Logement : ce que révèle l'absence de ministère dédié dans le gouvernement Borne

L'absence de ministre, de ministre délégué ou de secrétaire d'Etat chargé du Logement dans le gouvernement Borne I n'a rien de surprenant. Le sujet est intégré au grand ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires d'Amélie de Montchalin. La thématique est en effet « écologique, sociale et économique », comme l'a rappelé ce 23 mai l'ex-ministre Emmanuelle Wargon. Cette dernière s'est en outre dite « convaincue » de la nomination d'un représentant gouvernemental après les élections législatives. Analyse.
César Armand

7 mn

(Crédits : Eddie Keogh)

Article publié le 23/05/2022 à 13h46, mis à jour à 15h29 à la suite des déclarations d'Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement

Pas de ministre, ni de ministre délégué et encore moins de secrétaire d'Etat. La disparition du mot « Logement » des intitulés des postes du gouvernement "Borne I", annoncés vendredi dernier, fait déjà bondir les associations et les professionnels du secteur.

« Nous refusons fermement qu'il soit l'oublié du quinquennat ! » s'exclame, dans un communiqué, le président de la fédération des promoteurs immobiliers (FPI), Pascal Boulanger.

« Il est urgent de clarifier qui au sein du gouvernement a la charge du logement, enjeu crucial et quotidien pour les Français et de convoquer une conférence rassemblant tous les acteurs du logement pour évoquer les défis du secteur », écrivent la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), l'Union des syndicats de l'immobilier (UNIS) et l'Association des grandes entreprises de la gestion et de la transaction immobilière (Plurience).

Cette absence n'a rien de surprenant

La situation est en effet critique : l'habitat reste le premier poste de dépenses contraintes des Français, et il reste, selon la Fondation Abbé Pierre, 300.000 sans domicile fixe (SDF), 4 millions de mal-logés - en cohabitation forcée, en suroccupation... - et 12 millions de précaires énergétiques, c'est-à-dire les ménages qui peinent à payer leurs factures d'électricité et de chauffage. L'Union sociale pour l'habitat évoque, elle, 2,2 millions de demandes de logements sociaux.

En réalité, cette absence n'a rien de surprenant. Déjà, lors du premier quinquennat, le mot « Logement » n'était apparu qu'en octobre 2018 dans un intitulé ministériel. Alors secrétaire d'Etat à la Cohésion des territoires, officieusement chargé de ce sujet, Julien Denormandie avait été promu ministre délégué à la Ville et au Logement, sous la tutelle de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités locales.

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Changement de cap en juillet 2020 avec la nomination de Jean Castex à Matignon. Exit Julien Denormandie vers l'Agriculture et l'Alimentation, place à Emmanuelle Wargon. Secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, officieusement chargée de la rénovation des bâtiments, cette dernière est alors désignée ministre déléguée au Logement sous la tutelle de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. La ville, dont hérite alors la députée Nadia Hai, reste, elle, sous l'apanage de Jacqueline Gourault.

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Un grand ministère qui réunit notamment les transports et le logement

Cette architecture est confirmée avec la composition du gouvernement Borne I. L'ex-ministre ministre de la Transformation et de la Fonction publiques Amélie de Montchalin, nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, s'occupe désormais de « la planification écologique territoriale », tel qu'annoncé par le président-candidat en campagne.

Dans un « agenda de décentralisation massive », Amélie de Montchalin a pour feuille de route de « changer nos moyens de se déplacer au quotidien », « réinvestir sur le fluvial et le fret ferroviaire »« accélérer la rénovation des logements, au moins 700.000 par an sur les 5 ans qui viennent », ou encore « agir pour la qualité de l'eau, de l'air, de l'alimentation », avait détaillé Emmanuel Macron en meeting à Marseille.

« Ce nouveau grand ministère, qui réunit notamment les transports, le logement, la protection de la nature et de la biodiversité, l'aménagement, va nous permettre de bâtir la France de demain. Nous mènerons en même temps la transition écologique et la cohésion des territoires » a confirmé Amélie de Montchalin lors de la passation des pouvoirs.

