Marchés truqués ? Les sociétés d'autoroutes protestent contre les soupçons de l'Arafer

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Les sociétés concessionaires d'autoroutes (SCA) exploitent plus de 9.000 kilomètres d'autoroutes en France, sur un total d'environ 12.000 km.
Les sociétés concessionaires d'autoroutes (SCA) exploitent plus de 9.000 kilomètres d'autoroutes en France, sur un total d'environ 12.000 km. (Crédits : reuters.com)
L'Association des sociétés françaises d'autoroute (Asfa) a dénoncé "le caractère tendancieux" du rapport annuel de l'Arafer dans lequel le nouveau gendarme de l'autoroute s'est interrogé sur l'attribution des marchés de travaux à des sociétés de BTP liées aux réseaux autoroutiers.

Il y a une semaine, vendredi 29 juillet, l'Arafer (l'Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières) avait publié un rapport dans lequel elle s'interrogeait sur des "écarts de prix" entre les coûts estimés et réels des marchés passés par les sociétés concessionnaires.

L'Arafer avait aussi relevé que certaines sociétés appartenant aux groupes de BTP Eiffage et Vinci avaient attribué un "niveau élevé" de leurs marchés à d'autres filiales de leurs maisons-mères. Pour les marchés de travaux de plus de 2 millions d'euros, cette proportion atteint par exemple 68% en valeur chez APRR (groupe Eiffage) et 65% chez Escota (groupe Vinci). Avait également été remarqué le recours fréquent - plus d'un marché sur deux - à la procédure d'appel d'offres restreint, qui permet de présélectionner les candidats.

Pour mémoire, APRR, AREA, ASF, ATMB, Cofiroute, Escota, Sanef, SAPN et SFTRF sont les neuf sociétés concessionnaires nommées dans ce premier rapport annuel sur le sujet publié par l'Arafer, nouveau gendarme qui a pris le relais de la Commission nationale des marchés en tant qu'Autorité de régulation des autoroutes.

Le régulateur, qui analysera dans son prochain rapport "la justification des écarts de prix", avait précisé qu'il "veillera en particulier à intégrer l'effet des avenants éventuellement conclus", susceptibles de gonfler le coût réel des marchés.

Présentation d'informations tendancieuse, selon l'Asfa

Mais, aujourd'hui 5 août, lesdites sociétés concessionnaires "s'étonnent (...) du fait qu'assez systématiquement, les informations recueillies dans ce contrôle soient présentées d'une façon qui nourrit l'interrogation, voire alimentent une certaine suspicion à l'égard des procédures de passation des marchés", dans un courrier en date du 29 juillet, écrit par le président de l'Asfa, Jean Mesqui, publié vendredi et adressé à Bernard Roman, le président de l'Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières.

"La critique de la prépondérance du critère prix dans le choix des attributaires paraît étonnante, alors même que les dossiers d'appel d'offres, par nature très détaillés (...), laissent peu de champ à l'expression d'autres critères", poursuit-il.

Divulgation dans la presse sans informer les concessionnaires

Les sociétés autoroutières (dont font partie des filiales des groupes Vinci et Eiffage) s'inquiètent également "de la présentation insidieuse mettant en valeur une soi-disant prépondérance des entreprises liées (appartenant au même groupe, Ndlr), qui ne peut évidemment se considérer sur la seule année 2015".

Elles regrettent par ailleurs "la publication du rapport dans la presse et sur internet sans même qu'il y ait eu information préalable des concessionnaires".

"Procès d'intention qui ne dit pas son nom"

Qualifiant le rapport de "procès d'intention qui ne dit pas son nom" et dénonçant "le caractère tendancieux du texte", M. Mesqui a demandé à M. Roman une audition à la rentrée de septembre.

Filiales pour la plupart des géants français du BTP Eiffage et Vinci, ainsi que de l'espagnol Abertis, les sociétés concessionaires d'autoroutes (SCA) exploitent plus de 9.000 kilomètres d'autoroutes en France, sur un total d'environ 12.000 km.

Où en est le "Plan de relance" 2015 signé avec le gouvernement?

Pour rappel, faute d'avoir obtenu tous les documents demandés en 2015, l'Arafer avait rappelé les concessionnaires à leurs obligations légales et souligné qu'elle "dispose de pouvoirs de contrôle et de sanction" à leur encontre.

Enfin, l'autorité indépendante demande aux sociétés d'autoroutes d'identifier les contrats relevant du "plan de relance" signé avec le gouvernement en avril 2015, qui prévoit 3,2 milliards d'euros de travaux, afin d'étudier "l'accès des entreprises non liées et des PME-TPE à ces marchés".

