En colère, les agriculteurs espèrent toujours entrer dans Paris
latribune.fr
Les actions des bonnets jaunes de la Coordination rurale coïncident avec l'approche des élections aux chambres d'agriculture, une échéance clé pour le paysage syndical.
Les agriculteurs de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français, tentent ce lundi de « monter à Paris » pour exprimer leur mécontentement. Ils dénoncent notamment l'accord commercial UE-Mercosur, à quelques jours des élections aux chambres d'agriculture.
[Article publié le lundi 6 janvier 2025 à 6h45, mis à jour à 15h56] Pour la Coordination rurale, la tentative de dimanche s'est soldée par un échec. Une dizaine de convois de tracteurs, partis de différentes régions de France, n'ont pas réussi à pénétrer dans la capitale. Bis repetita ce lundi. Quelques dizaines de manifestants ont tenté de se rassembler au Trocadéro pour rejoindre l'Arc de triomphe. Mais contrôlés par les forces de l'ordre, ils n'y sont pas parvenus. Non loin de Matignon, sept autres accompagnés d'une chèvre ont été « évincés sans incident », selon une source policière.
Les autorités« n'ont jamais voulu nous laisser entrer dans Paris. On a demandé un point de chute pour un rassemblement mais on ne l'a jamais obtenu », a déclaré à l'AFP le secrétaire général du syndicat, Christian Convers, réfutant toute« intention de bloquer quoi que ce soit ».
Ce dernier a assuré avoir pour « but d'essayer d'avoir une rencontre avec le Premier ministre ou de parler avec des parlementaires ». « Mais là, ils nous empêchent carrément de manifester », a-t-il déploré. Il avait d'ailleurs été brièvement interpellé par la police dimanche après-midi au moment où il arrivait à Paris - en voiture - pour participer à un regroupement place du Brésil à Paris.
En dehors de la capitale, des barrages ont été forcés ce lundi. Notamment dans les Yvelines, où une dizaine de tracteurs et une quinzaine de voitures se sont engagés sur la route nationale N10, avant d'être bloqués au niveau des Essarts-le-Roi, selon une source policière. Dans l'Essonne, un barrage des forces de l'ordre a été forcé par six tracteurs, interceptés par la suite. Des agriculteurs ont été autorisés, dans un climat tendu, à rejoindre avec leurs 21 tracteurs le site d'une sucrerie Téréos située à Artenay dans le Loiret ; ceux en véhicule personnel se sont engagés à renoncer à Paris et partiront en trois convois encadrés, selon une source policière.
En Seine-et-Marne, deux petits convois ont également été contenus par les forces de l'ordre, de même source. Dans le Rhône une trentaine de tracteurs ont été repérés sur une route en direction de l'autoroute A7.
Un rendez-vous programmé avec Bayrou
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a évoqué ce lundi sur TF1 une mobilisation de 200 agriculteurs et d'une cinquantaine de tracteurs sur l'ensemble du territoire. Tout en disant comprendre « l'inquiétude » des exploitants, elle avait prévenu qu'il n'était pas question de laisser la capitale être paralysée.
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« Non, on ne bloque pas, en plus un jour de rentrée scolaire, un jour de rentrée pour les Français. Pas de blocages qui compromettent finalement l'image des agriculteurs auprès des Français. Et pas de violence », a fait savoir Annie Genevard, interrogée sur TF1.
La ministre a rappelé que le Premier ministre François Bayrou recevrait les syndicats agricoles lundi prochain, le 13 janvier. Si bien que, pour elle, « l'urgence qu'ils mettent en avant pour être reçus maintenant, ici tout de suite », ne se justifie pas vraiment.
Le Premier ministre a indiqué qu'il recevrait « tour à tour » les organisations agricoles, citant la FNSEA, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et les Jeunes agriculteurs (JA). Selon Matignon, il s'agira d'une « première rencontre pour évoquer les sujets et les urgences ».
Or, pour le syndicat agricole, ce rendez-vous est trop tardif. « Ils se moquent de nous, ils ne font que gagner du temps. Il n'y a pas de volonté d'avancer », a dénoncé Patrick Legras, le porte-parole de la Coordination rurale.
Le président de la CR de l'Aube, Christophe Sichnknecht, a mis en avant l'urgence de certaines situations. « On a besoin de réponses ». « Aujourd'hui c'est le coup d'avertissement, on est capable d'aller où on veut », a-t-il assuré.
Les agriculteurs protestent notamment contre la signature d'un accord de libre échange entre l'UE et des pays latino-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay). À ce sujet, Emmanuel Macron a assuré ce lundi que la « messe n'était pas dite ». « On continuera de défendre avec force la cohérence de nos engagements », a-t-il affirmé.
« Nous demandons les mêmes normes de production que les autres pays, une réduction des contrôles dans les fermes et un renforcement des contrôles dans les grandes surfaces, où l'on trouve des produits ne respectant pas nos normes »,a expliqué Damien Cornier, agriculteur en Normandie, qui cultive céréales et betteraves aux Andelys (Eure).
« Nous avons trouvé du sucre et de la farine venant d'Ukraine dans des supermarchés, alors que l'industriel qui achète nos betteraves nous demande de réduire nos volumes de production de 15 % cette année. Les prix à la tonne passeront à 23 euros en 2025, contre 36-38 euros auparavant », a-t-il ajouté.
Les actions de la Coordination rurale coïncident avec l'approche des élections aux chambres d'agriculture, une échéance clé pour le paysage syndical largement dominé par la FNSEA. Ces instances, qui jouent un rôle essentiel dans le soutien aux exploitants et l'application des réformes, seront renouvelées à l'échelle départementale, régionale et nationale.
Un point crucial de ce scrutin réside dans sa dimension financière : 75 % des 14 millions d'euros du fonds syndical sont répartis selon les voix obtenues, renforçant l'enjeu de représentativité. À cela s'ajoute une nouveauté : en cas d'égalité entre deux listes, celle dont les candidats ont la moyenne d'âge la plus basse l'emporte. Une règle qui pourrait, à terme, influencer le rajeunissement des élus agricoles.