Volkswagen : les hypothèses pour comprendre le divorce Piëch-Winterkorn

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Le dernier combat de Ferdinand Piëch a suscité autant d'incompréhension que d'interrogations...
Le dernier combat de Ferdinand Piëch a suscité autant d'incompréhension que d'interrogations... (Crédits : © Fabian Bimmer / Reuters)
Pourquoi Ferdinand Piëch s'est-il lancé à corps perdu dans une incompréhensible bataille qui, finalement, lui aura été fatale? Si le mystère risque de perdurer, il existe néanmoins de nombreuses hypothèses sur un malaise qui ne date pas d'hier...

C'est donc par la petite porte que s'en va le très puissant Ferdinand Piëch. Celui qui faisait la pluie et le beau temps dans l'industrie automobile allemande et, en quelque sorte, au niveau mondial, achève son règne par une humiliante mise en minorité au sein de son conseil de surveillance. Le patron de Volkswagen Group, petit-fils de Ferdinand Porsche, ingénieur automobile de génie, influent industriel, s'est-il sabordé lui-même ?

Il y a deux semaines, le magazine allemand Der Spiegel rapportait des propos de Ferdinand Piëch, président du conseil de surveillance, défiant le président du directoire (le vrai patron exécutif du groupe), Martin Winterkorn, jadis son dauphin désigné. Malgré l'unanimité des autres actionnaires, Ferdinand Piëch aurait persisté à agir en coulisse pour l'évincer. En vain. Il est contraint à la démission samedi 25 avril.

Les vieilles rancunes familiales

Pourquoi a-t-il persisté dans son entreprise alors même que la partie semblait jouée dès lors que le Länd de Basse-Saxe (20% du capital) avait signifié son soutien à Winterkorn et que les syndicats faisaient également bloc derrière lui (ils représentent la moitié des sièges du conseil de surveillance) ? Surtout, compte tenu du fait que Wolfgang Porsche, président du holding familial (50% du capital de Volkswagen) avait pris fait et cause pour Martin Winterkorn, pourquoi avoir pris le risque de réveiller les vieilles rancunes familiales?

Pour beaucoup, la réaction de Ferdinand Piëch est incompréhensible. Un analyste bon connaisseur du milieu automobile explique à La Tribune avoir été surpris par son attitude : "C'est un fin calculateur, il ne prend jamais une décision sans que tout soit balisé (...), ce n'est pas une tête brûlée. Je ne le vois pas avoir pris cette initiative sans avoir pris ses dispositions auprès des autres actionnaires..."

En guise d'explication, notre analyste estime qu'il ne faut pas négliger le facteur santé de cet homme de 78 ans. "Il paraissait dernièrement physiquement diminué, et ne prenait plus le volant lui-même, lui qui a toujours conduit ses voitures", observe-t-il.

Les résultats de la marque Volkswagen n'étaient pas satisfaisants

Sur des motifs plus objectifs, il apparaît qu'une tension serait apparue depuis un an lors du lancement du plan d'économies de Volkswagen. Martin Winterkorn est accusé d'avoir privilégié Volkswagen au détriment des autres marques du groupe. Il faut dire que, en plus d'être président du directoire du groupe depuis 2007, il a continué à être patron de Volkswagen jusqu'en décembre dernier. Or, les résultats de celle-ci étaient décevants...

"C'est la marque la moins performante du groupe, elle est systématiquement en-dessous des objectifs", nous explique un spécialiste du secteur, encore sous le sceau de l'anonymat. "La profitabilité en Europe est à 2%, contre un objectif de 6%, la marque n'a pas percé aux Etats-Unis, les usines sont les moins utilisées du groupe, tout cela, malgré les lourds investissements consacrés à la marque" poursuit-il.

Lors de l'annonce du plan d'économies il y a un an, Martin Winterkorn a demandé des efforts à toutes les marques, suscitant l'émoi des plus performantes qui demandaient à ce que Volkswagen assume une plus grosse partie de la restructuration.

Une crise managériale qui couvait...

"Le départ de Michael Macht [directeur de la production du groupe et membre du directoire, Ndlr] en août 2014 était le premier signe d'un malaise managérial", analyse un observateur du secteur.