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 08/08/2016 à 23:09 :
Il ne vous reste qu'une chose à faire : acheter des actions de sociétés d'autoroute !
a écrit le 08/08/2016 à 12:12 :
Novembre 2011 soit quelques mois avant la présidentielle :

L'économiste français Alain Minc, un des proches conseillers du président Nicolas Sarkozy, a été nommé président des autoroutes Sanef, a annoncé, mercredi, le groupe espagnol d'infrastructures et de services Abertis, maison mère de Sanef.
"Le conseil d'administration de Sanef, filiale française d'Abertis, a donné aujourd'hui (mercredi) son feu vert à la nomination d'Alain Minc comme nouveau président de la société, en remplacement de Pierre Chassigneux, qui prendra sa retraite après avoir occupé ce poste depuis 2003", a précisé le groupe dans un communiqué.
Alain Minc est déjà présent au conseil d'administration de deux entreprises espagnoles, la banque catalane CaixaBank et le groupe de médias Prisa, qui édite notamment le quotidien El País. Sanef (Société des autoroutes du nord et de l'est de la France) appartient à Abertis depuis sa privatisation en 2006.
a écrit le 07/08/2016 à 10:03 :
@URTHL BONJOUR ; Vite un KLEENEX, que je puisse sécher mes larmes ...Vite faisons un quête aux péages pour renflouer les caisses de ces profiteurs !
a écrit le 06/08/2016 à 17:54 :
tout le monde le sais les géants du BTP onr rachtés les concessions d'autoroutes pour faire leur petite cuisine en interne ...sinon DANONE ou L'oréal aurait candidater mais non seulement VINCI, BOUYGUES et EIFFAGE ont candidaté a l'époque et personne ne s'est posé de questions alors voila je vous explique la technique : une société d'autoroute ça promet plus ou moins 20 % de rentabilité nette par an, c'est donc hyper rentable ( bizarre que l'état s'en soit défait !! ) pour abaisser ce taux de rentabilité et ne pas éveiller les soupçons, ou les voix qui s'élèvent contre ce racket, les sociétés d'autoroute possédées par les constructeurs nommés plus haut, accepte des devis surfacturés des filiales de leur maison mère, cela permet d'étaler sur des activité différentes ces juteux rendements du coup ça relève la rentabilité très moyenne de l'activité construction et surtout diminue l'impact des cycles économiques car les constructeurs ont un gros souci : la bourse n'aime pas les fluctuations extrêmes de leur activité, les concessions d'autoroute c'est un rêve éveillé avec revalorisation des tarifs chaque année même si l'autoroute est déja payée ( cas des grands tronçons français ) bingo !!
Réponse de le 07/08/2016 à 13:37 :
Comme l'Etat et les collectivités publiques commandent aux mêmes VINCI, BOUYGUES et EIFFAGE, les premiers n'ont aucune chance de payer des coûts d'entretien moins élevés. Sur l'ensemble des autoroutes, le public économise le coût des transactions pour la passation des marchés. C'est déjà considérable.
Réponse de le 07/08/2016 à 13:51 :
Merci pour ces éclairantes explications. Les hommes politiques qui organisent ces privatisations/braderies au préjudice de l'intérêt général, devraient être déférés en haute cour pour forfaiture
a écrit le 06/08/2016 à 11:00 :
@ BONJOUR : j'empreinte souvent l'autoroute A13 de plus en plus cher je ne vois aucune amélioration! Alors le comble les soi disant air de stationnement n'allez pas aux W.C. en oubliant votre brosse pour nettoyer la cuvette ni votre rouleau de P.Q sinon il ne vous restera que vos doigts ....
Réponse de le 07/08/2016 à 0:53 :
Bonjour à ce forum qui me désespère,
Étant très implique dans la situation économique actuelle des travaux autoroutiers, j ai le profond regret d annoncer à l ensemble des disants mais non sachants que la situation qu ils décrivent date des années soixantes.Quand je lis ces messages, Le monde des TP à encore plusieurs siècles pour se décoller l étiquette collée dans son dos !
Il est toujours plus facile de dénigrer que construire.
Les entreprises de TP sont au bord de l asphyxie. Et q en mettent plein les poches ? !
Vous êtes les mêmes qui achètent un sac de luxe à leur femme avec 300% de marge et qui pleure le péage à dix fois moins......
Réponse de le 07/08/2016 à 19:42 :
Merci pour tes renseignements : il marge à 30% !!!

Si je paye un sac de luxe a ma femme , sache que ça me regarde.
Si je prend l'autoroute financée par mes deniers , ceux de mes parents et ceux des français et que des entreprises privées se permettent d'engraisser des actionnaires moi je dit qu'il y a vol .
Pour les prendre fréquemment , le réseau autoroutier de France est du type " pays en voie de développement ". Ceux d'Espagne sont nettement meilleur ...Alors Monsieur le défenseur de nos autoroutes qu'as tu a dire?
a écrit le 05/08/2016 à 22:32 :
Les entreprises de travaux publics forment un cartel bien connu et se partagent l'ensemble des marchés de travaux publics. Il n'y a pas d'exception pour les sociétés d'autoroute, bien que ce sous-marché soit en plus financièrement captif. C'est tout à fait remarquable.
a écrit le 05/08/2016 à 20:57 :
Comment une société vivant avec les deniers publics peut-elle s'insurger de publications la concernant sur internet; il en va de la transparence qui permet d'éviter bien des abus !! Auraient-ils quelque chose à cacher les bougres ? La seule procédure d'appels d'offres restreint ne devrait d'ailleurs pas exister tout simplement !! Je note que je trouve curieux que les sociétés d'autoroutes, de manière récurrente, concèdent des marchés à des entreprises qui font partie de leur consortium !! Où est la concurrence loyale ici ?
Réponse de le 06/08/2016 à 8:49 :
Le problème c'est que certain rapport critiquant la gestion de l'Etat, des assemblées, de la Poste, ou des syndicats ne sont eux pas toujours rendu public.

Soit on accepte la transparence pour tout soit pour rien. Je pense que ce rapport est à mis chemin entre la réalité (notamment sur les marché public) et un véritable caractère tendancieux.

Le pouvoir public est donc pointilleux mais que quand ça l'arrange.

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