Véhicule électrique: la Chine lance une nouvelle procédure auprès de l'OMC contre les subventions américaines
latribune.fr
Le gouvernement américain a d’ailleurs annoncé la semaine dernière accorder 1,7 milliard de dollars de subventions au secteur automobile dans le cadre de l'IRA.
La Chine a indiqué ce lundi avoir lancé une nouvelle procédure auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les subventions prévues par le plan climat des États-Unis. Pékin vise particulièrement les subventions américaines accordées au secteur des véhicules électriques, estimant qu’il s’agit de concurrence déloyale.
La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis au sujet des véhicules électriques ne se calme pas. Pour rappel, la puissance asiatique a ouvert les hostilités en mars, en portant plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre le grand plan américain pour le climat (« Inflation Reduction Act », abrégé en « IRA »), adopté en 2022.
Ce dernier comprend un programme d'aides massives pour soutenir les entreprises du secteur de la transition énergétique et les voitures électriques fabriquées sur le sol américain. Ce que fustige la Chine. Pour elle, cette loi américaine « établit comme condition préalable à l'obtention de subventions que les produits viennent de régions spécifiques, telles que les États-Unis » et « exclut les produits venus de Chine », a encore déploré le ministère chinois du Commerce ce lundi.
« Peu importe comment on essaie d'emballer et d'embellir cette loi, cela ne peut changer la nature discriminatoire, protectionniste et contraire aux règles de l'OMC des subventions prévues par ce texte »,a-t-il souligné. Et d'ajouter :« Nous exhortons une fois de plus les États-Unis à respecter les règles de l'OMC et à cesser d'abuser de politiques industrielles pour saper la coopération internationale en matière de changement climatique ».
Les négociations entre les deux pays ont échoué à la suite de cette plainte. Mais la Chine ne veut pas en rester là. C'est pourquoi elle a demandé à l'OMC la « création d'un groupe d'experts » sur le sujet, comme l'indique le ministère chinois du Commerce ce lundi. Une nouvelle procédure va donc démarrer, sans plus de détails pour l'heure.
Les États-Unis ne lésinent pas sur les subventions
De leur côté, les États-Unis se sont toujours défendus des allégations lancées par Pékin à propos de son plan climat. En mars dernier, la représentante américaine au Commerce, Katherine Tai, a rétorqué que l'IRA « permet [au pays] de s'attaquer sérieusement à la crise climatique mondiale et d'investir dans la compétitivité économique » américaine.
« C'est notre contribution à l'avenir énergétique propre que nous recherchons collectivement avec nos alliés et partenaires »,a-t-elle souligné.
Le gouvernement américain a d'ailleurs annoncé la semaine dernière accorder 1,7 milliard de dollars de subventions au secteur automobile dans le cadre de ce programme, afin de lui permettre de développer ses chaînes de production de véhicules électriques ainsi que des pièces ou composants, tels que les batteries. Cette somme sera destinée à une dizaine d'usines qui ont fermé leur porte ou qui sont menacées, installées dans huit États différents, en particulier ceux de Géorgie, du Michigan et de Pennsylvanie. L'objectif est de les réadapter à la production de véhicules électriques ou de pièces détachées pour ces véhicules, ce qui devrait permettre de sauver ou créer 15.000 emplois, selon un communiqué de la Maison-Blanche.
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« Ces investissements permettront de créer des milliers d'emplois, bien payés, et d'en conserver plus encore en aidant les entreprises du secteur à adapter leur outil industriel et réembaucher dans les mêmes usines et les mêmes communautés »,à déclaré le président Joe Biden.
Cette annonce s'inscrit à la fois dans la volonté de la Maison-Blanche de renforcer la construction de véhicules électriques aux États-Unis, en protégeant notamment le secteur de la concurrence chinoise qu'elle estime déloyale. Mais aussi dans la stratégie de réélection du président sortant, dont le sort dépendra en particulier de ces États industriels, historiquement lourdement frappés par la désindustrialisation.
Des différents bien plus larges
Ce différend à l'OMC survient en outre dans un contexte où la Chine et les États-Unis s'affrontent sur une série de questions commerciales. Depuis plusieurs mois, les responsables américains pointent du doigt le risque que fait courir la surproduction chinoise dans de nombreux secteurs, en déversant sur les marchés mondiaux, particulièrement le marché américain, de larges quantités de produits à prix cassés, risquant de déstabiliser les industries nationales.
Dans ce contexte, le gouvernement américain a fortement augmenté les droits de douane dans différents secteurs ciblés tels que les semi-conducteurs, les produits médicaux, les panneaux solaires... et les véhicules électriques. Ces derniers sont ainsi passés de 25% à 100% même si, actuellement, quasiment aucun n'est vendu aux États-Unis. Les autorités semblent vouloir se prémunir contre les futures importations chinoises et ainsi permettre au secteur automobile américain de mener sa conversion vers ce type de véhicules.
Des craintes partagées aussi sur le Vieux continent. La Commission européenne impose d'ailleurs depuis début juillet, à titre conservatoire, des droits de douane supplémentaires sur les importations de voitures électriques chinoises - jusqu'à 38% supplémentaires selon les constructeurs. Bruxelles juge les prix des voitures électriques chinoises artificiellement bas en raison de subventions accordées par les autorités chinoises, ce qui entraîne une concurrence déloyale selon elle. En réponse, la Chine a menacé de porter plainte contre l'UE auprès de l'OMC. Que ce soit avec les États-Unis ou les Vingt-Sept, la guerre commerciale ne semble pas prête de se calmer.