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Une thématique « écologique, social et économique »

Cette dernière a la co-tutelle, avec le ministre de l'Intérieur, sur Christophe Béchu, nouveau ministre chargé des Collectivités territoriales. La nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires pourra, en outre, s'appuyer sur le nouveau secrétariat général à la Planification écologique créé par la Première ministre.

« Placé auprès d'[Elisabeth Borne], il sera chargé de coordonner l'élaboration des stratégies nationales en matière de climat, d'énergie, de biodiversité et d'économie circulaire. Il veillera à la bonne exécution des engagements pris par tous les ministères en matière d'environnement », est-il précisé dans une déclaration transmise à la presse.

Le logement est en effet une thématique « écologique, sociale et économique », comme l'a rappelé l'ex-titulaire du poste Emmanuelle Wargon sur Sud Radio ce 23 mai. Ecologique, car la rénovation - de préférence globale - de 700.000 logements par an est un axe majeur du programme du chef de l'Etat. Social, puisqu'il faut loger les Français. Economique bien sûr, puisque 10% des salariés français travaillent dans ce secteur.

Un sujet transversal

De fait, il s'agit d'un sujet transversal. « Il faudrait plutôt un ministère des Sols pour nourrir et loger les gens. Aujourd'hui, 50% du ministère du Logement relèvent de l'aménagement et de l'urbanisme, 50% de Bercy », confiait, à La Tribune, un ancien ministre chargé du sujet. La filière est dopée aux avantages fiscaux, que ce soit dans la mise en location ou l'accession à la propriété, dans l'habitat existant comme dans le neuf.

« Un ministre du Logement ne construit rien. Il (ou) elle incite. Il crée un cadre réglementaire et fiscal. Il subventionne, modestement, mais ce n'est pas lui qui bâtit ou délivre, un à un, les permis de construire. Sa faculté d'agir repose presque entièrement sur sa capacité à mobiliser (...) », décrit Emmanuelle Wargon dans son livre Bienvenue en politique - A ceux qui sont tentés de renoncer (Calmann-Levy)

« (...) Avoir un toit au-dessus de la tête, ce besoin vital, premier, essentiel, relève de la responsabilité d'un ministère qui ne peut pas vraiment aider sa politique. Il peut proposer aux gens de les aider à procéder à des travaux d'isolation, il ne remplira pas les dossiers à leur place ; il peut inciter les promoteurs à lancer des projets, mais il ne peut pas bâtir à leur place », poursuit-elle

Après les législatives

Nul doute d'ailleurs que le logement aura un ministre de plein exercice ou délégué ou un secrétaire d'Etat après les élections législatives. Ne serait-ce que pour récompenser un(e) député(e)Renaissance réélu(e) et fin(e) connaisseur du sujet. Ce matin, l'ex-ministre Emmanuelle Wargon s'en est dit « convaincue ».

«Il y aura très certainement de nouvelles personnalités au sein du gouvernement spécifiquement dédiées par exemple aux transports, au logement, sous la supervision de la ministre Amélie de Montchalin (ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires ndlr) directement placée sous la première ministre », a, à cet égard, affirmé la nouvelle porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, à l'issue du premier Conseil des ministres du gouvernement Borne.

D'autant qu'il faudra bien un interlocuteur pour échanger avec les associations et les fédérations professionnelles. En laisser l'apanage à un haut-fonctionnaire certes rattaché à Matignon risquerait d'être perçu comme la reprise en main administrative d'un sujet politiquement sensible.

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César Armand

7 mn

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Commentaires 3
à écrit le 23/05/2022 à 16:55
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Cela veut dire qu'ils n'osent même plus faire semblant et au final quand les lobbys décident de tout pourquoi payer des ministres à rien faire ? Mais on pourrait du coup se passer de tous nos ministres, même du premier et même de notre président. C'e...

à écrit le 23/05/2022 à 14:46
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@enzoligark ... ; ... il va falloir encore du stock >>>> " Mediterranee : un voilier sauve 75 migrants recuperes ensuite par .... " ( corse-matin . com du 23 mai 22 ) . ... Heureusement que le voilier ne faisait pas partie d...

à écrit le 23/05/2022 à 14:38
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En frOnce aujourd ' hui , le ministere du logement est chez Decathlon maintenant , avec des tentes de camping pour toutes* et tous ... , reduction pour les migrants , femmes enceintes , personnes avec des enfants , ... ....

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