Pourquoi la crise de Volkswagen risque de se transformer en drame familial

En se prononçant pour l'éviction de Martin Winterkorn, Ferdinand Piëch a suscité l'opposition de ses cousins, la famille Porsche. Avec près de 50% des droits de vote, c'est au sein du holding familiale que va se jouer l'avenir de Martin Winterkorn, et donc de Ferdinand Piëch. Ce conflit risque toutefois de tourner à un nouveau pugilat qui déchire les héritiers de Ferdinand Porsche depuis près de 50 ans maintenant...
Nabil Bourassi
Ferdinand Piëch, petit-fils du fondateur de Porsche et Volkswagen, va affronter ses cousins qui rêvent d'en découdre avec lui.
Ferdinand Piëch, petit-fils du fondateur de Porsche et Volkswagen, va affronter ses cousins qui rêvent d'en découdre avec lui. (Crédits : © Fabian Bimmer / Reuters)

En l'espace de quelques semaines, Volkswagen est le théâtre d'une véritable tragédie grecque. Pas un jour ne passe sans que la presse ne se fasse l'écho de propos rapportés, pas toujours vérifiés, des uns et des autres. Cette lutte intestine passionne autant qu'elle désespère une opinion publique allemande peu habituée à ce genre de feuilletons, et très attachée à Volkswagen, symbole de la puissance industrielle conquérante. Mais d'une guerre intestine entre chefs, le conflit pourrait tourner en drame familial laissant craindre un grand déballage public...

Désavoué par son cousin

Peu après la publication des déclarations de Ferdinand Piëch qui disait avoir "pris ses distances" avec Martin Winterkorn, jadis son poulain et accessoirement président du directoire du groupe automobile, le chef du holding familial n'avait pas hésité à désavouer son cousin. Wolfgang Porsche, PDG de Porsche SE - que Ferdinand Piëch possède à 14% - avait affirmé que les propos de Ferdinand Piëch "ne reflétait que son opinion personnelle, qui n'est pas concertée ni sur le fond, ni sur la forme avec la famille".  Rejoint par le land de Basse-Saxe, actionnaire à 20% du capital, on pensait que la parenthèse était refermée.

Sauf que Ferdinand Piëch semble poursuivre son dessein et continuerait à tirer les ficelles en coulisses pour évincer Martin Winterkorn. En début de semaine, il aurait même demandé à Mathias Müller, actuel PDG de Porsche, de se préparer à prendre la suite du géant automobile. Cette crise pourrait raviver de vieilles tensions et rivalités familiales que Ferdinand Piëch pensait avoir définitivement tues en 2009 lorsqu'il racheta Porsche et le fusionna à Volkswagen.

Une Histoire agitée

Pour bien comprendre le contexte familial, il faut d'abord avoir en tête l'historique. Volkswagen a été fondé dans les années 1930 par Ferdinand Porsche qui avait déjà fondé une marque éponyme. Après la guerre, les deux sociétés évolueront de manière séparée et indépendante. Ferdinand Piëch, petit-fils du fondateur, est ingénieur dans l'écurie Porsche et conçoit des bolides, remportant les rallyes les plus connus. Mais, ni son oncle, ni ses cousins ne le laissent triompher, et petit à petit, le conduisent à claquer la porte de la marque au début des années 1970. "Je ne suis pas né dans la bonne branche de la famille", aurait-il dit à l'époque.

Les Porsche, enfants de Ferry Porsche, et les Piëch, progénitures de Louise Porsche (l'aînée du patriarche mariée avec Anton Piëch), n'auront de cesse de s'affronter. En 1980, l'un des frères Porsche divorce de son épouse qui part avec 5% du capital de l'entreprise familiale. Ferdinand Piëch noue alors une liaison avec elle... Une manœuvre destinée à récupérer sa part du capital, accusent les cousins. Bref, l'ambiance est délétère entre les deux familles.

La revanche de Piëch

En attendant, Ferdinand Piëch poursuit sa carrière chez Audi, puis chez Volkswagen dont il prendra la tête en 1993. C'est en 2005 que la "gué-guerre" familiale reprend. Porsche tente de mettre la main sur Volkswagen afin de rassembler l'héritage du grand-père au sein d'une seule entité. Sauf que l'OPA lancée par la marque de voiture de sport va asphyxier celle-ci. Au terme de stratagèmes dont il a le secret, Ferdinand Piëch renverse la situation en sa faveur et rachète Porsche, prenant ainsi sa revanche sur l'autre branche de la famille qui l'avait, jadis, renvoyé.

Mais une vengeance en entraînant une autre, les cousins Porsche pourraient avoir trouvé le prétexte de l'affaire Winterkorn pour en finir définitivement avec Ferdinand Piëch... Alors que le groupe Volkswagen est en passe de devenir le plus grand constructeur automobile du monde, les héritiers de Ferdinand Porsche ont réussi à transformer une véritable saga industrielle, en une tragédie à la Dallas...

Nabil Bourassi

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Commentaires 2
à écrit le 26/04/2015 à 15:32
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Quand on écrit pour un média aussi sérieux que La Tribune, on se relit pour éviter de publier sous ce prestigieux logo un article émaillé de fautes d'orthographe et dont le style, lui-même, laisse à désirer.

le 26/04/2015 à 17:31
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