La nomination en décembre 2014 d'un ancien de BMW pour prendre la tête de la marque Volkswagen aurait permis de calmer le jeu en interne. En externe aussi, puisque les investisseurs commençaient également à se poser des questions. Une note de Morgan Stanley publiée ce lundi 24 avril a rappelé la confiance du broker de voir la rentabilité de la marque s'améliorer grâce à la nomination d'un patron spécifique à la marque.

Mais cela n'aurait pas suffit pour Ferdinand Piëch. Pour autant, il ne sera pas parvenu à convaincre le conseil de surveillance. Par ailleurs, la succession de Martin Winterkorn n'était pas au point, même si le patriarche aurait demandé au patron de Porsche de se préparer à prendre la relève. En tout état de cause, les autres actionnaires ont estimé que la question ne se posait pas car, pour eux, Martin Winterkorn est "le meilleur président du directoire possible". Un message que Ferdinand Piëch a refusé de comprendre...

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Commentaires
a écrit le 28/04/2015 à 17:22 :
Il est évident que la problématique ne réside pas sur les questions évoquées dans l'article. On sait depuis longtemps que VW n'est pas rentable et que les bénéfices comptables réalisés servent en fait à payer les dettes de l'année suivante. La société a fait presque faillite puisque qu'elle a été bien contente initialement de se faire racheter par Porsche qui était à son tour bien contente de vendre non seulement cette activité si dépendante dans son développement mais aussi -on l'oublie- sa société tout aussi importante dans la distribution de voitures VW devenue non rentable. Une fois Porsche majoritaire dans VW c'est cette dernière qui reprit l'ancienne entreprise de ses nouveaux propriétaires. Une sorte d'accord gagnant-gagnant qui donnait quelques années de respiration. Le problème reste donc entier de nos jours. Soit continuer la course en avant soit réduire la voilure. Continuer la course revient à intégrer les marques de camions et engins qui se vendraient en Europe principalement Volvo, Fiat ou Daf afin de constituer un bloc face à Daimler et parer ensuite à toute évolution technologique ou stratégique en reprenant des équipementiers à la dérive comme Continental : c'est la formule Toyota. Réduire la voilure veut dire vendre la distribution physique aux groupes anglais spécialisés et se séparer des camions ainsi que de quelques marques comme Seat et justement VW afin de tourner largement la page nazie. Le vieux président savait que sa stratégie n'était qu'un colmatage, il en espérait peut-être un miracle lui donnant encore une dernière fois raison. Il sait qu'il est l'homme du montage, un des plus fragile et beau, il faut le dire mais qu'il ne sera pas celui du démontage. Il s'en va à sa manière, volontairement.
a écrit le 28/04/2015 à 0:03 :
Clairement 78 ans paraît l'âge optimal pour prendre sa retraite. Jeune de 7 à 77 ans, mais après il faut bien se fiare une raison.
a écrit le 27/04/2015 à 21:34 :
C'est cuit, voilà résumé la raison profonde de la débâcle, VW est un leurre, seul Porsche gagne des sous mais renâcle à entretenir les danseuses du groupe, la voilà la raison du divorce, c'est cuit pour VW, trop bad quality, craquer pour durer ça ne génère pas un business durable et ça ne ressuscite pas les marges... Je donne ma recette, diviser le nombre de modèles par 5, refiabiliser, sortir des produits "regardables", se séparer de Skoda et Seat sinon VW va tout droit au bouillon...!!!
a écrit le 27/04/2015 à 15:54 :
Volkswagen une marque en perte de vitesse avec une qualité déclinante et un innombrable taux de pannes depuis quelques années. En plus à la chasse aux sous ... financièrement elle fait la course à l'échalote pour éviter une faillite.
Réponse de le 27/04/2015 à 16:41 :
@Hola

Financièrement VW Group a dégagé près de 12 milliards de bénéfices en 2014 et dispose de 17 milliards de trésorerie cash après avoir produit vendu plus de 10 400 000 véhicules.

Qui peu croire vos mensonges et vos dénigrements ?
Réponse de le 27/04/2015 à 20:47 :
Et bien tous ceux comme moi qui ont une VW et qui en ont marre de voir leur concessionnaire, peu plaisant et bien trop cher.
Réponse de le 29/04/2015 à 9:49 :
Ne pas confondre VW Group et VW Marque seule...on n'y lit pas les mêmes choses, et ça doit être la source du conflit entre ces deux hommes, pb de vision à long terme

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