Crise des équipementiers automobiles : Continental va encore tailler dans ses effectifs
latribune.fr
Continental justifie ces mesures par un « environnement de marché dynamique et difficile alors que l’industrie subit une transformation majeure vers les technologies futures ».
L'entreprise allemande a indiqué ce mardi la suppression de 3 000 emplois supplémentaires dans le monde d'ici fin 2026. Un an tout juste après avoir déjà annoncé réduire ses effectifs de 7 150 postes.
Continental n'en finit pas de réduire son personnel. L'équipementier automobile allemand a annoncé ce mardi la suppression de 3 000 postes supplémentaires d'ici fin 2026, sur ses 200 000 employés. Partout dans le monde mais surtout en Allemagne, pour la moitié d'entre eux.
Les suppressions concernent des emplois en recherche et développement (R & D), un service qui regroupe au total 31 000 salariés. Le groupe cherche à le réduire de 10 % pour rester « compétitif », indique-t-il dans un communiqué. Cette coupe devrait être mise en œuvre « dans une large mesure » via des départs en retraite anticipée et des gels d'embauches.
Fermetures d'usines et réorganisation
Cette annonce intervient moins de trois semaines après celle concernant la fermeture de cinq usines en Allemagne. L'équipementier ajoute d'ailleurs ce mardi qu'un site supplémentaire, à Nuremberg en Bavière, va également fermer. Et ces mesures s'ajoutent à l'annonce, il y a tout juste un an, de la suppression de 7 150 emplois dans le monde, soit 3 % de l'ensemble de ses effectifs. « Environ 5 400 emplois seront touchés » dans l'administration et 1 750 dans la branche recherche et développement, « au plus tard d'ici 2025 », avait indiqué le groupe en février 2024.
Continental justifie ces mesures par un « environnement de marché dynamique et difficile alors que l'industrie subit une transformation majeure vers les technologies futures ». C'est d'ailleurs pourquoi, en décembre dernier, il a annoncé une réorganisation majeure de ses activités.
Il vise ainsi la scission de sa division de composants automobiles, dite « automotive », la moins rentable, dont le portefeuille s'étend des freins aux capteurs, écrans et systèmes d'assistance embarquée. Le groupe avait alors précisé vouloir se concentrer sur ses activités plus performantes que sont les pneus et les solutions industrielles. Les préparatifs en vue de cette séparation « devraient être achevés dès la fin du troisième trimestre 2025 », selon lui.
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Les équipementiers en difficulté
Continental n'est toutefois pas le seul équipementier à traverser une période de turbulences. D'autres fabricants allemands de pièces automobiles ont annoncé des suppressions d'emplois ces derniers mois. Comme Schaeffler, spécialiste des roulements pour l'industrie automobile, qui a confirmé en novembre la suppression de 4 700 emplois en Europe. Bosch, lui, a annoncé plusieurs volets de suppressions d'emplois dans le monde, affectant quelque 7 000 postes au total, les sites allemands devant être les plus concernés. De son côté, ZF, a indiqué vouloir supprimer jusqu'à un quart de ses effectifs dans le pays, soit 14 000 postes, invoquant le défi de la compétitivité.
Cette crise touche d'ailleurs aussi la France avec des plans sociaux notamment chez Michelin. Le géant du pneu a annoncé, à l'automne, la fermeture avant 2026 de ses usines de Cholet et Vannes, dans l'ouest de la France, où travaillent 1 254 salariés. Dans l'est de l'Hexagone, Walor a vu ses deux usines des Ardennes (212 salariés) placées en procédure de sauvegarde pour l'une et en redressement judiciaire pour l'autre. Car ses bielles, des grosses pièces en acier, sont essentielles pour les moteurs thermiques, mais inutiles pour les électriques. Et près de Paris, MA France (280 salariés) a été placée en liquidation judiciaire au printemps 2024.
L'automobile cale toujours
Si les équipementiers sont en proie à la crise, c'est parce que l'ensemble de la chaîne automobile est concerné. Ils sont en effet touchés depuis des mois par la chute des commandes de la part des constructeurs automobiles européens, eux-mêmes confrontés à la baisse de la demande mondiale de véhicules, la flambée des prix de l'énergie et la concurrence chinoise accrue. En parallèle, tous ont massivement investi dans l'électrification des véhicules pour accompagner les objectifs de transition climatique. Mais les ventes de voitures électriques, plus chères à l'achat, patinent sur les principaux marchés européens depuis deux ans.
Pour arrêter l'hécatombe, la France a récemment appelé Bruxelles à prendre des mesures d'urgence. Paris déplore que les sous-traitants automobiles, en dehors de l'écosystème des batteries, ne bénéficient toujours pas d'aides de l'Europe dans leur difficile transition vers la voiture électrique. Pour y remédier, l'exécutif français a suggéré à la Commission européenne de débloquer différentes formes d'aides d'État, comme des « prêts », des « avances récupérables », ou des « garanties de prêts ».
Il y a en tout cas urgence. Au total, 32 000 suppressions de postes en Europe ont été annoncées au premier semestre 2024, soit plus que pendant la pandémie de Covid, chez ces fournisseurs qui emploient 1,7 million de salariés en Europe.