Les ambitions de Suez Environnement après l'échec du contrat francilien

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Le numéro deux français de l'eau réunit ce jeudi ses actionnaires, juste après avoir été écarté du gigantesque contrat francilien.

Quelle est votre réaction au choix du Sedif (syndicat des eaux d'Ile-de-France) d'écarter votre candidature ?

Pour le Sedif, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes. Nous nous sommes bagarrés dans les conditions décidées par le syndicat, après son refus de découper le contrat en plusieurs lots, comme nous l'avions proposé pour garantir une large concurrence. Il est frustrant de ne pas gagner à l'arrivée, bien sûr. Mais Suez Environnement gagne et perd des contrats en permanence. Nous venons par exemple d'être retenu par le Comté de Suffolk pour un contrat de traitement des déchets de 1 milliard de livres sterling sur vingt-cinq ans. Et je reste confiant dans notre capacité à progresser sur le marché français.

Quelles innovations aviez-vous proposé, notamment en termes de gouvernance ?

Nous proposions par exemple la création d'une société dédiée, afin d'afficher de manière transparente et vérifiable le chiffre d'affaires, la rentabilité ou le niveau d'investissements. Nous proposions également d'équiper en moins de cinq ans tous les usagers de systèmes de télérelèves, de créer des maisons de l'eau pour permettre un lien direct entre le client et l'entreprise, ou encore des maisons sociales orientées vers la formation dans des quartiers difficiles. Nous avons beaucoup innové pour cet appel d'offres et nous réutiliserons ces propositions pour d'autres villes françaises et dans le monde.

Comment devrait évoluer la gouvernance dans l'eau en France ? Lyonnaise des eaux plaide pour que le prix de l'eau reflète des critères d'efficacité écologique et non plus les seuls volumes livrés. Ces propositions rencontrent-elles un accueil favorable ?

Je pense que le débat sur le prix de l'eau va se poursuivre. Il faut faire attention à ce que l'on dit, car le prix de l'eau est d'abord local et reflète des situations contrastées héritées de choix historiques faits par la puissance publique sur le niveau de service souhaité et les objectifs fixés. En France, sur les dix dernières années, le prix de l'eau a augmenté en gros comme l'inflation. Objectivement, certains éléments tendent à faire baisser les prix de l'eau, d'autres à les faire augmenter. Parmi les facteurs de baisse, on trouve la professionnalisation des acteurs, qui se traduit par des pressions tarifaires lors des renouvellements de concession notamment . L'efficacité accrûe des entreprises leur permet de redistribuer certains de leurs gains aux clients. Parmi les facteurs de hausse, on trouve tout ce qui touche aux investissements nouveaux, pour traiter les pollutions émergentes, ou pour fournir de nouveaux services aux clients, qui veulent par exemple avoir accès à leur consommation. Sur nos installations, la réduction de la consommation énergétique, des émissions de gaz à effet de serre, ou les efforts de maintien de la biodiversité rajoutent également une couche de coûts supplémentaire.

Le Qatar, qui avait investi "à long terme" dans Suez fin 2008, avant de revendre l'essentiel de ses titres l'an dernier, vient de prendre une participation au sein de Veolia. Comment interprétez-vous cet arbitrage ?

Mon concurrent et moi-même comptons dans notre actionnariat un certain nombre de fonds investis dans l'ensemble des grandes sociétés d'environnement. Le Qatar détenait 3% de Suez Environnement, en a revendu 2% et gardé 1%. Ils ont baissé leur participation, demain ils l'augmenteront peut-être. Je ne cherche pas de rapport de cause à effet entre ces mouvements. Nous avons avec le fonds Qatari Diar une société commune au Qatar pour le développement des villes nouvelles, et nous continuons à coopérer avec eux.

Quelles sont aujourd'hui vos régions prioritaires ?

Suez environnement réalise 78% de son chiffre d'affaires en Europe, 7% aux Etats-Unis et en Australie, et le reste dans les pays émergents. Il est important pour nous de rester dans les pays occidentaux, où les règles du jeu sont stables. Dans ces pays, la crise a souligné la nécessité de modifier nos modes de consommation et de croissance pour prendre en compte la limitation des ressources de la planète. Nous croyons beaucoup à la logique de l'économie circulaire, à la capacité des hommes à recycler une large partie de ce qu'ils ont consommé.

Doit-on s'attendre à des acquisitions de votre part ?

On regarde en permanence ce qui se passe dans le marché. On suit ce qui nous intéresse, on ne parle que de ce qu'on fait. Mais actuellement, notre priorité absolue est de bien terminer l'opération Agbar (Aguas de Barcelona, racheté à hauteur de 75%). Nous avons désormais toutes les autorisations, l'opération devrait se conclure avant la fin du premier semestre. Pour la première fois, on crée une entreprise biculturelle en Europe, numéro un dans l'eau en Espagne et numéro deux en France.

Les bureaux de Suez Environnement, ainsi que ceux de vos concurrents, ont été perquisitionnés dans le cadre d'une enquête européenne sur le marché de l'eau en France. Connaissez-vous les motivations de cette démarche ?

C'est le droit absolu de la Commission de faire des enquêtes dans les pays membres. Je confirme que Suez a été visé par cette enquête, et que nous avons pleinement coopéré avec les enquêteurs et transmis les documents demandés. A ce stade, je ne peux pas en dire beaucoup plus, le processus va durer un certain temps. Mais je suis confiant. Sur le marché de l'eau en France, Suez Environnement est un acteur qui joue à fond sa carte concurrentielle pour gagner des parts de marché.

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