agriculture ont rencontré les représentants des banques, de la Banque publique d'investissement (BPI) ainsi que le médiateur du Crédit. Objectif: détailler les modalités du volet bancaire de ce plan visant à soutenir les agriculteurs qui se sont endettés afin de moderniser leurs exploitations mais ne parviennent plus à se rémunérer suffisamment en raison de la chute des cours.

"On ne veut pas refaire ce qui a été fait, c'est-a-dire des prêts bonifiés de trésorerie qui cinq ans après doivent être remboursés. On y est, ça s'ajoute aujourd'hui aux difficultés des éleveurs", a avancé Stéphane Le Foll ce mardi lors d'une conférence de presse.

Rééchelonnement

De fait, concrètement, il ne s'agit pas de nouveaux prêts mais d'une "restructuration", soit un simple rééchelonnement des échéances. Les plus endettés parmi les jeunes exploitants et jeunes investisseurs pourront en outre reporter une annuité à la fin des remboursements. Une mesure "qui doit être parfaitement ciblé[e] car cela va coûter cher aux banques", a souligné le ministre de l'Agriculture.

Il ne s'agit donc pas non plus d'un effacement de tout ou partie de la dette. "Nous sommes parfaitement dans la demande faite par les professionnels", a encore justifié Stéphane Le Foll à cet égard. Sur le plan technique, le plan d'accompagnement des prêts par la BPI qui concernait jusque là les entreprises agricoles de plus de 750.000 euros de chiffre d'affaires annuels et trois ans d'existence sera élargi à toutes les exploitations quelle que soit leur taille et leur âge.

Des cellules d'urgence locales créées dès le mois de février prendront en charge les opérations afin de les "personnaliser", tandis que la BPI a déjà annoncé un fonds de garantie maximum de 500 millions d'euros. Tandis que le médiateur du crédit participera au choix et au traitement des dossiers d'éleveurs, comme il l'a déjà fait par le passé. La médiation a même tenu à "rappeller qu'elle s'était déjà mobilisée sur le précédent plan".

Sur le fond, la méthode annoncée semble peu différer des précédentes. Déjà, dans un rapport de février 2012, la Cour des comptes fustigeait l'habitude des pouvoirs publics de réagir aux crises agricoles en employant des armes similaires. Celle-ci consistant à "alléger les charges des exploitants et soulager leur trésorerie." Dans le cas présent, le coup de pouce à la trésorerie prend donc la forme d'un étalement des échéances plutôt que de nouveaux prêts. Mais aussi, c'est un autre volet du plan, d'allègements de charge dans le cadre d'un fonds de 50 millions d'euros.

"Mesures durables"

Ce même rapport critiquait en outre la "récurrence, l'émiettement et la juxtaposition" des plans de soutiens d'urgence à l'agriculture entre 2006 et 2010, et dénombrait "102 aides d'urgence, en réponse à 38 crises, dont 23 d'origine économique, 12 d'origine climatique et 3 d'origine sanitaire" et concluait à la "nécessité d'actions structurelles de nature à rendre les filières moins sensibles aux aléas économiques ou autres."

Dans le cas présent, le nouveau plan dérogera-t-il à la règle? Pour l'heure, s'il est reconnu comme un plan d'urgence, il est aussi présenté comme potentiellement viable à plus long terme. "Notre volonté est d'apporter une réponse rapide, pragmatique et durable", a ainsi justifié le ministre de l'Economie Emmanuel Macron. L'usage de mécanismes déjà en place à la BPI devraient permettre, d'après le ministre, de mettre en place ce programme "dès cette semaine".

 Il a insisté:

"Ce sont des mesures durables. Ce n'est pas parce que l'on prend des mesures rapides qu'elles sont forcément ponctuelles. Elles sont durables parce que sans ces réaménagements, on ne peut pas demander à des professionnels donc des agriculteurs de prévoir l'avenir."

Affirmant que cela leur donnerait davantage de "visibilité" sur les prochains mois, le ministre a en outre mis en avant le programme d'investissement "offensif" de 70 millions d'euros visant à "moderniser l'appareil productif" comprenant un plan pour les "abattoirs du futur" dont des résultats devraient être publiés prochainement .

Certains éleveurs peu convaincus par les différentes annonces qui ont eu lieu dans la semaine, poursuivaient le mouvement ce mardi, notamment dans le Gers et en Moselle où des camions bloquaient la circulation.

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Commentaires
a écrit le 29/07/2015 à 18:04 :
Pour pouvoir rembourser une dette sur la durée, il faut des recettes supérieures aux charges (pour les agriculteurs comme pour les états). L'étalement ou "restructuration" de la dette des agriculteurs est un mirage aux alouettes. Les agriculteurs ont besoin de prix, d'une organisation d'un marché et des normes par les politiques,qui leur permettent de vivre.
a écrit le 29/07/2015 à 11:59 :
L'Euro rend impossible une bonne rentabilité de l'agriculture et les produits ne peuvent être vendus à l'extérieur de l'Europe qu'avec des prix inférieurs , donc ils y a que les aides publiques pour que cela fonctionne . Faire baisser l'Euro de moitié ou changer de monnaie , pas d'autres solutions , si non on ira de de déficits en dettes astronomiques et c'est bien parti , on a une bonne expérience des quarante dernières années .
a écrit le 29/07/2015 à 9:32 :
une corporation soutenue par les francais... mais mal représentée par leur ministre .du gachi
a écrit le 29/07/2015 à 9:27 :
C'est du palliatif rien que du palliatif…. ni Bercy ni l'Elysée veulent s'attaquer à la racine du problème : l'embargo russe sur nos agroalimentaires. Tant que celui ci ne soit pas réglé l'Etat ne fera que dépenser des sommes gigantesques pour du palliatif. Et les blocages vont continuer….
a écrit le 29/07/2015 à 6:49 :
Attisant 60 a 70 heures par semaine. Quant mon carnet de commande est vide, je prends ma mal-être pour cherchera du tag. Je suis concurrence tous les jours par les salariés détache des pays de l'est et par les auto entrepreneur. Je ne touche aucune subvention de l'état et les seules baisse de charges sociale su j'ai touché mon fait revenir au niveau de 2012. J'ai aucun prêt bonifié, aucun report de crédit ou de charges sociale. Si je suis malade j'ai 7 jours de carence non paye. Pas de chômage et je risque ma maison tous les jours. Voici ce que fait l'Ostroghot
Réponse de le 29/07/2015 à 16:45 :
@von chubb , si c'est si bon et rémunérateur l'agriculture , faut vous dépêchez de changer de corporation et vous installez , vous êtes là à baver.Vous annoncez 60 à 70 heures de travail par semaine et vous dites que quand votre carnet est vide , il y a un paradoxe,ça m'agace les personnes ignorantes qui critiquent un secteur sans rien connaître.ça demande certainement un peu plus de capitaux que votre métier sans nul doute.et c'est certainement un peu plus physique que ton métier de pépère .Alors avant de critiquer , faut se renseigner et si votre condition ne va pas , dépêche toi de t'installer et la tu pourras émettre un avis.
Réponse de le 30/07/2015 à 14:35 :
@ Jeff...
Tu sais très bien que pour s'installer dans l'agriculture, les conditions sont draconiennes : soit avoir des parents du métier qui ont suffisamment de capacités pour faire de la place à un nouvel "associe", soit avoir des capitaux d'avance et un conjoint fonctionnaire ou bien payé, pour avoir la garantie des banques. Sinon c'est Niet. Et encore, c'est pas joué et les paysans du coin pourraient te "tirer dans les pattes" par jalousie ou bêtise. Dans ces conditions, un artisan, même doué, même avec un BEPA, a peu de chances de s'improviser agriculteur. Sauf si les choses ont bien changé. Tout le monde défend son métier, c'est normal. Et certains métiers sont plus difficiles que d'autres. La vie devient difficile pour beaucoup d'entre nous. Même parmi les lecteurs de La Tribune :) Sois Zen, un agriculteur dans son pré, c'est forcément sympa, non ?
a écrit le 28/07/2015 à 22:35 :
Mais que peut donc être cette prétendue durabilité de telles mesures ? Cela fait quarante ans que l'on joue la comédie avec le monde rural condamné à de longs exodes et aujourd'hui au massacre. A l'époque la comédie des restitutions rendirent célèbre un milliardaire qui fourguait les excédents de beurre aux pays de l'Est ; ceux-ci aujourd'hui installent la déflation des coûts surtout humain dans l'Europe de l'Ouest. Les paysans se rebiffent désespérément contre un gouvernement déchu de sa souveraineté, impotent gouverneur d'une province vassale du consortium anglo-américain omnipotent depuis sa victoire dans la seconde guerre mondiale. Le foirail à 28 ou 19 n'est qu'un bazar de querelleurs soumis.
a écrit le 28/07/2015 à 22:15 :
Le titre de La Tribune : "Agriculteurs : Bercy défend des mesures "durables", les blocages persistent"

la réalité : Bercy défend des mesures pour préserver les créances de la galaxie Beulin en conflits d'intérêts graves permanents, un Beulin Président de la FNSEA qui endette les agriculteurs depuis 20 ans avec la complicités des politicards de droite et de gauche

la solution : que tous les agriculteurs se déclarent en cessation des paiements le même jour,

leurs dettes seront gelées et sieur Beulin pourra contempler son édifice financier s'écrouler, les banques sauront le trouver pour récupérer sa richesse mal acquise.
a écrit le 28/07/2015 à 21:06 :
En plus de l'étiquetage "viande française", pourrions-nous aussi enfin avoir droit à la mention des modalités d'abattage : hallal ou autre ?
a écrit le 28/07/2015 à 20:09 :
Nous savons maintenant que l'état de droit n'existe pas!!!!!!nous avons une corporation subventionnée depuis des années, qui ce croit avoir des droits de police. Ces gentil éleveurs qui font des blocus routier, et vide des chargements non conformes à leurs yeux ( que dirait ils si c'était leurs produits dans d'autres pays). Nous avons les mêmes qui dégradent des espaces publics et des bien privés, en toutes sérénités ( absence totale de police, consternant). Les mêmes qui font des contrôles dans des cuisine publiques ou privés, et qui distribuent des bons points ou pas suivant l'origine des produits. Que fait notre état, rien. La libre circulation des produits et des personnes, ce sont pour les autres. Vivement la création des kolkhozes chez nous.
Réponse de le 28/07/2015 à 22:35 :
Je ne sais pas si vous vous n'êtes pas subventionné mais quand vous ferez le 1/4 de travail qu'un paysan supporte, on en reparlera pour le salaire qu'ils ont, je serais curieux ce qu'un ostrogoth comme vous , fait dans la vie.

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